Santé
Réduction des Risques
Usages de Drogues


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SWAPS nº 54

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Edito

Edito n° 54

par Gilles Pialoux et Didier Jayle

Cette 24e livraison de Swaps suit de près la Journée mondiale des Hépatites qui a eu lieu le 19 mai. On estime que 221000 personnes vivent en France avec le virus de l’hépatite C (VHC). Le nombre de nouveaux cas est évalué à 5000 par an, dont plus de 70% chez les usagers de drogues, illustrant les limites de la réduction des risques telle qu’elle est mise en oeuvre à l’heure actuelle face au VHC. De plus, malgré les progrès thérapeutiques, chaque année, seules 6000 à 8000 personnes commencent un traitement. Pourtant, faut-il le rappeler, l’éradication du VHC - la guérison virale - et l’inversion du processus de la cirrhose sont possibles.

C’est dans ce contexte qu’un certain nombre de prises de position et d’actions ont été menées à l’occasion de cette Journée mondiale, à l’image de la campagne lancée par Médecins du monde (MDM) sur le thème : "Osez prendre de vraies mesures !" L’association regrette une certaine inadaptation des politiques publiques à la situation des usagers de drogues : "Les mesures prévues s’en tiennent à des études de faisabilité, des revues de la littérature ou des audits d’expérience nationale et internationale." MDM demande dans la foulée l’ouverture rapide d’une recherche-action en matière d’éducation au risque lié à l’injection.

Dans le même temps, plusieurs actions menées par les sociétés savantes ou par des industriels visent à renforcer l’accompagnement et le parcours de soins des usagers de drogues atteints d’hépatite C, et à améliorer l’accessibilité au dépistage et aux soins.

C’est aussi à l’occasion de cette journée qu’un groupe inter-associatif regroupant Asud, Act Up-Paris, l’Anitea, Gaïa, Safe et SOS Hépatites Paris a installé une salle de consommation à moindre risque éphémère dans les locaux de l’association Asud. Cette initiative vise à interpeller les pouvoirs publics afin qu’ils "dépassent leurs réticences et leurs préjugés" et "acceptent d’expérimenter des réponses pragmatiques". De telles salles de consommation à moindre risque, qui ont fait leurs preuves dans les grandes villes de Suisse, d’Espagne ou d’Allemagne, ont déjà été préconisées par les professionnels réunis pour la préparation des plans hépatites du ministère de la Santé en 2004 et de nouveau en 2009, mais jamais retenues. Pas étonnant que la commission addiction ait émis un avis défavorable sur le plan, jugeant "qu’il ne répond pas aux urgences de santé publique notamment celles relatives aux risques liés à l’injection". Cette frilosité regrettable va-t-elle être ébranlée par les acteurs de terrain ?