Santé
Réduction des Risques
Usages de Drogues


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SWAPS nº 46

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Election présidentielle

"Action" et "information"

par Ségolène Royal

Comment envisagez-vous de vous impliquer dans le débat sur l’usage des drogues et des autres substances psychoactives en France ?
Dans ce domaine, ma détermination est de mettre en place une politique efficace de santé publique fondée sur l’information, la prévention, la réduction des risques et les soins car ces sujets font partie intégrante de mon engagement en faveur de la santé pour tous. Comme pour d’autres questions d’ordre sanitaire et social, je suis en effet avant tout convaincue qu’une action volontariste et une information transparente en direction des usagers et du grand public sont prioritaires, cela à tous les âges mais évidemment tout particulièrement en direction des jeunes.
S’agissant du tabac, l’augmentation des prix décidée par l’Etat, l’interdiction de la publicité et de l’usage du tabac dans les lieux publics, les campagnes de prévention et une offre de soin améliorée ont permis une très nette baisse de sa consommation. La consommation d’alcool, quant à elle, a été divisée par deux en 25 ans après de très larges campagnes de prévention, qui ont notamment porté sur la sécurité routière.
Quant aux autres substances, outre les questions soulevées par le régime juridique de la loi de 1970, abordées plus loin, ma conviction est qu’il faut adopter une démarche globale fondée sur deux priorités : l’information des publics sensibles, prioritairement les enfants et les adolescents ; la prévention sous toutes ses formes, qui en est le corollaire indispensable.
Ces combats sont encore loin d’être gagnés, si l’on en juge par le nombre considérable de morts prématurées et de drames humains que les Français paient encore comme tribut à ces produits : ainsi, peut-on admettre, dans notre pays, qu’à l’âge de 12 ans, 70% des garçons et 6 % des filles aient déjà consommé de l’alcool ?
Cette politique devra donc être amplifiée.
Dans ce cadre, la politique de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt) sera améliorée pour plus d’efficacité, avec notamment des moyens de sensibilisation aux dangers de la consommation de drogues à l’âge des premières consommations. On sait, en effet, que plus la consommation est précoce, plus le risque est grand d’une consommation ensuite source de complications.
Les acteurs associatifs de prévention qui sont au coeur de la réduction des risques devront être soutenus et un dispositif d’évaluation de cette politique, indépendant et permanent, sera créé, dont les résultats seront rendus publics.
J’ajoute, bien entendu, que le renforcement des moyens de la médecine scolaire et universitaire et de ceux de la médecine du travail jouera un rôle essentiel dans ce contexte, tout comme, de manière plus générale, la mise en place d’une véritable "médecine de première ligne" autour de médecins généralistes mieux formés, moins isolés, et d’un réseau de dispensaires, qui délivreront des prises en charge de qualité, pluridisciplinaires.

Est-il temps de réformer la loi de 1970 concernant la politique française en matière de drogues ?
Les problèmes liés à l’usage du cannabis devront être spécifiquement traités au regard des ravages sociaux que son trafic crée.
En France, l’usage du cannabis est un délit sanctionné d’une peine pouvant aller jusqu’à un an de prison et 3750 euros d’amende aux termes de la loi du 31 décembre 1970. Bien que sa législation soit une des plus répressives d’Europe, notre pays compte le plus grand nombre de consommateurs de stupéfiants. Il nous faut donc une action publique de prévention et de soutien plus efficace.
La circulaire d’avril 2005 prévoit une réponse systématique mais graduée avec plusieurs peines alternatives ou poursuites. Dans les faits, les sanctions de l’usage de cannabis sont aléatoires et ont conduit une majorité de jeunes à penser à tort que la consommation de cannabis n’est pas répréhensible.
La loi n’est plus appliquée, il faut donc débattre des voies possibles d’évolution, afin de rendre les textes efficaces, en veillant bien entendu à ne pas légaliser ces produits. Il faut, en revanche, cesser de transformer un simple usager en délinquant, mais maintenir l’interdit pour un produit dangereux.

Croyez-vous à une société sans drogue ?
Il ne s’agit pas de croyance mais d’action. Les ravages des drogues, notamment chez les jeunes, doivent mobiliser les responsables politiques. Il sera de ma responsabilité, si je suis élue, de mettre en oeuvre une politique de santé publique qui protège la jeunesse, réduise les risques d’usage de drogues et soigne efficacement les malades. Notre objectif doit être de permettre à chacun de construire sa vie. Les paradis artificiels sont des enfers réels.