Santé
Réduction des Risques
Usages de Drogues


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SWAPS nº 49

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Publications

Nouvelles parutions

Les Paradis artificiels
L’imaginaire des drogues de l’opium à l’ecstasy
Pierre de Taillac
Ed. Hugo Doc, 25 euros


Opium, la fée noire
Art et Histoire d’un rituel perdu
Ferry M. Bertholet et Cees Hogendoorn
Ed. Fonds Mercator, 50 euros


Les Paradis artificiels restitue, à l’aided’une riche iconographie souvent inédite,l’évolution du regard de la sociétéfrançaise sur les drogues. Bien plus que nombred’études et autres "expertises", le magnifique panoramaproposé par Pierre de Taillac aide, d’une façonparticulièrement vivante, à comprendre 150 ansd’histoire des fameux "poisons de l’esprit".
Comprendre la relation étrange qu’entretientl’Occident avec les substances psychoactives n’est possiblequ’en étudiant cet imaginaire des drogues. Mêlantsensualité et plaisir, souffrance et mort, exotisme etaventures, il renvoie à des clichés et desstéréotypes qui structurent forcément notrefaçon de penser le "problème" de la drogue. C’estla naissance, la croissance et l’épanouissement de cetteillusion menaçante - que Jean Cocteau appelait le "loup-garoude la drogue" - qui sont retracés dans ces pages au moyen desillustrations qui, depuis le milieu du XIXe siècle, ontforgé les concepts et représentations actuels.
Depuis "la noire idole" et autres "poussièresd’étoiles" jusqu’aux "bombes psychiques" en pilulesen passant par "l’herbe qui fait rire", le sujet a toujoursfasciné, et livres et journaux ont rivalisé defantaisie pour frapper les esprits. La somme d’affiches,pièces de théâtre, chansons, romans, films,pochettes de disques et bandes dessinées qui ontdécliné le thème des drogues constitue unpatrimoine d’art populaire d’une richessegénéralement insoupçonnée.
L’auteur, qui a mis des années à collecter cefonds iconographique sans équivalent, fait partager sonétude avec une jubilation contagieuse.
Les contextes et mises en perspectives sont très biendocumentés. Le ton est subtil, parfois un rien goguenard, maisne néglige jamais le contexte historique etsociétal.
Il s’agit d’un vrai "beau livre", sans images "trash" ouvolontairement choquantes.
Et s’il vous reste un peu d’argent après avoircraqué sur ces Paradis articiciels, jetez aussi un coupd’oeil sur Opium, la fée noire, véritable"monument" dédié à "l’art de l’opium",qui présente luxueusement une sélectiond’accessoires et de pipes à opium aussi splendides querares et souvent surprenantes. Grands collectionneurs, les auteurssauvent de l’oubli un pan de culture pratiquement inconnu.C’est tout le rituel de l’opium, où s’exprimentla richesse de l’artisanat chinois ainsi que son incomparablebeauté, qui est ici montré.
Mais il s’agit aussi d’un ouvrage technique : l’art defumer y est expliqué avec un luxe de détails :avantages et inconvénients des formes, des matériaux(ivoire, bambou, métaux...) en fonction des usages, effetsdésirés...
De magnifiques gravures chinoises complètentl’ouvrage.

JIMMY KEMPFER

Rapport annuel 2007
État du phénomène de la drogue en Europe
OEDT, 95 pages


Comme chaque année, l’Observatoire européen desdrogues et des toxicomanies (OEDT) publie une vaste synthèsede la situation relative aux drogues illicites au niveaueuropéen. Elle fait le point sur les tendances deconsommations de substances et dresse un état des lieux desréponses politiques, juridiques, sociales et sanitairesapportées dans les 29 pays européens. Elle souligne lesprogrès accomplis et les défis à prendre encompte dans la lutte contre le problème de la drogue enEurope.
Le rapport 2007 met en évidence :
- une stabilisation de la consommation de cannabis, dont lapopularité marquerait des signes de déclin chez lesjeunes. L’OEDT relève que dans plusieurs pays uneattention particulière se porte sur la part de la consommationrégulière et intensive de cannabis, et sur sesconséquences pour la santé publique et la demande detraitement ;
- une nouvelle progression de la consommation de cocaïne, quiconcerne 4,5 millions d’Européens, accompagnéed’une augmentation des demandes de traitement liéeà ce produit ;
- une évaluation globalement favorable concernant la luttecontre la transmission du VIH parmi les usagers de drogues parinjection. L’OEDT souligne cependant la nécessitéde maintenir les actions de réduction des risques car 3500nouvelles infections ont encore été enregistréesen 2005. Il qualifie l’hépatite C"d’épidémie cachée" de l’Europe etestime à 1 million le nombre d’usagers infectéspar le virus de l’hépatite C.
- une interruption de la tendance à la baisse desdécès liés à la drogue observéeles années précédentes. En 2005, les surdosesont été à l’origine de 7000 à 8000décès. L’OEDT souligne l’importanced’identifier les raisons de cette tendance et d’agir pourla réduction des décès liés à ladrogue, cause importante de la mortalité évitable chezles jeunes adultes.

En marge du rapport, l’OEDT publie - seulement en versionanglaise - trois fascicules thématiques :
"Drogues et conduite automobile" aborde la question de laconduite après consommation de cannabis et debenzodiazépines, fait le point sur la prévalence de cessubstances chez les conducteurs et analyse les réponsespolitiques, législatives, répressives etpréventives apportées selon les pays.
"Cocaïne et crack : un problème de santépublique grandissant" s’intéresse àl’augmentation récente de la consommation de cocaïnedans les espaces récréatifs et chez les jeunes, fait lepoint sur la prévalence de l’usage de cocaïne ou decrack dans certains pays européens, sur l’impact sur lasanté publique et aborde les difficultés liéesà l’offre de traitement.
"La consommation de drogue et les problèmes qui endécoulent chez les plus jeunes" porte sur laprévalence de consommation d’alcool, de tabac et dedrogues illicites chez les moins de 15 ans et sur les réponsesapportées à ce public en termes législatif,préventif ou de traitement.

Les usages sociaux des drogues
Peretti-Watel P., Beck F., Legleye S.
PUF (Le lien social), 2007, 226 pages


Cet ouvrage propose un éclairage sociologique sur lesusages de drogue. Les données statistiques et descriptivesissues des enquêtes en population générale sontenvisagées au regard des apports, des hypothèses et desconcepts de la sociologie (et en particulier de la sociologie de ladéviance) afin de proposer des perspectives decompréhension des stratégies, des attitudes et desjustifications qui sont à l’oeuvre dans l’usage detabac, d’alcool et de cannabis chez les jeunes et en populationgénérale. Les auteurs montrent combien la question desusages de drogues et ses représentations aévolué au cours des vingt dernièresannées. Ils mettent en évidence la diversité etle caractère social des pratiques de consommation.
Le premier chapitre, consacré au cannabis, permet de mieuxcomprendre les dimensions sociales de son usage, la relation avec lemode de vie et la sociabilité, et fait le constat d’unenormalisation de l’usage de cannabis. Le deuxièmechapitre étudie la relation entre l’alcool et lesconduites violentes au travers d’interprétationssociologiques centrées sur les usages sociaux de l’alcoolà l’adolescence, et plus particulièrement surl’analyse des contextes de sociabilité de la consommationintensive d’alcool chez les jeunes.
Le dernier chapitre, consacré au tabac, tented’expliciter la résistance des fumeurs aux messagespréventifs et à la hausse des prix en analysant lesarguments avec lesquels ces derniers justifient leurconsommation.
Cette approche sociologique permet de replacer l’usage de droguedans son contexte, d’identifier les besoins auxquels ilrépond, de déterminer le rôle ou la fonctionsociale qu’il occupe dans la sociabilité, le rapport avecautrui ou la construction de l’identité. Autantd’éléments qui pourront éclairer laréflexion sur les stratégies et les freins à laprévention.

CLAUDINE VALLAURI