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SWAPS nº 42

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Actualité

Usage de drogue et infection VIH : satisfecit et vigilance

par Gilles Pialoux

Pour ceux qui en doutaient encore, la réduction des risques a fait ses preuves. Cela est notamment confirmé par l'Institut de veille sanitaire. Pourtant, de nombreux efforts restent à faire pour améliorer les connaissances sur les risques réels de contamination par le VIH. Bilan et perspectives.

Les dernières données de surveillance de l’infection à VIH-sida en France sur 2003-2004 telles que l’InVS les rapporte dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire1 attirent le regard et la réflexion sur la faible proportion (2%) des nouveaux diagnostics VIH liés aux usagers de drogue. De même, le nombre annuel de cas de sida chez les usagers de drogue a diminué assez régulièrement entre 1997 et 2004.

Réalité et phantasmes
Cette indiscutable efficacité de la réduction des risques VIH liés à l’usage de drogue est à mettre en perspective. D’une part, avec des données non similaires obtenues sur la transmission du VHC, d’autre part avec les représentations publiques du VIH et de ses risques telle que les reflète, par exemple, l’enquête menée par l’IFOP pour Paris Match et Sidaction dans le sillage du 1er décembre 2005. Cette enquête de représentations montre comment sont perçus en France les différents modes, réels ou phantasmatiques, de transmission du virus du sida :
- le sang : 96%,
- les sécrétions sexuelles : 90%,
- le lait maternel : 37%,
- la salive : 26%,
- les piqûres d’insectes (!) : 21%,
- la sueur, les postillons (!) : 13%,
- les cuvettes de toilettes (!!) : 13%,
- et... le toucher : 5%.

Le caractère "mal maîtrisé" des connaissances en matière de transmission du VIH est confirmé par la dernière édition des enquêtes KABP communiquée récemment par l’ANRS2, enquête qui pointe néanmoins la très forte perception du risque de transmission du VIH par la piqûre lors de l’usage de drogue avec une seringue déjà utilisée (99,4% en 2001, 99% en 2004).

Surveillance accrue

Les données récentes de l’InVS sur les nouveaux diagnostics VIH corroborent en fait les résultats de l’enquête InVS-ANRS-Coquelicot menée fin 2004 dans cinq grandes villes de France tels que présentés dans le communiqué de presse de l’InVS du 1er décembre 2005. La prévalence du VIH retrouvée chez les usagers de drogue à partir d’un prélèvement de sang au bout du doigt y est sensiblement égale à 10% et quasi nulle chez les moins de 30 ans. Dans des études comparables réalisées précédemment par l’IREP, la prévalence globale était de 40% en 1988 et de 20% en 1996. Toutes ces données confirment donc la diminution progressive des nouvelles contaminations par le VIH liées à l’usage de drogue, sous le poids de la réduction des risques et de la modification des pratiques de consommation de drogue.
Ces chiffres préliminaires plutôt réconfortants sur l’effet de la réduction des risques sur la transmission du VIH chez les usagers doivent être pondérés. Plusieurs données issues de Coquelicot confirment que la proportion de pratiques d’injection à risque (partage de seringue, de petit matériel...) n’est pas négligeable et soulignent surtout la forte prévalence du VHC dans cette population (50%).
Qui plus est, sans faire d’analogie avec le groupe de transmission homo ou bisexuel, une surveillance accrue des nouvelles pratiques chez les jeunes usagers de drogue s’impose dans le but d’anticiper l’éventuelle recrudescence du VIH dans cette population.



1 BEH n° 46-47, novembre 2005
2 KABP ANRS, Nathalie Beltzer, Mylène Lagarde, Xiaoya Whu-Zhou et Isabelle Grémy, novembre 2005