Santé
Réduction des Risques
Usages de Drogues


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SWAPS nº 51

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Edito n° 51

par Gilles Pialoux

Pour le moins, le choix du lieu retenu par Roselyne Bachelot-Narquin pour communiquer sur la politique gouvernementale en matière de toxicomanie a de quoi rassurer. C’est en effet au centre d’accueil de l’association Charonne, rue Beaurepaire à Paris, que la ministre de la santé a présenté en juin des mesures concernant la prévention et le traitement de l’hépatite C, confirmé le lancement de l’étude Méthaville centrée sur la dispensation de méthadone en ville tout en annonçant un arrêté pour limiter le trafic de buprénorphine. La communication ministérielle a privilégié la réduction des risques en prévoyant un vaste projet d’évaluation des kits d’injection actuellement disponibles et en initiant un programme d’éducation à l’injection dans les Caarud.
Plus récemment, la ministre s’est engagée médiatiquement sur le front du "binge drinking", annonçant l’interdiction de l’offre dans les lieux publics et de la vente de toute boisson alcoolique aux jeunes de moins de 18 ans et le lancement d’une campagne de sensibilisation (avec l’Inpes) en direction des jeunes et d’un site internet (www.boiretrop.fr).
Prise entre ces deux salves ministérielles, l’annonce du plan gouvernemental de lutte contre les drogues et les toxicomanies 2008-2011 a eu du mal à capter l’audience. Pourtant, il ne comprend pas moins de 193 mesures, mises en fiches, élaborées autour de cinq grands axes : prévention, application de la loi, soins/insertion/réduction des risques, formation/recherche et international (lire l'article "Le nouveau plan gouvernemental de lutte contre les drogues" dans ce numéro). Dans cette période estivale, peu d’analyses critiques des 193 mesures ont été livrées, hormis celles des associations directement impliquées (FFA, Anitea, F3A, Asud).
Reste que l’ambition de la Mildt est pour le moins copieuse puisqu’il s’agit, selon son président Etienne Apaire, "de donner à l’ensemble de la société la force de dire non" (sic). En tout état de cause, le plan ne paraît pas à même de calmer les inquiétudes des signataires du "Rebond" paru dans Libération le 26 mai dernier sous le titre "Addiction : 20 ans en arrière ?". Notamment pour ce qui en sera du juste et nécessaire équilibre entre prévention, réduction des risques, soins et répression.
Par contre, les interventions de la ministre de la santé répondent clairement à la question de savoir qui veut gouverner en France les politiques de santé et de prévention envers les addictions, sujet pourtant fortement interministériel. A moins qu’il ne s’agisse de communiquer sur le champ sanitaire pour mettre sous un silence relatif la partie répressive du plan ?