Santé
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SWAPS nº 43

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Tribune

Lettre ouverte à Christine Boutin

par Fabrice Olivet

Dans une lettre adressée en janvier au Premier ministre, 78 députés de droite1 demandaient la création d'une commission d'enquête parlementaire sur la Mildt et sur certaines associations de réduction des risques, dont Techno Plus et Asud. Au nom de cette dernière, Fabrice Olivet répond à l'un des députés signataires, Christine Boutin, dans une lettre ouverte dont Swaps publie ci-dessous quelques extraits2. Avec l'envie d'ouvrir un dialogue par-delà les divergences de vue.

Asud, enfant illégitime de la droite
(...) Asud, une association animée, dirigée, encadrée, notamment, par des consommateurs ou ex-consommateurs de substances illicites, est un enfant de la droite française. Un enfant bâtard, sans doute, mais les faits sont là : depuis 1992 Asud existe, financé d’abord sous la responsabilité indirecte de Simone Veil et de son secrétaire d’Etat Philippe Douste-Blazy. Depuis, au fil des alternances, Asud a toujours reçu un soutien implicite ou explicite de la part des anciens démocrates-chrétiens, jusque et y compris lors de la fameuse commission sénatoriale "l’autre cancer" (2002), qui a lancé la croisade contre Asud. A l’époque, le ministre de la Santé, le Dr Mattei, a rappelé spontanément le travail de terrain irremplaçable effectué par Asud-Marseille.

La drogue : ça n’existe pas !
(...) Les molécules existent, les drogués existent, les prisons existent, les dealers, les escroqués, les braqués, les paumés... mais La drogue point. Ce deus ex machina qui arrange tout le monde parce qu’il n’est personne, jamais vu ! (...) Et si la Drogue avait été inventée, Madame Boutin ? Justement par ceux qui depuis trente ans sont comptables de l’échec de la politique de répression menée tout azimuts ?
D’ailleurs, il est paradoxal que ce soit justement vous qui défendiez ce mythe. Ce qui est une façon de se défausser à bon compte d’un geste qui engage, qu’on le veuille ou non, la pleine responsabilité des consommateurs. Je croyais la droite française philosophiquement acquise à la responsabilité individuelle. (...) Très souvent le choix de prendre une drogue ou non est conditionné par l’adage "entre deux maux, choisis le moindre". Ce choix est fait contre la misère, contre la folie - et je parle bien sûr des addictions véritables, pas des expérimentations - et même contre l’ennui (qui n’est pas le moindre des maux), mais il est fait par des êtres conscients et rationnels.

Le langage du coeur
Dans le même ordre d’idée, il est facile de caricaturer nos propos en faisant de nous des apologues de la Drogue. Non, Madame Boutin, nous n’avons jamais prôné la légalisation des drogues, ni l’héroïne dans les supermarchés. Nous demandons la décriminalisation de l’usage personnel et privé. (...) Nous pensons qu’un simple consommateur, qui ne commet pas d’autre délit que celui de consommer du cannabis plutôt que de l’alcool, ne devrait pas être poursuivi, et cela relève de notre conscience, nous en faire un grief à titre professionnel est pour le moins inquiétant pour l’exercice de la démocratie. (...)
Nous sommes responsables de nos actes, à condition de nous accorder tous les attributs de la responsabilité. En connaissance des causes et des effets, nous choisissons le moindre mal en toute conscience. Il s’appelle drogue parfois, c’est pourquoi je vous adresse cette lettre ouverte, car de toutes les injustices que j’ai eu à côtoyer, celle qui concerne les usagers de drogues est celle qui s’apparente le plus au racisme : je te condamne parce que je ne te comprends pas. Tout le travail d’Asud consiste à faire l’inverse. Nous sommes des drogués ou des ex-drogués, et nous prétendons être comme vous, être vous, une part de l’humanité, qui aime, qui souffre et qui s’enivre parfois quand la vie pèse trop lourd. La loi de 1970 qui réprime les gens qui choisissent le chanvre plutôt que la vigne est une loi inhumaine. C’est pour nous empêcher d’exprimer ces opinions, en marge de nos activités professionnelles, qu’on nous intente ce procès. Au nom de l’humanité, Madame Boutin, accordez-nous la présomption d’innocence, avant de signer un texte qui nous condamne sans nous avoir entendu.



 1 Parmi les 78 signataires (74 UMP, 2 UDF et 2 non inscrits) figurent entre autres Bernard Debré et Claude Goasguen. L’auteur de la lettre, Jean-Claude Garraud accuse les responsables de la Mildt de "mettre en oeuvre" des “stratégies de banalisation des drogues et d’apprentissage à se droguer "proprement"" et certaines associations de "présenter sous un jour favorable les drogues".
2 Le texte intégral de cette lettre ouverteest consultable sur www.asud.org