Santé
Réduction des Risques
Usages de Drogues


Recherche dans SWAPS avec google
   

SWAPS nº 45

vers sommaire

Rencontres nationales de la RDR

Les associations se mobilisent

par Nestor Hervé

Les premières Rencontres nationales de la réduction des risques liés à l'usage de drogues, organisées à l'initiative de l'AFR, se sont tenues les 12 et 13 octobre à Bobigny (Seine-Saint-Denis). Plus de 400 personnes ont participé aux débats et ateliers qui ont conduit à l'élaboration de recommandations. Le signe d'un effort tangible de mobilisation et de rassemblement des acteurs de la RdR.

Deux journées "de travail, d’échanges, de réflexion et d’interpellations", c’est ainsi que Béatrice Stambul, la présidente de l’AFR, a présenté lors de leur ouverture les premières Rencontres nationales de la réduction des risques (RdR). Deux journées construites grâce à l’"authentique alliance de toutes les associations de RdR", s’est félicitée Béatrice Stambul, qui a appelé à se mobiliser face aux "réelles menaces" d’ordre politique pesant sur certains acquis de la RdR. Deux journées qui ont vu plus de 400 participants aux parcours et aux sensibilités multiples débattre et tenter d’élaborer des recommandations communes.
Outre huit ateliers construits en trois temps (constat, analyse-discussion, établissement de revendications et de priorités s’appuyant sur les "points de jonction"), trois forums (Europe, formation, médias), une table ronde sur les salles de consommation et plusieurs plénières étaient au menu de ces deux journées, coordonnées par Jean-Marc Priez.

Une large coalition
AFR, Anit, Aides, MDM, Asud, SOS DI, FFA, Anpref, Safe, Crips-Cirdd, élus locaux, CG93 et mairie de Paris1 : la liste des structures unies pour organiser ces Journées apportait une réelle représentativité à l’événement. Cette diversité a en revanche rendu difficile l’élaboration d’une synthèse. La liste des recommandations issues des différents ateliers (disponible sur le site de l’AFR, www.a-f-r.org), alourdie par des arbitrages complexes et dans laquelle avaient du mal à se retrouver certains participants, en témoigne.
"Les débats ne sont pas tous clos, explique Valère Rogissart, vice-président de l’AFR, qui présidait le comité de pilotage des rencontres, mais il existe des points de jonction sur lesquels s’appuyer pour aller plus loin." Comme le dit Béatrice Stambul, "si nous étions tous d’accord dès le début, ce serait suspect. C’est un vrai "work in progress"".
"Il faut cultiver ensemble le goût de l’innovation", estime Christian Saout, président de Aides, et "le grand-père de l’Anit et la vieille tante de Aides" peuvent y contribuer. Il entend se placer dans la continuité de "Limiter la casse", mouvement "archi-fondateur".
Le président de l’Anit Jean-Pierre Couteron souhaite pour sa part "fonder des valeurs communes", qui passent par une "approche communautaire". "Trop de décisions se prennent dans des stratégies d’influence, estime-t-il. La parole publique se fait rare, et ce silence laisse trop de place aux idéologues."
Et chacun de pointer ses priorités : la notion d’"accompagnement", différente de la prise en charge, pour Jean-Pierre Couteron ; "l’énorme question" de la substitution en prison pour Christian Saout ; la dépénalisation de l’usage ("ce n’est pas un sujet tabou") pour Valère Rogissart.

L’absence des politiques
"On voulait inviter les politiques. On a dû y renoncer, car il n’y avait pas assez de pluralité, a expliqué Valère Rogissart. On espérait aussi le président de la Mildt. Il a fait savoir qu’il ne souhaitait pas répondre à chaud aux recommandations que nous allons faire."
Responsables politiques et représentants de l’Etat ont en effet brillé par leur absence - entraînant sans doute dans leur sillage les journalistes de la presse grand public.
Plusieurs élus locaux étaient, eux, venus témoigner de leur engagement dans la politique de réduction des risques : représentant la Mairie de Paris, Alain Lhostis s’est déclaré en faveur de la dépénalisation du cannabis ; Laurent Elghozi (maire adjoint de Nanterre) a lancé que "la RdR est bonne pour tout le monde et pour tout un chacun" ; Ronan Kerrest, vice-président du conseil général de Seine-Saint-Denis, lequel accueillait les rencontres, a estimé que le concept de la RdR est "très intéressant politiquement : la prévention vaut mieux que la répression".
Nicole Maestracci, l’ex-présidente de la Mildt, a abordé les questions de politique publique. Pour la présidente du tribunal de grande instance de Melun, "aucune politique publique ne peut se construire si on ne prend pas la peine de convaincre au long cours". "Il ne faut pas cesser de répéter les choses justes, plaide-t-elle. Il faut sortir de sa bulle, et mieux s’expliquer." Un exemple : qui sait ce que veut dire Caarud ?
"Les rapports entre experts et pouvoirs publics constituent une relation fusionnelle ou incestueuse problématique", estime Nicole Maestracci, avant de regretter une certaine "difficulté à être mobile, à s’adapter à de nouveaux enjeux". Pour finir, la présidente de la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (Fnars) estime que "si on prend la seule politique contre la drogue sans l’intégrer au domaine social, ça n’a pas de sens".

"Extrêmement optimisant"
"Même si les menaces [contre la RdR] sont sérieuses, ces deux jours ont été extrêmement optimisants." En clôturant par ces mots les premières journées, Béatrice Stambul a résumé deux des sentiments qui ont irrigué les débats : inquiétude et espoir mêlés...
"Ça paraît évident que ces journées sont un succès" lance Jean-Pierre Couteron, tout en rappelant que "ce ne sont pas les journées de l’AFR" mais celles de toutes les associations de RdR.
Reste justement à dépasser certaines différences de points de vue, par exemple entre tenants de la "dépénalisation" ou de la "déjudiciarisation", ou celles qui concernent le statut des médiateurs de santé, la place de la lutte contre la précarité... afin de conserver l’élan pris au cours de ces premières rencontres, et plus encore à le porter vers les institutions, les responsables politiques, les médias généralistes et le grand public. Sortir de sa bulle, en quelque sorte...

17’10… Une injection à moindre risque
Signalons la sortie d’un intéressant support pédagogique qui manquait dans le petit paysage français de la réduction des risques. Ce DVD explique de manière pragmatique les éléments essentiels à connaître pour se prémunir contre les contaminations VIH, VHC, VHB... dans le cadre des drogues injectées. En 17’10’’, les principales étapes de la préparation de l’injection sont présentées dans un contexte très réaliste. Tout est expliqué, détaillé, commenté. Chaque situation à risque est pointée en fluo. Ce DVD pourra être utilisé lors de formations vers les professionnels (pharmaciens, éducateurs, travailleurs sociaux...). Il rappellera aussi aux injecteurs qui le verront quelques évidences, malheureusement souvent méconnues, telles que la longue survie du VHC en dehors du corps humain ou les risques de transmission manuportée. En bonus, le très réaliste "Going Over" (malheureusement en anglais), qui restitue de façon impressionnante tout le contexte d’une overdose, ainsi qu’un mode d’emploi détaillé du Stérifilt®. Cette production RB Prod, Cildt et Apothicom est disponible chez apothicom3@wanadoo.fr et cildt.sayag@wanadoo.fr. - J.K.



1 AFR : Agence française pour la réduction des risques
Anit : Association nationale des intervenants en toxicomanie
Aides : association de lutte contre le sida
MDM : Médecins du monde
Asud : Autosupport des usagers de drogues
SOS DI : SOS Drogue International
FFA : Fédération française d’addictologie
Anpref : Association nationale de prévention et de réduction des risques en milieu festif
Safe : Programme National d’aide à l’installation d’appareils distributeurs -récupérateurs - échangeurs de matériel d’injection stérile
Crips-Cirdd : Centre régional d’information et de prévention du sida-Centre d’information et de ressources sur les drogues et les dépendances
CG93 : Conseil général de Seine-Saint-Denis