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SWAPS nº 43

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Actualité

Brèves n° 43

Dépendance : un mécanisme complexe
Les travaux de l’équipe de Jean-Pol Tassin (Inserm 114) publiés fin avril dans les Comptes rendus de l’académie américaine des sciences (PNAS) remettent en cause l’idée généralement admise selon laquelle la dopamine est l’unique neuromédiateur impliqué dans le processus de dépendance, en mettant en évidence le rôle joué dans ce processus par trois des principaux neurotransmetteurs (dopamine, noradrénaline et sérotonine). "Normalement, chacune de ces trois molécules agit comme les roues d’un engrenage d’horlogerie et elles se contrôlent l’une l’autre, explique le chercheur. La dépendance s’installe lorsque l’engrenage se découple et que chaque roue se met à tourner sans contrainte."
L’équipe de l’Inserm a mis en évidence chez le rongeur que les systèmes impliquant la noradrénaline et la sérotonine se régulent mutuellement lorsqu’ils sont activés, par exemple à l’occasion de stimulations sensorielles (vision, toucher, audition). Ce couplage entre les deux systèmes disparaît à la suite de quelques injections espacées (quatre suffisent) d’amphétamine, la substance psychoactive testée.
Ce découplage dure plusieurs mois après la dernière prise de drogue et explique que la sensibilisation comportementale se maintienne à long terme.
La conséquence physiologique de ce découplage est une hyper-réactivité des neurones à sérotonine et à noradrénaline qui s’exprime particulièrement lors d’événements stressants ou inhabituels. Une des seules façons qu’aurait le toxicomane pour supporter cette hyper-réactivité serait de reprendre du produit. Pour Jean-Pol Tassin "il reste à trouver le moyen de réassocier l’engrenage".

L’Allemagne teste l’héroïne
S’appuyant sur les résultats positifs d’une étude pilote, la responsable au sein du gouvernement allemand de la lutte contre la drogue, Sabine Bätzig, a demandé, début mai, qu’une loi autorisant la prescription d’héroïne comme moyen thérapeutique soit votée par le Parlement avant l’été. La thérapie expérimentale mise en place pendant trois ans dans sept villes allemandes, et qui prend fin au mois de juin, s’adressait aux grands dépendants sur lesquels les cures de désintoxication n’ont plus d’effet. Les 1120 patients inclus ont été divisés en deux groupes, l’un soigné à la méthadone, l’autre à l’héroïne de manière dégressive pendant 24 mois. 69,1% des personnes traitées à l’héroïne contre 55,2% de celles soignées à la méthadone n’ont pas "replongé" dans une consommation non contrôlée de drogue.

Soutien alcoologique efficace
Selon une étude américaine menée sur 1383 personnes, un soutien alcoologique effectué par un médecin généraliste allié à un traitement médicamenteux donne de bons résultats dans la lutte contre la dépendance alcoolique. Le National Institute on Alcohol Abuse a voulu savoir si les médicaments pour traiter cette dépendance (la Naltrexone et l’Acomprosate) étaient efficaces sans intervention spécialisée et si cette efficacité pouvait être améliorée en les associant entre eux et avec des interventions comportementales effectuées par le généraliste. Les chercheurs se sont rendus compte que ceux qui restent le plus abstinents sont ceux qui prennent ces médicaments et ont reçu un appui psychologique et comportemental. Selon l’étude, les sujets prenant de la Naltrexone avec des conseils renforcés ont été plus longtemps abstinents .

Les effets modérés de la modération
Une consommation modérée d’alcool ne réduirait pas les risques cardiovasculaires contrairement à ce que certaines recherches suggèrent, conclut l’étude d’une équipe américano-canadienne de chercheurs publiée fin mars aux Etats-Unis. S’appuyant sur l’analyse de 54 études, ces chercheurs estiment que le taux de mortalité plus faible observée chez les sujets consommant jusqu’à quatre verres par jour paraît s’expliquer davantage par l’état de santé précaire des non-buveurs que par les effets bénéfiques de l’alcool sur les buveurs. "Notre recherche indique qu’une faible consommation d’alcool est un signe de bonne santé mais pas nécessairement sa raison", a souligné Kaye Fillmore, de l’université de Californie, coauteur de l’étude.

Boire ou concevoir...
Les fabricants français d’alcool devront apposer sur leurs bouteilles, à partir de l’été prochain, un pictogramme ou un message sanitaire mettant en garde les femmes enceintes contre les dangers de l’alcool pendant la grossesse, une première en Europe. Il pourra s’agir soit d’un pictogramme représentant la silhouette barrée d’une femme enceinte qui porte un verre d’alcool à la bouche, soit de la phrase : "la consommation de boissons alcoolisées pendant la grossesse, même en faible quantité, peut avoir des conséquences graves sur la santé de l’enfant".
Les entreprises auront un délai d’un an pour se mettre en conformité avec la loi. “Faire entrer toutes les obligations légales sur une étiquette devient un travail de précision", souligne-t-on chez les brasseurs.
Selon un rapport remis en novembre 2005 au gouvernement, 700 à 3000 enfants sur les 750000 qui naissent chaque année sont susceptibles d’être atteints d’un SAF grave, et donc d’être handicapés.