Santé
Réduction des Risques
Usages de Drogues


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SWAPS nº 55

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Edito n°55

par Didier Jayle

Le débat sur les drogues ne peut être global s’il n’aborde pas les aspects géopolitiques. C’est le constat fait à Porto lors de la CLAT, où pour la première fois une session leur a été consacrée (lire l'article "La Clat s’ouvre à la géopolitique" ). La réduction de l’offre a des implications majeures sur la sécurité, sur le respect des droits de l’homme et des conséquences indirectes sur les conditions de vie des usagers de drogues. Ce n’est donc pas un hasard si des magistrats de plusieurs pays du Sud de l’Europe et d’Amérique latine ont, parallèlement à la CLAT, fait une déclaration (lire dans le même article) pour réviser les politiques de prohibition dont l’efficacité dans la lutte contre les grandes organisations criminelles est faible, mais dont la capacité à remplir les prisons et à user le système judiciaire est avérée.

La faiblesse pour ne pas dire l’inertie de la réflexion dans les enceintes onusiennes (lire Swaps n° 54) est aussi la conséquence de notre difficulté à nous mobiliser pour des sujets qui dépassent le cadre des soins et de la prévention. Cela a pour effet de laisser aux seuls responsables de la répression et aux bureaucrates de tous les pays la responsabilité de définir les politiques publiques et sur l’offre et sur la demande.

Alain Labrousse (lire l'article "Objectif drogue, Seigneurs de guerre et paramilitaires") dresse un parallèle décapant entre les deux principaux pays producteurs de coca et d’opium, la Colombie et l’Afghanistan. Les intrications entre les pouvoirs politiques et les narcotrafiquants, entre le marché de la drogue et l’économie du pays sont telles que les efforts militaires et financiers de la communauté internationale semblent sans effets. Sans effets pour limiter la production, sans effets pour limiter la diffusion des produits dans le monde.

Si la consommation d’héroïne n’augmente pas sensiblement en Europe de l’Ouest, malgré la baisse des prix (voir l'article "Analyse économique de la dynamique des marchés des drogues : l’importance de la qualité des produits") et l’accessibilité accrue, c’est essentiellement parce que les traitements de substitution font obstacle à la demande d’héroïne. Aujourd’hui, les bénéfices d’une politique centrée sur la reconnaissance des usagers et sur leurs besoins sont plus tangibles que ceux des fumigations. Ce sont les pays qui n’ont pas adopté de mesures de RdR d’ampleur nationale qui paient le plus lourd tribut à l’échec de la prohibition.