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SWAPS nº 42

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Edito n°42

par Gilles Pialoux

C’est a priori deux événements indépendants : la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt) a proposé le classement du Subutex® comme "stupéfiant" ; la première version générique de la buprénorphine haut dosage (HD) devrait voir le jour durant l’année 2006.
Objectifs avancés de la proposition de la Mildt : lutter contre le détournement, le mésusage et le "trafic de rue" de buprénorphine HD. Pas moins. "Trafic de rue" qui du reste a bien du mal à se compter : il concernerait 10% des ventes selon Libération (daté du 10 janvier 2006), 20% pour le laboratoire Schering-Plough, qui commercialise le produit, 25 à 30% d’après la Mildt et 30% pour le député médecin Bernard Debré.
Quoi qu’il en soit, le classement du Subutex® comme "stupéfiant" et non plus comme "substance vénéneuse" est autant politique qu’économique. Politiquement, si d’aucuns considèrent aujourd’hui la substitution aux opiacés comme une stratégie dépassée ou, pire, comme la figure emblématique du "deal" en blouse blanche, cela ne peut faire oublier son efficacité indiscutable en termes de réduction des risques. Ne serait-ce que par la diminution des overdoses et la baisse des cas incidents d’infection à VIH chez les usagers de drogue.
Economiquement, quelle que soit son ampleur, le détournement du Subutex® pose question avec 85000 consommateurs, depuis l’apparition en 1996 de cette molécule, et 8 millions de boites vendues à 22 euros les 7 comprimés. Certains se plaisant à rappeler que le Subutex® se trouve au 16e rang des médicaments remboursés par la sécurité sociale.
C’est bien là précisément que les deux événements sont liés. Car l’accès de la buprénorphine HD au rayon des génériques devrait réduire son prix et augmenter sa diffusion, au risque d’alimenter le trafic de rue.
Même s’il appartient à la Commission nationale des stupéfiants et des psychotropes, rattachée à l’Affsaps, de donner son accord sur le passage à la classification "stupéfiant" et de le transmettre au ministre, il semble que l’affaire soit d’ores et déjà bien engagée.
Reste une énigme : comment vont se comporter pharmaciens et médecins généralistes (ceux-ci étaient environ 16000, selon l’étude Appropos, à prescrire le Subutex® en 2004) ? Et quelques questions périphériques : quelle sera la position sur le front de la substitution et de la réduction des risques des laboratoires qui vont se lancer dans le générique de buprénorphine HD ? Le mésusage est-il directement influencé par le classement de la molécule et son prix de vente ? Et surtout, l’objectif préventif, qui est la base même des traitements de substitution aux opiacés, sera-t-il gravement entravé par une telle mesure, qui vise une minorité de l’usage ?
A terme, deux entités auront évidemment leur mot à dire dans le suivi de cette mesure : le laboratoire Schering-Plough et la Mildt. Deux entités qui jusqu’à aujourd’hui - mais c’est une autre histoire - soutiennent l’histoire de Swaps.