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SWAPS nº 46

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Election présidentielle

"Articuler la sanction judiciaire et l'injonction thérapeutique"

par Nicolas Sarkozy

Comment envisagez-vous de vous impliquer dans le débat sur l’usage des drogues et des autres substances psychoactives en France ?
Avec fermeté. La drogue ne détruit pas que les relations sociales d’un individu : elle met sa vie en danger. Il faut donc rappeler sans relâche que l’usage des drogues n’est jamais sans conséquence pour soi-même comme pour les autres. Comme je l’ai fait depuis 2002, je continuerai à lutter contre le trafic de drogue qui mine le tissu social de nos banlieues et laisse penser que l’enrichissement rapide et criminel peut prévaloir sur un travail honnête. Par ailleurs, je constate que la médicalisation des addictions a permis de réduire considérablement le nombre de décès par overdose qui a baissé de 80% depuis 1994. Je crois qu’il ne faut pas chercher à choisir entre la répression, la prévention, les soins et la réduction des risques, mais mener de front ces quatre dimensions de l’action publique. J’ai d’ailleurs souligné dans la loi du 5 mars 2007 relative à la prévention de la délinquance l’attachement que je porte à l’articulation entre la sanction judiciaire et l’injonction thérapeutique en la confiant à un médecin-relais.

Quelles thématiques souhaiteriez-vous voir abordées lors d’un éventuel débat parlementaire sur l’usage de drogues ?
Je tiens tout d’abord à souligner l’intérêt du travail parlementaire en matière de lutte contre les drogues et les addictions, comme l’a montré le plan national addictions 2007-2011 lancé par Xavier Bertrand. Dans le cadre d’un prochain débat, je pense que nos parlementaires pourraient s’intéresser à la question du rapport entre soin et justice qui doit encore être amélioré. Il y a en prison des gens qui y ont été conduits par leur addiction et à qui un traitement doit être prodigué pour permettre la réinsertion et éviter la récidive.

Est-il temps de réformer la loi de 1970 concernant la politique française en matière de drogues ?
La loi de 1970 doit être régulièrement réévaluée. Elle a été conçue dans un contexte de lutte contre l’héroïne. Malheureusement, s’il y a bien un domaine qui évolue rapidement, c’est celui des drogues et des toxicomanies. J’ai procédé à une réforme de la loi de 1970 par la loi du 5 mars 2007. La procédure de l’ordonnance pénale a été étendue au délit d’usage. Nous avons rendu de la valeur à l’interdit. D’une part, dans la hiérarchie pénale, l’usage reste un délit. D’autre part, il est puni d’une amende, ce qui rend la sanction crédible pour les simples consommateurs. Par ailleurs, les possibilités de peines de substitution à la disposition des magistrats ont été élargies et comprennent à présent des stages de sensibilisation aux dangers de l’usage des produits stupéfiants. Je suis tout à fait opposé à la suppression du régime pénal du cannabis. Les données scientifiques sont très claires : le cannabis entraîne un risque de dépendance très élevé et les conséquences sur la vie sociale des utilisateurs réguliers sont dramatiques. Il n’y aura pas sous mon mandat de banalisation de l’usage du cannabis.

Croyez-vous à une société sans drogue ?
Malheureusement, nous n’aurons jamais une société sans drogues. Nous lutterons toujours avec énergie contre les drogues aussi dangereuses que l’héroïne ou la cocaïne, mais il y a aussi des addictions sans agent psychotrope. Aujourd’hui, plus personne ne nie que l’addiction aux jeux est un fléau pour les familles qui en souffrent. De même, la cyberdépendance progresse. L’homme est ainsi fait que la recherche des paradis artificiels ne connaîtra pas de fin. La société peut et doit toutefois faire en sorte qu’il y ait moins de mal-être, moins de souffrances, moins de mal-vivre.