Santé
Réduction des Risques
Usages de Drogues


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SWAPS nº 46

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Election présidentielle

"Relancer le débat"

par François Bayrou

Comment envisagez-vous de vous impliquer dans le débat sur l’usage des drogues et des autres substances psychoactives en France ?
Depuis ces dernières années, la consommation de drogues illicites dans notre pays n’a cessé d’augmenter, accompagnant le fort développement d’un trafic multiforme. La France est confrontée à un grave problème de santé publique. La consommation de cannabis chez l’adolescent en France est la plus forte d’Europe. Aujourd’hui, la réponse à cette situation n’est plus adaptée : la prévention est pratiquement inexistante et l’interdit est sans cesse transgressé.
Bien qu’opposé à une légalisation pure et simple de l’usage de certaines drogues, je souhaite sortir de la répression systématique et de la stigmatisation des comportements addictifs. La personne qui se drogue est avant tout une personne en détresse qui doit être aidée. C’est pourquoi, il faut permettre un suivi des comportements vis-à-vis des drogues illicites comme des drogues licites, psychologique et médical, et un accompagnement durable de ces personnes pour les aider à sortir de cet état.
Mais il faut surtout relancer le débat sur la politique de soins. Quelle politique de santé publique sur l’usage des drogues souhaite-t-on mener ? Quel accompagnement pour les personnes toxicomanes ? Quelle politique de substitution ? Et surtout quels sont les moyens que l’on est capable d’y consacrer ? Les professionnels de santé doivent être davantage impliqués dans l’élaboration d’une politique de lutte contre la toxicomanie efficace.

Est-il temps de réformer la loi de 1970 concernant la politique française en matière de drogues ?
Si certaines mesures ont pu prouver leur efficacité, aujourd’hui les textes ne sont plus adaptés. La loi du 31 décembre 1970, relative aux mesures sanitaires de lutte contre la toxicomanie et la répression du trafic de l’usage de substances vénéneuses, initialement prévue pour contenir le développement préoccupant de la consommation de l’héroïne, n’est plus adaptée à la situation actuelle et aux nouvelles consommations. Le délit d’usage n’est plus sanctionné, l’injonction thérapeutique, c’est-à-dire l’obligation de se soigner contre une remise de peine est diversement prescrite, le volet prévention a été négligé, et les capacités de prise en charge des toxicomanes sont dramatiquement insuffisantes.
Il est donc urgent de mettre en oeuvre une politique de prévention généralisée et de soins adaptés aux nouvelles toxicomanies. La prévention et l’accompagnement doivent être préférées à la sanction, laquelle peut avoir des effets beaucoup plus graves que les effets dissuasifs recherchés au départ. La réduction des risques, notamment par l’échange des seringues et la délivrance de produits de substitution aux toxicomanes, dont les résultats en termes de santé publique doivent être salués n’ont pas été accompagnés d’un véritable programme d’information et de prévention, notamment en direction des jeunes.