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SWAPS nº 48

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Drogue et prise de risques sexuels

Utilisation récréative du GHB à New York

par Tiphaine Canarelli

L’utilisation de produits addictifs s’est répandue et même banalisée depuis quelques années dans les milieux festifs - notamment gays - aux Etats-Unis et en Europe. Des produits comme les poppers mais aussi, plus récemment, la MDMA, la méthamphétamine, la cocaïne ou la kétamine ont été rapportés comme étant utilisés à des degrés variables et dans divers objectifs (détente, recherche d’une performance physique ou sexuelle). Peu d’études ont jusqu’à présent fait état d’une consommation d’acide gamma-hydroxybutyrique (GHB), produit ayant notamment un effet désinhibant, en milieu festif. Une étude publiée dans Addictive Behaviors1 s’intéresse spécifiquement à cette consommation dans un cadre récréatif et à ce qu’elle implique dans le milieu festif gay nord-américain.
Les auteurs ont souhaité mieux connaître les modalités de consommation du GHB dans le milieu homo- et bisexuel en cherchant à en savoir plus sur les utilisateurs de ce produit : Qui sont-ils ? Dans quel contexte utilisent-ils le GHB ? Quels produits co-consomment-ils ?
L’étude Bumps (boys using multiple party substances) a ainsi consisté à interroger par téléphone 450 hommes vivant à New York de 18 ans ou plus, s’identifiant comme gays ou bisexuels, et ayant consommé dans un contexte festif des produits au moins à 6 occasions l’année précédant l’interview.
Sur ces 450 personnes, environ 30% ont déclaré avoir utilisé du GHB sur les 4 derniers mois.
L’âge moyen de ces utilisateurs de GHB était de 32 ans, et ils déclaraient avoir eu recours à ce produit sur une moyenne de 6 jours sur les 4 derniers mois. Près de la moitié des sujets rapportaient l’avoir toutefois utilisé sur une ou deux journées seulement. Le GHB était fréquemment associé à d’autres produits, avec par ordre de fréquence la MDMA (56,5% des utilisateurs), la méthamphétamine (47% d’entre eux), la kétamine (41%) ou l’alcool (26%), ces produits étant connus comme potentialisant l’effet du GHB.
La marijuana et la cocaïne étaient quant à elles utilisées chez environ 20% des sujets. D’autres produits comme les poppers (nitrite d’amyle) et le Viagra® avaient été utilisés chez respectivement 18% et 22% d’entre eux. 10% avaient associé le GHB à du Rohypnol®, 7% à du crack, 5% à des hallucinogènes et 1,5% (n = 2) à de l’héroïne.
Il n’existait pas de différence significative entre les utilisateurs de GHB et les non utilisateurs de ce produit en termes de groupe ethnique, de niveau d’étude, d’orientation sexuelle et de statut VIH. Les utilisateurs de GHB étaient ainsi le plus souvent blancs (57%) ou hispaniques (19%), et 56% avaient un niveau d’étude supérieur au baccalauréat. 93% se disaient gays (7% bisexuels) et 31% présentaient une sérologie positive pour le VIH.
Interrogés sur le contexte d’utilisation du GHB, 63% disaient y avoir recours en discothèques - avant ou pendant -, 37% lors de pratiques de sexe en réunion ("sex parties"), 36% au domicile du partenaire sexuel, 30% dans des "sex clubs" (backrooms) et autant dans des bars ou des saunas. 14% rapportaient toutefois avoir recours à ce produit seuls à domicile.
moitié des utilisateurs séropositifs disaient utiliser ce produit dans les "“sex clubs" contre 22% des sujets séronégatifs et, de la même manière (p < 0,02), 56% des utilisateurs séropositifs y auraient eu recours lors de pratiques de sexe en réunion contre 29% des sujets séronégatifs.



1 Halkitis PN, Palamar JJ
"GHB use among gay and bisexual men"
Addictive Behaviors, 2006, 31, 2135-9