Santé
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SWAPS nº 40/41

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En bref 40/41

Le Crystal Meth est arrivé
Le Crystal Meth a débarqué en France cet été. C’est du moins ce qu’affirme le quotidien Libération du 19 août. Cette amphétamine aurait ainsi fait une percée dans les boîtes de nuit parisiennes et autres lieux festifs "branchés". Cette drogue avait déjà été décrite par le magazine Têtu de décembre 2004 comme faisant d’importants dégâts aux Etats-Unis dans le milieu gay. Le magazine dénonçait sa dangerosité, notamment liée à une forte augmentation des prises de risque lors des rapports sexuels. La consommation de cette substance reste pourtant marginale : outre la peur qu’elle suscite, son prix (500 à 800 euros le gramme) refroidit sans doute bien des ardeurs. En attendant une réelle évaluation de terrain, il est bien difficile de mesurer l’ampleur du phénomène. Ce qui n’empêche pas un groupe de travail de préparer sous l’égide de la Mildt une brochure d’information ciblée auprès des "clubbers" et des "teufeurs".

La kétamine détrône l’ecstasy Outre-Manche
En Grande-Bretagne, ce n’est pas le Crystal Meth qui inquiète, mais la hausse de la consommation de kétamine. Cet anesthésique, utilisé chez l’homme et l’animal, est détourné de son usage pour ses propriétés hallucinogènes. Selon un rapport publié par l’organisation Drugscope (disponible sur www.drugscope.org.uk), cette drogue a même détrôné l’ecstasy dans les milieux festifs britanniques. Plus connu sous le nom de "Spécial K", ce composé serait ainsi particulièrement consommé chez les 18-25 ans. La kétamine serait également appréciée comme une drogue du week-end par les jeunes actifs des classes moyennes. Son prix (15 livres/g au plus bas, soit 22 euros) est la raison principale de cet engouement (le rapport souligne par ailleurs que le prix de nombreuses drogues a pratiquement été divisé par deux en Angleterre en moins d’un an). Reste à savoir si le milieu festif français suivra cette voix.

Cocaïne en Italie : la vérité est dans l’eau
Des chercheurs italiens ont jeté un pavé dans la mare: la consommation de cocaïne en Italie serait complètement sous-estimée. L’équipe d’Ettore Zuccato, de l’institut de recherche pharmacologique de Milan, a utilisé une méthode originale pour évaluer la consommation de cette drogue : mesurer les résidus de ce produit dans le fleuve Pô. Ce cours d’eau, le plus important d’Italie, reçoit les eaux usées de 5 millions de personnes, notamment des villes de Turin et Milan. Les résultats1 sont surprenants : les scientifiques ont mesuré un taux correspondant à quatre kilos de cocaïne par jour déversés dans le fleuve. Cela représenterait 27 doses (de 100 mg) pour chaque tranche de 1000 jeunes adultes de la région, pour un total de 40000 doses par jour. Or les estimations officielles sont de l’ordre de 15000 doses... par mois ! Les chercheurs se sont basés sur plusieurs prélèvements, ce qui exclut le risque d’erreur lié par exemple à un rejet ponctuel par un dealer. La prochaine étape consiste à faire parler le fleuve sur la consommation d’héroïne et de cannabis, mais la détection de ces produits semble beaucoup plus difficile. A quand le même type d’évaluation dans la Seine ?

Pas de tabac au travail
Les Français ne veulent pas subir la fumée lorsqu’ils travaillent ! C’est la conclusion d’un sondage réalisé par l’institut Ipsos pour la société Pfizer. Selon les données recueillies, plus de 80% préféreraient travailler dans un lieu où la cigarette est totalement bannie. Car les actifs sont encore 21% à exercer dans une société où il est autorisé de fumer. Et un sur cinq souligne que la loi Evin n’est pas respectée sur son lieu de travail. Des données à mettre en parallèle avec celles du rapport publié par le Bureau international du travail, sur la sécurité et la santé en milieu professionnel dans le monde. On peut y lire que le tabagisme passif sur le lieu de travail, notamment dans les restaurants, les activités de loisir et les secteurs de service, serait à lui seul responsable de 200000 décès dans le monde chaque année.

Cannabis au volant: moins dangereux que l’alcool !
L’Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT) a rendu publics les premiers résultats de l’étude SAM (Stupéfiants et accidents mortels de la circulation routière). Ces travaux concernent l’usage de cannabis et d’alcool au volant. Les premières données confirment un effet du cannabis sur la conduite : les conducteurs en ayant consommé ont en moyenne 1,8 fois plus de risques d’être responsables d’un accident mortel. Le nombre annuel d’accidents mortels liés au cannabis serait de l’ordre de 230 tués. En comparaison, la consommation d’alcool multiplie par 8,5 les risques d’accident mortel. Le bilan annuel pour l’excès de boisson serait lui de 2270 décès. Le quotidien Libération a aussitôt souligné que le risque de conduire sous l’emprise du cannabis n’est "pas plus élevé que celui engendré par un conducteur avec un taux d’alcoolémie entre 0,2 et 0,5 gramme par litre de sang". Le journal pose la question de la tolérance zéro pour le joint (un fumeur pris au volant risque deux ans de prison) alors que les taux d’alcoolémie sous 0,5 g/l sont admis...

Quand les parents fument, les enfants suivent...
Une étude américaine vient de confirmer l’influence des parents sur la consommation de tabac des jeunes2. Un enfant de12 ans dont les parents fument a, en moyenne, deux fois plus de chances de commencer à fumer entre 13 et 21 ans. Les chercheurs ont souligné plusieurs facteurs influant directement sur le comportement tabagique des enfants : la discipline dans le foyer, les relations familiales... Mais surtout, le fait d’associer l’enfant au comportement de fumeur des parents semblerait déterminant. Ainsi, il serait extrêmement délétère d’envoyer l’enfant chercher un paquet chez le buraliste ou de lui faire allumer les cigarettes des parents ! Les chercheurs insistent sur le fait que des campagnes à l’égard des parents fumeurs doivent être initiées pour limiter la consommation chez les jeunes.

Irlande : les mégots envahissent les trottoirs
L’Irlande est l’un des rares pays à avoir totalement interdit de fumer dans les lieux publics, y compris les pubs et autres restaurants. Cette initiative de santé publique est unanimement saluée ... sauf par les défenseurs de l’environnement ! C’est ce que laisse entendre une enquête des autorités irlandaises rapportée par l’AFP. En effet, l’Irlandais fume dorénavant dans la rue, et les mégots sont devenus les principaux déchets retrouvés sur la voie publique : ils représenteraient aujourd’hui la moitié des ordures ramassées par les services municipaux. Autre "dommage collatéral" de cette mesure : la hausse du nombre de chewing-gums jetés sur les trottoirs...

Une bière pour arrêter de fumer
On connaissait les gommes ou les patchs pour arrêter de fumer. Un brasseur allemand propose un nouveau substitut: la bière à la nicotine. Baptisée Nicoshot, celle-ci contient non seulement 6,3% d’alcool mais aussi une dose de la substance active du tabac. Selon le fabricant, la prise de trois cannettes (de 250 ml) équivaudrait à fumer un paquet de cigarettes. Mais si le fumeur tombe dans l’alcool pour arrêter le tabac, le bénéfice de la méthode paraît franchement douteux.

Petits fumeurs, gros risques
Contrairement à une croyance tenace, les petits fumeurs (une à quatre cigarettes par jour) menacent aussi leur santé.
C’est ce que souligne une étude norvégienne publiée fin septembre3. Ces petits consommateurs augmentent significativement leurs risques de développer de maladies cardiovasculaires ou un cancer. L’étude, qui portait sur 23521 hommes et 19201 femmes suivis des années 1970 jusqu’en 2002, soulignait notamment un risque de crise cardiaque fatale multiplié par trois, et un décès par cancer du poumon multiplié par trois à cinq.



1 Environmental Health, août 2005, vol. 4, n° 14
L’étude est disponible en ligne à www.ehjournal.net/content/4/1/14
2 Journal of Adolescent Health, sept. 2005, vol. 37, p. 202-210
3 Tob Control, octobre 2005, vol. 14, p. 315-20