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SWAPS nº 52

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Dossier : opiacés et sexualité

Buprénorphine/méthadone : des différences pas toujours retrouvées

par Laurent Michel,
Centre de traitement des addictions, Hôpital Emile Roux, Limeil-Brévannes

La méthadone pourrait être associée à plus de troubles sexuels que d’autres opoïdes, qu’il s’agisse d’héroïne ou de buprénorphine bien qu’une étude récente mette en évidence une équivalence pour ces deux MSO1. D’autres études montrent au contraire une amélioration nette des troubles sexuels au cours du traitement par méthadone ou en comparant méthadone versus buprénorphine, comparativement à l’état initial d’intoxication, avec cependant parfois une amélioration encore plus marquée en cas d’arrêt total des opioïdes.

Les personnes présentant des troubles sexuels avec la méthadone en auraient cependant déjà majoritairement présenté avec les opiacés illicites. Hanbury et coll.2 ont ainsi montré que 71% des patients se plaignant de dysfonction sexuelle sous méthadone présentaient déjà des troubles pendant la période de consommation d’héroïne.

Certaines études retrouvent un lien dose-dépendant avec les posologies de méthadone. Les troubles sont maximums en début de traitement et s’estompent ensuite, sans qu’il soit réellement possible de savoir si ce sont les éventuels effets secondaires propres de la méthadone qui s’estompent avec le temps ou la normalisation du mode de vie sous MSO qui intervient.

La raison pour laquelle la méthadone pourrait entraîner plus de troubles de la libido ou de la sexualité que d’autres opioïdes est peu claire, cette différence étant de toute façon inconstamment retrouvée, comme nous l’avons vu plus haut. Cicero et coll.3 émettent l’hypothèse selon laquelle l’élimination de la méthadone étant plus lente, les taux plasmatiques sont plus stables et plus élevés qu’avec d’autres opioïdes, accroissant le risque d’effets endocriniens. Bliesener et coll.4 suggèrent que l’antagonisme des récepteurs opioïdes kappa de la buprénorphine pourrait contrebalancer l’action de la stimulation des récepteurs mu sur l’axe sexuel hypothalamo-hypophysaire, et ainsi expliquer la moindre fréquence d’effets secondaires sexuels que pour la méthadone.

Enfin, la buprénorphine pourrait avoir une action antidépressive favorable sur la prévention de la survenue des troubles sexuels secondaires. Dans l’étude de Bliesener, les patients traités par méthadone présentaient nettement plus de troubles dépressifs que ceux traités par buprénorphine (47% de dépressions sévères à l’échelle de Beck versus 29%) bien que cette différence n’atteigne pas le seuil de la significativité, suggérant une possible action antidépressive de la buprénorphine, préventive de la survenue de troubles sexuels (ou un biais de sélection). L’étude récente de Quaglio3 ne retrouve cependant pas de différence significative entre les deux traitements avec des effectifs plus importants.



1 Quaglio G et al.,
"Erectile dysfunction in male heroin users, receiving methadone and buprenorphine maintenance treatment",
Drug Alcohol Depend, 2008, 94, 1-3, 12-8
2 Hanbury R, Cohen M, Stimmel B,
"Adequacy of sexual performance in men maintained on methadone",
Am J Drug Alcohol Abuse, 1977, 4, 1, 13-20
3 Cicero TJ et al.,
"Function of the male sex organs in heroin and methadone users",
N Engl J Med, 1975, 292, 17, 882-7
4 Bliesener N et al.,
"Plasma testosterone and sexual function in men receiving buprenorphine maintenance for opioid dependence",
J Clin Endocrinol Metab, 2005, 90, 1, 203-6