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SWAPS nº 46

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Election présidentielle

"Abandonner la guerre à la drogue"

par Olivier Besancenot

Comment envisagez-vous de vous impliquer dans le débat sur l’usage des drogues et des autres substances psychoactives en France ?
En revendiquant clairement la légalisation du cannabis, une mesure urgente pour des millions de jeunes usagers, en même temps qu’en dénonçant l’absence de moyens pour une véritable politique de prévention et de réduction des risques. Qui doit d’ailleurs englober les drogues aujourd’hui illicites, mais aussi l’alcool, le tabac et la surconsommation de certains médicaments.
L’usage de drogues doit passer définitivement du domaine de la répression à celui de la prévention et de la réduction des risques. C’est le seul efficace.
La guerre à la drogue de Sarkozy, les contrôles policiers à la sortie des bus de Médecins du monde, ce n’est pas ça qui réduit les souffrances des usagers de drogues. Ce sont les traitements de substitution à l’héroïne, les programmes d’échange de seringues... qui ont permis de sauver plus de 3500 vies, réintégré les usagers dans le circuit des soins (hépatite, VIH...), parfois du travail et je l’espère de l’estime de soi.

Quelles thématiques souhaiteriez-vous voir abordées lors d’un éventuel débat parlementaire sur l’usage de drogues ?
Plus qu’un débat parlementaire, c’est un débat citoyen que je souhaite. La politique de guerre à la drogue a du plomb dans l’aile. Elle doit être abandonnée. Abandonnée au profit d’une politique de réduction des risques, qui parie sur le coeur et l’intelligence des usagers. A notre société de leur en donner les moyens. En termes de structure de soins et de prévention, mais aussi en termes d’avenir.

Est-il temps de réformer la loi de 1970 concernant la politique française en matière de drogues ?
La loi de 1970 est un bel exemple d’hypocrisie et d’inefficacité. Elle n’a pas empêché la consommation de cannabis de doubler en dix ans chez les 16-24 ans. Par contre, elle favorise le business. Elle criminalise une partie de la jeunesse, toujours la même d’ailleurs, celle des quartiers populaires, celle que Sarkozy traite de racaille. Pourtant on sait que l’usage de drogue touche autant la jeunesse des quartiers que celle des "beaux" quartiers. Mais tous n’ont pas droit au harcèlement policier. La prohibition n’est pas la solution.
L’hypocrisie doit cesser. Je suis donc favorable à l’abrogation de la loi de 70, à la dépénalisation de la consommation des drogues et à la légalisation du cannabis.
Dans le même temps, la dépénalisation doit aller de pair avec des actions de prévention, des actions de suivi médical-social. Et les budgets doivent être à la hauteur !
Sarkozy veut nous faire croire que la jeunesse est un danger pour la société. Alors que trop souvent, c’est elle qui est en danger ! Précarité, racisme, discriminations, violences policières... Quel avenir ! Un boulot, un appart, un copain ou une copine... C’est un petit coin de ciel bleu dans la tête et le produit qui s’éloigne. Le bonheur, une idée neuve contre l’usage de drogues.

Croyez-vous à une société sans drogue ?
Pas vraiment, non. C’est un phantasme policier, ça ! Mais il paraît qu’on souffre beaucoup dans la police, et que l’alcoolisme y fait des ravages. Par contre, tous les produits ne sont pas équivalents. Certains sont mis au ban de la société, alors que d’autres sont tolérés. L’alcoolisme fait 40000 morts par an en France, le tabagisme 60000. La France est presque championne du monde de l’usage des anxiolytiques. Certains produits peuvent être consommés avec modération. Si l’on est bien dans sa tête. Mais ce n’est pas le cas de tous les produits.
Alors une société sans drogue, je ne crois pas. Mais une société qui s’organise pour réduire les risques, j’y crois !

La réponse d’Arlette Laguiller
Voici la réponse que nous a fait parvenir la candidate de Lutte ouvrière :

J’accuse réception de votre courrier concernant les rapports entre drogue et société.
C’est une question importante mais, malheureusement, je ne dispose pas d’un secrétariat numériquement nombreux ni d’une armée d’experts me permettant de répondre avec la compétence et la précision voulues à votre demande.
Je suis, en effet, en campagne avec des déplacements nombreux et je n’ai pas pu me consacrer à tout le courrier que doivent recevoir tous les candidats à la présidence de la République. (...)