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SWAPS nº 50

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Entretien avec William Lowenstein
"Évaluer l’évolution des patients"

Directeur général de la Clinique Montevideo1 et responsable du groupe TSO de la Commission nationale addictions, le Dr William Lowenstein fait pour Swaps un point sur l'offre de substitution.

Swaps : Que pensez-vous de la mise sur le marché de la méthadone en gélules ?
William Lowenstein : Elle s’imposait. D’une part, parce que la forme sirop était infantilisante, stigmatisante et peu maniable, notamment lors de voyages. D’autre part, parce que les dosages bas (1 mg, 2 mg) sont ainsi promus. En revanche, toute notre attention devra porter sur le sérieux des prescriptions et des dispensations : la méthadone n’est pas la buprénorphine ! Le risque de surdose n’est pas le même en cas de mésusage.

Quid de l’arrivée prochaine du Suboxone® ?
Cette association médicamenteuse vient de "repasser" devant la commission de transparence pour évaluer le service médical rendu. Pour le groupe de travail TSO que je dirige à la Commission nationale addictions, la croyance en un impact positif de cette association reste réservée.

Quel est votre regard sur l’état général actuel de la substitution en France ?
Le bilan est globalement très positif pour l’individu comme pour la collectivité. Nous devons, cependant, penser à un second temps plus précis, mieux évalué, sans pour cela diminuer l’accessibilité aux médicaments de substitution aux opiacés (MSO). Ainsi, devons-nous soutenir des études cliniques et épidémiologiques pour connaître "l’état des troupes" au fil des années de traitement. Le groupe TSO de la Commission nationale addictions travaille sur différents projets dans cet objectif, notamment un projet appelé TSO3 qui consiste à faire le bilan individuel et collectif de l’évolution des patients traités avec des MSO au bout de trois ans en France. Personnellement, il me semble que nous avons tendance à prescrire "trop et trop longtemps" une fois la stabilisation obtenue. Cela risque de ne pas être dans l’intérêt médical du patient substitué.

Quelles autre évolutions dans l’offre de substitution sont-elles souhaitables, à court, moyen ou long terme ?
Concernant les opiodépendances, la pharmacopée des addictions ne saurait se résumer à deux médicaments : buprénorphine et méthadone ! Quid des codéïnés à libération prolongée, des sulfates de morphine ? Quid des médicaments de substitution par voie injectable ?
En ce qui concerne les autres addictions (alcool, cocaïne, cannabis), nous n’avons toujours pas organisé la recherche fondamentale et thérapeutique sur le sujet dans notre beau pays...
Enfin, plus globalement, un plan national addiction a été élaboré en 2006... Sera-t-il appliqué ? Si oui, il ne saurait se résumer à un seul aspect médical. Plus que jamais, je crois personnellement que - ne serait-ce que pour son efficacité - la réduction des risques est à soutenir et à développer en complémentarité du soin et de la prévention.


1 Institut Baron Maurice de Rothschild pour la recherche et le traitement des addictions