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SWAPS nº 48

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Edito n° 48

par Catherine Brouselle et Gilles Pialoux

Ce fut le coup de pétard de l’été (à moins qu’il s’agisse simplement d’un "pétard mouillé" ?). Selon les livraisons journalistiques estivales, le cannabis* constituerait un facteur de risque élevé de développement ultérieur de psychose, parallèlement au ­facteur de risque cardiovasculaire qui tendrait à le hisser au même rang que le tabac. Avec, pour certains médias, un très spectaculaire mea culpa vis-à-vis de la banalisation passée...
Image emblématique de ce revirement éditorial, la Une de Libération datée du 7 août, dans le sillage de l’éditorial du Lancet consacré le 28 juillet aux dangers du cannabis. Un revirement à 180° puisque notre Libé national a marqué l’histoire de la presse avec son fameux "appel du 18 joint" et qu’en 1995, le très sérieux et influent hebdomadaire médical britannique signait un éditorial, longtemps référence incontournable, selon lequel "fumer du cannabis, même à long terme, n’est pas nuisible à la santé" !
Il est vrai que la nouvelle publication du Lancet, à laquelle est associé l’éditorial du revirement, a de quoi motiver bien des circonvolutions idéologiques et journalistiques. Selon l’équipe de Theresa Moore, la "fumette" augmenterait le risque de psychose de plus de 40%, avec une relation réponse-dose tout à fait convaincante : une augmentation des risques de 200% pour les plus gros consommateurs. Le tout comme conclusion d’une méta-analyse de 35 études publiées dans les différentes bases de données scientifiques.
Reste à savoir ce qui est le plus novateur : la prise de conscience d’une partie de la société civile des dangers éventuels du cannabis ? La prise en compte de cette dangerosité dans les campagnes de prévention ? L’existence d’une relation directe entre ­l’intensité des symptômes et la durée de la consommation de cannabis qui, sur le plan scientifique, pèse lourd dans les débats ? Le fait que le cannabis ait d’autres effets indirects marquants, comme de favoriser les accidents de la route, voire les conduites sexuelles à risques (lire l'article "Drogue et prise de risques sexuels : les données de l’enquête presse gay") ?
Pour finir, une question centrale, d’une complexité abyssale : entre cannabis et troubles psy, quelle est la cause, quelle est la conséquence ? On peut encore se renvoyer très idéologiquement cette question du sens du lien entre cannabis et psychose - on peut aussi admettre le concept de vulnérabilité préexistante pour cette pathologie d’origine multifactorielle.
Reste que le terrain de la psychose est pour le moins peu propice pour établir une relation de cause à effet - on le voit depuis des décennies avec l’autisme, entre partisans du tout neurobiologique et du tout psychanalytique... C’est dire si les fumées de la polémique n’ont pas fini de venir obscurcir le débat sur la dangerosité du cannabis.

*produit sur lequel vient justement de paraître une synthèse des connaissances les plus récentes éditée par l’OFDT (voir l'article "Publications")