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SWAPS nº 50

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Publications

Les effets sur la santé du tabac non fumé

par Claudine Vallauri

Deux groupes d'experts viennent de faire un intéressant état des lieux sur les produits du tabac non fumé et les problèmes qui s'y rapportent (dépendance, nocivité, efficacité de l'aide à l'arrêt de la cigarette). Mais on peut regretter que la question de leur potentielle utilisation dans le cadre d'une stratégie de réduction de la nocivité et des risques de pathologies induites par le tabac fumé n'ait pas été abordée.


Health effects of smokeless tobacco products
Scientific Committee on Emerging and Newly Identified Health Risks (Scenihr)
février 2008, 157 p.



Connaissances actuelles des effets pour la santé du tabac oral avec attention particulière au snus suédois
Berlin I., Mathern G.
Société française de tabacologiefévrier 2008, 69 p.


Deux groupes d’experts se sont récemment intéressés à la problématique des produits du tabac non fumés. Les formes non fumées de tabac comprennent le tabac à mâcher, celui à priser, et enfin le tabac en pâte ou en poudre humidifiée à sucer (appelé snuff aux Etats-Unis et snus en Suède, seul pays de l’Union européenne à l’autoriser).

Problèmes de dépendance
Dans le cadre de la définition et de la mise en oeuvre des politiques de l’Union européenne concernant les produits du tabac non fumés, la Commission européenne a lancé un processus de consultation scientifique sur les effets pour la santé des produits du tabac non fumés.
A son issue, le Scenihr (Comité scientifique des risques sanitaires émergents et nouveaux de la Commission européenne) a adopté en février 2008 un rapport scientifique sur le sujet. Il étudie les effets sur la santé et les risques de dépendance liés à la consommation de produits du tabac non fumés ainsi que le rôle du tabac oral dans l’initiation au tabagisme et dans les démarches d’arrêt.
Le rapport du Scenihr dresse une liste des différents produits du tabac non fumé utilisés dans les régions du monde et montre que la consommation de tabac oral est très répandue. L’étude de leur composition montre que tous les produits du tabac non fumés contiennent de la nicotine, substance notoirement addictive. Le tabac non fumé entraîne donc également une dépendance et les symptômes de sevrage sont généralement identiques à ceux observés chez les fumeurs.
Ils contiennent également, à des taux variables, des substances carcinogènes (les nitrosamines). Ainsi, même non fumé, le tabac accroît les risques de cancer.
La consommation de tabac oral est à l’origine de lésions de la cavité buccale et augmente le risque de cancer de la bouche et de cancer du pancréas.
Sur la question de l’utilisation du tabac non fumé comme aide à l’arrêt de la cigarette, le Scenihr signale qu’aucune étude ne permet de conclure à son efficacité comparé aux traitements substitutifs disponibles.
Le Scenihr a étudié la question de savoir si la consommation de tabac non fumé pouvait mener à l’initiation à la cigarette, et par exemple faciliter l’entrée des jeunes dans le tabagisme. Des études américaines ont mis en évidence que le tabac oral augmenterait les risques de commencer à fumer par la suite.
Enfin, le Scenihr considère que du fait des contextes sociaux et culturels des consommations, il n’est pas possible d’extrapoler les expériences et d’utiliser les modèles de pays où le tabac oral est commercialisé vers d’autres pays de l’Union européenne où ces produits ne sont pas actuellement disponibles et de prédire l’impact sur le tabagisme.

Risques de cancer accrus
En France - où l’on rapporte l’utilisation de snus dans certains milieux sportifs (en particulier chez les skieurs) à des fins d’amélioration des performances physiques -, la Société française de tabacologie (SFT) a réalisé une revue bibliographique des connaissances actuelles des effets sur la santé du tabac oral.
Elle distingue les études et leurs conclusions selon le niveau de preuves scientifiques établi pour l’association entre la consommation de tabac oral et les risques de pathologies cardiovasculaires, de cancers, de troubles métaboliques ou de troubles de la reproduction. Elle étudie la composition des produits de tabac non fumés, pose la question de leur potentiel addictogène et du lien vers la cigarette.
Le groupe de travail de la SFT conclut que la consommation de tabac oral augmente le risque de cancer du pancréas et le risque d’infarctus du myocarde fatal. L’usage de tabac oral est associé à des lésions de la cavité buccale, à des risques de pathologies pendant la grossesse, au développement du diabète de type 2. C’est aussi, chez les adolescents, un facteur de risque pour un tabagisme ultérieur. Par ailleurs, il n’est pas démontré que les produits du tabac non fumé soient une aide efficace dans le sevrage tabagique de la cigarette.

Des conclusions concordantes
Ces deux publications concordent donc pour conclure sur :
- le risque de dépendance induit par la consommation de produits du tabac non fumé et ses conséquences ;
- la nocivité du tabac oral pour la santé, même si les risques diffèrent de ceux liés à la cigarette ;
- l’absence de preuve que le tabac oral soit une aide efficace à l’arrêt de la cigarette.