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SWAPS nº 51

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Actualité

CPDD ou la vision américaine de la dépendance

par Pierre Poloméni

La 70e édition de la célèbre manifestation a offert un large éventail d'informations scientifiques malheureusement trop souvent "américano-centrées".

Le 70e congrès du "College on Problems of Drug Dependence" (CPDD) s’est tenu mi-juin 2008 à Porto Rico. Ce collège organise depuis 1929 (!) des rencontres annuelles de haut niveau, considérées communément comme la manifestation la plus importante en matière de connaissances dans le domaine des addictions. Nombreux sont pourtant les Français qui ignorent ces rencontres, mais l’évolution actuelle des Csapa rend nécessaire de multiplier les sources d’informations.
Quels types d’informations ? Qu’il s’agisse de posters, de communications orales ou plénières, les publications proposées se caractérisent d’abord par leur construction rigoureuse. Elles comprennent systématiquement une partie d’"explication méthodologique" avec analyse des biais. Les "outils" tels que questionnaires, données biologiques et imagerie sont utilisés dans ce cadre, accompagnés par des entretiens. Même si les études sont inégales - elles souffrent en particulier d’être souvent basées sur des recrutements trop limités -, la démarche analytique qui les structure est essentielle, permettant par exemple de mettre en évidence des différences claires entre deux thérapeutiques, ou au contraire, l’absence de contribution.
Cette année, le National Institute on Drug Abuse (NIDA) avait érigé en priorité les études concernant les différences entre hommes et femmes face aux addictions. Plus d’une centaine de communications déclinaient ce thème1. De même, plusieurs sessions étaient consacrées aux adolescents : on en retiendra essentiellement la mise en évidence certaine de dommages lorsque les consommations (du cannabis jusqu’aux amphétamines...) commencent précocement.
Bien entendu, l’analyse des bénéfices des traitements de substitution occupe une place spécifique du congrès, et l’expérience acquise en la matière permet une analyse plus fine, mettant en évidence les limites, les barrières, et à l’opposé les facteurs améliorant la prise en charge avec méthadone2 ou buprénorphine3.
Malgré la prédominance de l’axe "drogues", de nombreux posters sur le tabac (prévention et traitement) permettent de constater que cette morbidité spécifique est désormais prise en compte4.
Le détournement des médicaments opiacés prescrits contre la douleur - un des principaux problèmes rencontrés aux Etats-Unis - est lui aussi examiné en détail : étude des personnalités susceptibles de détourner les produits, voire de se les injecter, travail sur les galéniques, analyse des origines de ces produits : relations, Internet, fabrication illicite de fentanyl5... De nombreuses thérapeutiques sont testées en sevrage, la buprénorphine par exemple6.
Et la réduction des risques ? Elle n’était que peu présente. L’axe général du congrès s’y prête peu. De ci-de là, on notait un poster ukrainien signalant l’intérêt de l’échange de seringues, un venu de France (présenté par l’équipe de Bordeaux) montrant la fiabilité de la réaction de Marquis pour l’identification des comprimés d’ecstasy (en particulier sa relation à la dose de MDMA)7, une présentation confirmant la place que prend la RdR dans le système de soins brésilien8. Et puis, en cherchant un peu mieux, les travaux sur la prévention du VIH et du VHC ainsi que les études psycho-comportementales sur les motivations et rituels des usagers de drogues9 permettaient de retrouver les questions telles qu’elles nous apparaissent en France.
En résumé, si cette édition du CPDD n’a pas produit d’annonce tonitruante (vaccin contre la cocaïne, substitution au cannabis... ?!), elle a permis aux universités et aux centres spécialisés - essentiellement américains - d’échanger sur leur axes de travail et leurs résultats, en particulier sur la question de l’addiction à la cocaïne10.
Cet ensemble de recherches menées avec rigueur sur les problématiques qui font notre quotidien constitue néanmoins un appui pour améliorer notre pratique et développer nos désirs de recherche... encore faut-il que les moyens mis à disposition par les pouvoirs publics suivent - même s’ils restent sans commune mesure avec ceux des Etats-Unis.


1 voir sur le site du CPDD, www.cpdd.vcu.edu, le cahier spécial consacré à cette problématique.

2 Stolier K et al.,
"Consistent exposure to methadone associated with lower cost to MCO".

3 Liberto JG et al.,
"Barriers for buprenorphine treatment in the Veterans health administration".

4 Lo SJ et al.,
"Reported morbidity and level of tobacco dependance in adolescents seeking cessation treatment".

5 Fant RV et al.,
"Fentanyl related deaths : abuse and off-label use of licit and illicit sources of fentanyl".

6 King SD et al.,
"Outcomes predictors in a 30-day buprenorphine detoxification".

7 Pradeille J et al.,
"The marquis reaction as a harm reduction element in party atmospheres : an assessment of the on-site testing of ecstasy tablets".

8 Marisa Felicissimo,
"Brazilian Drug Policy and Harm Reduction".

9 King VL et al.,
"Predictors of treatment enrollement in syringe exchange participants".

10 Farré M,
"Anticonvulsive drugs in cocaine dependence : a systematic review and meta-analysis".