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SWAPS nº 46

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Prise en charge

Un centre spécialisé pour les usagers de crack

par Nestor Hervé

Le 26 février, après de longs mois de gestation, le Centre spécialisé de soins aux toxicomanes (CSST) de l'association Espoir Goutte d'Or (EGO), premier CSST dédié aux usagers de crack, a enfin ouvert ses portes au public.

Le choix de la proximité
L’association a fait "le choix de la proximité" en implantant le CSST dans ses anciens locaux entièrement rénovés, situés dans une zone très concernée par la consommation et le trafic de drogues, dans le but de "faciliter l’accès aux soins d’un public très éloigné des dispositifs spécialisés et souvent réfractaire aux traitements".
Comme l’explique Ramon Neira, son directeur, l’objectif général est de proposer aux usagers de crack et polytoxicomanes des soins médicaux et sociaux adaptés à leur situation, le traitement de la dépendance et le renforcement des liens sociaux.
L’équipe médico-sociale est constituée d’un psychiatre, d’une infirmière, de deux médecins généralistes, de deux psychologues, d’une assistante sociale, d’un éducateur spécialisé et d’une animatrice de santé.
Elle reçoit tous les matins sur rendez-vous les usagers prêts à s’engager dans un parcours de soins. Des soins de premier niveau sont proposés sans rendez-vous l’après-midi.
Concernant la prise en charge de l’hépatite, outre un dépistage décentralisé et une aide à l’accès aux soins, une consultation au sein du CSST avec un hépatologue va être mise en place une fois par mois, précise Ramon Neira.

Un réseau de prise en charge
"Grâce au groupe de travail "prise en charge socio-sanitaire" du Plan crack, nous avons eu l’opportunité d’établir un travail en commun avec les différentes structures impliquées : hôpitaux, Ecimud, autres CSST du nord-est de Paris, etc., explique Ramon Neira. Des contacts étroits ont été liés avec l’Ecimud de l’Hôpital Bichat, le Pr Lépine à l’Hôpital Fernand-Widal ou l’Hôpital Paul Brousse à Villejuif par exemple."
Des contacts ont aussi été établis avec les centres de soins des prisons de la région parisienne, le taux de personnes incarcérées consommatrices de crack étant en forte augmentation.

L’articulation avec la RdR
Le partage des locaux avec la boutique d’accueil "bas seuil" du Caarud déjà géré par EGO permet de créer un lien et facilite l’orientation des usagers du Caarud désireux de s’inscrire dans une démarche de soins. L’équipe de STEP, l’antenne de prévention et de réduction des risques d’EGO située dans le même quartier, a aussi pour vocation d’orienter vers le CSST les usagers en demande de soins et/ou d’un accompagnement social.
Sur le plan du traitement des addictions, après une première évaluation de la situation du patient, un parcours thérapeutique est proposé, qui peut éventuellement comprendre la prescription de traitements de substitution aux opiacés, la mise en place d’un projet de sevrage et le cas échéant une orientation vers des centres de traitement résidentiels.

Le traitement de la dépendance au crack
Un protocole de traitement de la dépendance au crack a été établi. Il parie sur une prise en charge intensive en ambulatoire constituée de rendez-vous quotidiens avec l’équipe du CSST, éventuellement accompagnés de prescription en lien avec l’hôpital d’un traitement visant à atténuer le "craving"1. L’idée, comme l’explique Ramon Neira, est "de s’appuyer sur une prise en charge psychothérapeutique encore peu utilisée en France, axée sur une approche motivationnelle et cognitivo-comportementale, plutôt que sur l’éloignement".
Cette offre de soins expérimentale va se structurer progressivement au cours de l’année 2007. Sur une file active pour le CSST estimée aux alentours de 500 personnes, Ramon Neira évalue entre 30 et 50 le nombre de protocoles intensifs qui seront proposés cette année.



1 "craving" : désir irrépressible de consommer un produit.
 
CSST EGO
13, rue Saint-Luc
75018 Paris
Tél. 01 53 09 99 49
csst@ego.asso.fr