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SWAPS nº 49

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Note de lecture

Le topiramate, une aide à la modération d'alcool

par Catherine Brouselle

Le topiramate, antiépileptique connu aussi pour ses propriétés thymorégulatrices, était déjà signalé comme réducteur de "craving" dans le traitement de la dépendance à la cocaïne (lire Swaps n° 44). Commercialisé en France sous le nom d'Epitomax®, il réduirait le relargage de dopamine au niveau corticomésolimbique lors de la prise d'alcool, diminuant ainsi l'effet récompense lors des prises.

L’étude publiée récemment dans le JAMA1 porte sur 371 hommes et femmes alcoolo-dépendants (selon les critères du DSM4). Agés de 18 à 65 ans, ils consommaient au début de l’étude au moins 35 UI/semaine pour les hommes et au moins 28 UI/semaine pour les femmes. Les candidats à l’étude devaient être indemnes d’autre dépendance (hors tabac et caféine) et de pathologie psychiatrique intercurrente. Les patients ne devaient pas non plus consommer d’autres médicaments psychoactifs. Ils avaient tous pour objectif immédiat une diminution ou un arrêt de consommation, avec - à long terme - la perspective d’une possible abstinence.
L’étude a été réalisée en double aveugle sur une période de 14 semaines. Les mesures portaient sur la consommation autodéclarée (journal de bord), les signes cliniques incluant les signes de sevrage, le score de dépression MADRS, l’observance, la mesure d’alcool dans l’air expiré, l’évolution des Gamma GT, des transaminases et de la numération de formule sanguine (NFS), ainsi que le taux sérique de topiramate. Tous les participants bénéficiaient aussi d’un soutien "psychosocial" à type d’interventions brèves, standardisées. Les posologies de topiramate étaient progressivement augmentées toutes les semaines de 25 mg/jour, jusqu’à une posologie maximale de 300 mg/jour en deux prises.
Les résultats sont les suivants : le nombre de jours de fortes consommations diminue dans les deux groupes, mais significativement plus dans le groupe topiramate, et ce dès la quatrième semaine de traitement, soit pour une posologie de 150 mg par jour ; le nombre d’unités consommées par journée non sobre diminue également mieux dans le groupe topiramate (moins significativement) ; enfin, les personnes traitées réussissent également de plus longues périodes d’abstinence totale d’alcool.
Ces données sont corrélées sur le plan biologique, avec une diminution des GGT et des enzymes hépatiques plus importante dans le groupe topiramate. Par ailleurs, l’indice de masse corporelle diminuait plus dans le groupe topiramate. Les scores de dépression n’étaient pas significativement différents entre les deux groupes, et il n’y a pas eu de différence dans les scores de sevrage entre les deux groupes. En revanche, le taux de "rétention" dans l’étude était meilleur chez les patients sous placebo.
Les principaux effets secondaires constatés attribuables au topiramate étaient des paresthésies (51% versus 10%), une modification du goût (21% vs 5%), une perte d’appétit (20% vs 7%), des difficultés de concentration (15% vs 3%) et prurit (10% vs 1%). L’adhésion au traitement apparaît meilleure dans une étude préalable dans laquelle l’augmentation de posologie était plus progressive.
Ainsi - dans les limites d’une étude pratiquée avec des volontaires "relativement sains" - la prescription de topiramate apparaît intéressante dans le cadre d’un suivi alcoologique, et ce même sans sevrage préalable. Reste à évaluer une éventuelle typologie de patients meilleurs répondeurs. L’intérêt de posologies plus faibles, mieux tolérées, reste aussi à préciser, ainsi que la durée optimale de traitement.



1 Johnson BA et al.
“Topiramate for treating alcohol dependence : a randomized controlled trial”
JAMA, 2007, 298, 14, 1641-51