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SWAPS nº 47

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EUROPE

L'opinion des Européens sur le tabac évolue

par Mélanie Heard

Les données recueillies par l'Eurobaromètre tabac 2007 permettent d'examiner les évolutions de l'opinion européenne à l'égard du risque tabac et des politiques de prévention du tabagisme. Avec des résultats encourageants.

Après des données sur les attitudes des Européens à l’égard de l’alcool publiées en mars 2007 et présentées dans ces colonnes1, l’Eurobaromètre a publié en mai des données sur les opinions vis-à-vis du tabac2, responsable direct ou indirect de plus d’un demi million de décès en Europe chaque année. Le dispositif Eurobaromètre de la Commission européenne choisit chaque semestre d’enquêter sur les opinions et les attitudes à l’égard d’une question de société : la même vague d’enquête de l’automne 2006 donne lieu cette année à ces deux sondages coup sur coup portant sur deux drogues légales.
L’enquête intitulée "L’attitude des Européens à l’égard du tabac" a été présentée par le commissaire européen à la santé, Markos Kyprianou, à l’occasion de la journée mondiale sans tabac du 31 mai. Ses résultats permettent d’examiner les évolutions de l’opinion européenne à l’égard du risque tabac et des politiques de prévention du tabagisme depuis l’enquête précédente, réalisée à l’automne 2005.

L’interdiction de fumer bien acceptée

Alors que la campagne européenne anti-tabac "Pour une vie sans tabac" entre dans sa troisième année, Markos Kyprianou se félicite de constater, au vu des résultats de l’enquête 2007, que "les politiques antitabac recueillent une adhésion franche de la part de la population". Une majorité écrasante d’Européens (88%) sont en effet favorables à une interdiction de fumer dans tous les lieux publics couverts.
Les opinions favorables à l’interdiction de fumer sur le lieu de travail sont très majoritaires (88%). La France se situe ici dans la moyenne européenne, avec 91% d’opinions favorables. Les pays ayant adhéré à l’Union européenne en 2005 et 2007 sont souvent les plus réticents : 10% des Roumains, 9% des Lituaniens, 6% des Tchèques et des Croates y sont totalement opposés. Si la majorité des Européens déclarent ne pas être exposés au tabac sur leur lieu de travail (bureaux ou espaces couverts), 11% des répondants disent être exposés à la fumée de tabac pendant plus de cinq heures par jour au travail, cette proportion atteignant 34% chez les Grecs.
L’interdiction de fumer dans les bars et les restaurants recueille également en moyenne une large adhésion dans l’Union (respectivement 62% et 77%), en particulier dans les pays où elle est déjà en vigueur, notamment l’Irlande, la Suède et l’Italie. Les avis sur l’interdiction de fumer dans les bars sont toutefois variables d’un pays à l’autre : à côté du soutien massif irlandais (92%) ou italien (89%), les opinions des Tchèques (42%), des Néerlandais (46%) ou des Français (24%) sont moins souvent favorables que la moyenne européenne. Ce sont les jeunes qui sont le moins favorables à l’interdiction de fumer dans les bars (54%).

Beaucoup de tentatives d’arrêt

Près d’un Européen sur trois a essayé d’arrêter de fumer au cours des douze derniers mois. Les répondants les plus jeunes (15-24 ans) sont les plus nombreux à avoir voulu perdre cette habitude dans l’année passée (41%, versus 26% chez les 40-54 ans). L’analyse des variables socioprofessionnelles révèle que les chômeurs et les étudiants sont les plus nombreux à avoir essayé d’arrêter (respectivement 37% et 38%), alors que les cadres y sont moins enclins (27%).
En moyenne, dans 10% des cas, la tentative a duré moins d’une journée, mais dans 27% elle s’est prolongée pendant plus de deux mois. Une large majorité de personnes ne consultent pas pour se faire aider (82%) ; les résultats varient ici considérablement d’un pays à un autre, avec 1% de personnes ayant consulté en Lituanie contre 41% au Royaume-Uni, la France se situant dans la moyenne européenne (18%). La consultation de professionnels ne semble pas influencer la durée des tentatives pour arrêter de fumer.
Les Français sont un peu plus enclins que la moyenne à recourir aux produits de substitution nicotiniques (31%, pour une moyenne de 26%). Le stress vient le plus souvent en tête des raisons pour lesquelles on recommence à fumer, avec là encore une légère avance française (40%, contre 33% en moyenne). La crainte de prendre du poids est avancée dans un faible nombre de cas en France (3%, contre 21% en Autriche).

Les attitudes à l’égard du tabac

Alors que, rappelait Markos Kyprianou le 31 mai, "le tabagisme passif a des conséquences fatales pour 80000 adultes chaque année", 4 Européens sur 5 se déclarent conscients des problèmes de santé que la fumée des autres peut causer, et seuls 3% d’entre eux considèrent que le tabagisme passif ne représente aucun danger (voir graphique ci-dessous). Le pourcentage de répondants qui pensent que la fumée des autres peut "causer à la longue des maladies graves comme le cancer", qui est en hausse dans presque tous les pays européens, est particulièrement élevé en France (60%) mais tombe à 24% en Roumanie, pour une moyenne de 47% en Europe.
Près de la moitié des foyers européens ont adopté une politique antitabac ; en moyenne, 22% des répondants déclarent n’autoriser personne à fumer chez eux (16% des répondants français), et 8% répondent que les personnes s’abstiennent volontairement de fumer dans la maison, tandis que, pour 1 répondant sur 4, il n’est pas nécessaire d’avoir des règles en la matière. Parmi les fumeurs, 82% fument chez eux lorsqu’ils sont seuls, mais seuls 36% fument à la maison en compagnie d’enfants et 23% en présence de femmes enceintes. Cette abstinence en présence d’enfants et de femmes enceintes est particulièrement respectée en voiture : elle concerne alors respectivement 95% et 99% des fumeurs.
Le commissaire Markos Kyprianou retient de cet Eurobaromètre trois données essentielles : l’existence d’une opinion publique européenne largement favorable à l’interdiction de fumer dans les lieux publics fermés ; la volonté, dans une majorité de foyers européens, de mettre en oeuvre à l’échelle individuelle une politique antitabac dans la maison ; et la proportion croissante d’Européens fumeurs conscients des dangers que leur tabagisme fait courir aux autres. Sur la base de ces constats, la Commission européenne entend renforcer ses outils pour promouvoir un environnement sans tabac en Europe. La large consultation publique lancée en janvier 2007 autour du Livre vert : vers une Europe libérée du tabac, options stratégiques au niveau européen s’est terminée le 1er juin3.
Les politiques publiques proposées à la discussion lors de cette consultation allaient du maintien du statu quo actuel à l’adoption de mesures interventionnistes, l’enjeu étant aussi de déterminer s’il convient de proposer des stratégies aux Etats membres, d’adopter des recommandations européennes, ou encore d’édicter une législation communautaire contraignante pour les pays. Les résultats de cette consultation, à paraître prochainement, devraient préciser où se situera le curseur entre responsabilisation individuelle et recours à la coercition dans les futures politiques européennes et nationales de lutte contre le tabac.



1 Eurobaromètre "Attitudes envers l’alcool", mars 2007, voir F.Lert, "L’Eurobaromètre, les jeunes et la prévention",
Swaps n° 46, p.10-11
2 L’attitude des Européens à l’égard du tabacEurobaromètre spécial 272c
Bruxelles, Commission européenne, mai 2007, 53 p.
http://ec.europa.eu/public_opinion/archives/ebs/ebs_272c_fr.pdf
3 http://ec.europa.eu/health/ph_determinants/life_style/Tobacco/keydo_tobacco_en.htm