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SWAPS nº 42

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Dossier prostitution

Quels usages chez les trans ?

par Alain Sousa

Aucune étude spécifique n'a été menée sur l'usage de drogue chez les transgenres. Un milieu où plus de 70% sont des travailleuses du sexe. Quels sont les consommations et usages problématiques ? Pour en savoir plus, Swaps a rencontré Camille Cabral, présidente de l'association activiste Pastt.

Camille Cabral est une grande blonde sculpturale, originaire du Brésil. Certains la connaissent grâce à sa candidature à Paris lors des législatives de 2002, mais c’est avant tout la fondatrice de l’association Pastt, qui se bat pour le droit des personnes transgenres (lire l’encadré).
Lorsqu’on lui pose la question de l’usage de drogue dans le milieu trans, elle montre des réticences pour répondre. Elle tient à rappeler que les trans sont un groupe minoritaire, fortement stigmatisé et discriminé : "Il est impossible de trouver un travail lorsque l’on est une femme en apparence, avec un état civil et des papiers qui disent le contraire. Et c’est encore plus dur de trouver un logement. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles 70% des trans ont choisi d’être travailleuses du sexe." Camille redoute que l’on stigmatise encore plus les trans en leur collant une nouvelle étiquette, relative à l’usage de drogue.

Peu d’injections
Malgré tout, elle reconnaît qu’il existe des consommations, essentiellement sociales : de l’ecstasy en soirée parfois, des amphétamines également. "Mais pas de ce Crystal Meth dont on entend de plus en plus parler" souligne Camille... Et l’héroïne ? "Il y a encore quelques injecteurs, mais si l’on compare à la situation des années 1980, ce n’est plus du tout la même chose pour l’héroïne, tempère Camille. Aujourd’hui on trouve des gens qui sont substitués à la méthadone ou au Subutex ®". Et ceux-ci ne représenteraient qu’une minorité : sur le millier de trans qui fréquentent l’association Pastt, une dizaine à peine seraient sous substitution...

Pour "tenir le coup"
Mais alors, il n’y aurait pas de consommation de drogue chez les trans ? Camille reconnaît que la substance la plus consommée, c’est l’alcool. Ou plus exactement, le mélange alcool plus Rohypnol® : "Je connais des travailleuses du sexe qui portent toujours sur elles une flasque contenant un mélange de whisky et une dizaine de comprimés de Rohypnol broyés." Car si le Rohypnol est théoriquement un somnifère, il produit l’effet inverse une fois mélangé à l’alcool. Un breuvage utilisé pour tenir le coup face à des conditions de travail souvent extrêmement difficiles. "La violence est quotidienne. Il y a des morts. Une fille a même été tuée le jour de la marche des trans", souligne Camille.

Le revers de la médaille
Le mélange alcool plus Rohypnol, s’il aide certaines à tenir le coup, a aussi son revers : "Cela peu plus souvent occasionner des baisses de vigilance et un relâchement en matière de port du préservatif par exemple" reconnaît Camille. Un problème d’autant plus important que les trans sont souvent confrontées à des demandes de sexe non protégé. "Dans la clientèle des trans, on peut trouver des hommes qui n’aiment pas le préservatif. Ce sont des personnes qui n’ont pas le sens du risque et la conscience de la gravité de l’épidémie" précise-t-elle. Et les trans ne sont pas toujours à même de refuser. "Une trans sans papiers, en situation précaire, à qui le client propose une rallonge pour baiser sans capote, peut avoir du mal à dire non, quand elle a un logement à payer et pas d’argent pour se nourrir, constate Camille. La faim et la pauvreté sont plus fortes que la peur du sida."
C’est là que Pastt intervient, pour justement aider ces trans à se protéger à tout prix. Mais les conditions sine qua non d’une véritable réduction des risques sont certainement plus d’égalité et moins de discriminations identitaires. Et en la matière, un long chemin reste à parcourir.

Pastt : contre la "transphobie"

Depuis 1992, Prévention, action, santé, travail pour les transgenres (Pastt) soutient les personnes trans, aussi bien dans les domaines social que sanitaire ou juridique. Et la lutte contre le sida et les maladies sexuellement transmissibles est l’une des priorités de l’association. Celle-ci s’implique ainsi sur le terrain, avec des permanences au bois de Boulogne et sur les boulevards des maréchaux. Des lieux d’accueil et de soutien sur le terrain qui s’adressent principalement aux personnes trans, mais qui touchent de plus en plus de "classiques".
Pastt essaie également de lutter de manière concrète contre la "transphobie", et propose par exemple des ateliers de formation pour faciliter l’accès à l’emploi. Sans oublier un volet artistique et culturel : l’association organise de nombreuses manifestations et spectacles.
Pastt / 94 rue Lafayette / 75010 Paris / Tel. : 01 53 24 15 40 /
Mail :
pastt@noos.fr