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SWAPS nº 54

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Actualité

Plan hépatites 2009-2012, les associations déçues

par Nestor Hervé

Attendu de longue date, le Plan national 2009-2012 de lutte contre les hépatites B et C a été rendu public le 24 février. Il prévoit 55 actions, qui s'articulent autour de cinq "axes stratégiques". Mais pas certaines mesures novatrices demandées par les associations de réduction des risques.

En France, environ 500000 personnes sont atteintes d’hépatites B ou C, et ces deux virus sont à l’origine d’environ 4000 décès par an, selon la Direction générale de la santé (DGS). L’hépatite C constitue un problème de santé publique majeur, qui touche tout particulièrement les usagers de drogues : sa prévalence atteint ente 45% et 60% des usagers, pour moins de 1% dans la population générale, et la part des usagers dans l’épidémie est d’environ 80% (lire Swaps n° 52, "Hépatite C et addictions : entre espoirs et inquiétudes").

Cinq axes stratégiques
Le plan, qui vise à réduire la morbidité et la mortalité liées aux hépatites B et C par la combinaison d’une meilleure prévention et d’un dépistage plus accessible, tout en améliorant l’accès aux traitements et les prises en charge, s’articule autour de cinq axes : prévention, dépistage, traitement, population carcérale et un cinquième axe plus prospectif mêlant surveillance, recherche et évaluation1.

Parmi les objectifs compris dans le plan, la relance de la vaccination contre l’hépatite B, le renforcement du dépistage (notamment par des actions d’information et grâce à une prise en charge à 100% du remboursement du dépistage du VHB), et le développement des programmes d’éducation thérapeutique.

Un des cinq axes stratégiques consiste en la "mise en oeuvre d’actions complémentaires adaptées au milieu carcéral ": ceci comprend l’amélioration de l’incitation au dépistage, le soutien des malades par un partenariat avec les associations qui interviennent en prison, la réalisation d’une enquête de prévalence et la rédaction d’une circulaire précisant les mesures d’amélioration de la prévention, de l’éducation à la santé et de la prise en charge médicale en prison. En revanche, la demande des associations d’instaurer des programmes d’échange de seringues dans les prisons n’a pas été retenue.

Quid de l’injection ?
Considérant que "la prévention portant spécifiquement sur le passage à l’injection chez les utilisateurs de drogues est un enjeu majeur de réduction des risques face au nombre de nouvelles contaminations par le VHC", le plan prévoit "l’étude de stratégies permettant d’atteindre un public de jeunes consommateurs de drogues ne pratiquant pas encore l’injection afin de les inciter à éviter les comportements à risques de transmission virale".

En matière d’"éducation à la santé des usagers injecteurs pour réduire les risques de transmission virale", la réalisation d’une revue de littérature française et étrangère ainsi que d’un audit des programmes existants pour servir de base à la rédaction de recommandations sont prévues. L’objectif quantifié est de réduire de 30% la fréquence des pratiques à risques lors des injections, en référence aux résultats de l’enquête "Coquelicot"2 InVS/ANRS par une systématisation des diverses actions mises en oeuvre par les associations (utilisation d’une vidéo, de matériel factice lors de séances interactives, brochures...).

Un constat amer
Mais il n’est pas dit que ces mesures convainquent les associations en question. En témoigne le communiqué publié par l’Association française de réduction des risques (AFR), Asud et Aides après la publication du rapport : en ne proposant "qu’études et évaluations là ou il faudrait agir en poussant la logique de la réduction des risques plus loin", "force est de constater que ce plan ne répond pas à l’urgence à laquelle sont confrontés les usagers de drogues", écrivent-elles.
"Pour élaborer ce plan, l’Etat a pourtant consulté les représentants des intervenants de terrain, des usagers de drogues et des malades. Mais leurs propositions face à l’urgence n’ont pas été retenues, expliquent les associations. Il s’agissait d’expérimenter ou d’ouvrir de nouveaux programmes comme ERLI (éducation aux risques liés à l’injection), (...) l’extension à tout le territoire des programmes de réduction des risques, la mise en place de structures d’hébergement et de soin adaptées aux usagers de drogues actifs..."
Et de dresser ce constat amer : "Nous nous retrouvons vingt ans en arrière, confrontés aux mêmes défis qu’avec l’épidémie de sida : un Etat qui fait la sourde oreille et qui refuse d’expérimenter des réponses pragmatiques, une épidémie qui se répand, des usagers de drogues qui se contaminent et meurent dans l’indifférence générale."

Même réaction de la part de Médecins du monde, qui a estimé ce plan "inadapté face à l’urgence de l’épidémie d’hépatite C".

Pour sa part, SOS Hépatites s’est "félicitée" que les cinq axes stratégiques du plan couvrent un large spectre de la problématique des hépatites virales, mais espérait une démarche "plus offensive" sur la vaccination Hépatite B, l’éducation thérapeutique des patients, et le remboursement des tests non invasifs de fibrose.

S’informer sur les hépatites et les risques liés à l’injection

En marge du Plan, plusieurs outils d’information concernant les hépatites viennent d’être réédités :
La brochure "Hépatite C, prises de risques, dépistage, traitement", publiée par Asud, qui s’adresse aux usagers, et donne des conseils pratiques sur la manière d’éviter les prises de risques en cas d’injection, de sniff, d’inhalation, mais aussi en matière de relations sexuelles, de piercing ou de tatouage. En prime, des informations sur le traitement et les lieux de dépistage.
Asud vient aussi de rééditer le "Manuel du shoot à moindre risque". Destiné aux usagers de drogues par voie intraveineuse, ce manuel a pour objectif de réduire les risques liés à la pratique de l’injection. Remaquetté et complété, notamment avec des informations sur les risques liés à l’hépatite C, il fournit les informations essentielles accompagnées d’illustrations sur la loi, le matériel d’injection, le déroulement d’une injection propre, les infections, l’overdose, les alternatives à l’injection, les risques spécifiques aux femmes.
Les deux brochures sont téléchargeables sur le site www.asud.org. On peut aussi les commander à Asud (206, rue de Belleville, 75020 Paris) au prix de 0,30 euro l’unité.

Enfin, une nouvelle version de la brochure "Réduire les risques infectieux liés à l’injection de drogues par voie intraveineuse", réalisée par l’Inpes et le Crips-Cirdd, devrait paraître prochainement.

Une salle de consommation à Paris ?

L’une des propositions non retenues dans le Plan hépatites était la mise en place de salles de consommation à moindre risque. Du coup, les associations Asud, Act Up Paris, Anitea, Gaïa, Safe et SOS Hépatites Paris ont décidé d’installer une telle salle dans les locaux de l’association Asud les 18 et 19 mai à l’occasion de la journée mondiale des Hépatites. "Il faut que les pouvoirs publics dépassent leurs réticences et leurs préjugés [et] acceptent d’expérimenter des réponses pragmatiques telles que le programme d’éducation aux risques liés à l’injection développé par Médecins du monde, et les salles de consommation à moindre risque qui ont fait leur preuve dans les grandes villes de Suisse, d’Espagne ou d’Allemagne", affirment les initiateurs du projet, qui rappellent les avantages offerts par de telles salles de consommation : la sécurité sanitaire pour les usagers de drogues, la sécurité et la tranquillité pour les habitants des quartiers concernés, ainsi qu’un outil privilégié pour les professionnels leur permettant de rentrer en contact avec les personnes ayant le plus de difficultés à entamer un parcours vers les soins, d’être au plus proche des pratiques et des réalités des usagers, et d’y apporter des réponses adaptées.



1 Texte intégral du Plan sur www.sante-sports.gouv.fr
2 M. Jauffret-Roustide et al. "Estimation de la séroprévalence du VIH et du VHC et profils des usagers de drogues en France, étude InVS-ANRS Coquelicot, 2004", BEH 33/5 septembre 2006, p. 244-247 et Swaps n° 44, pages 2 à 4