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SWAPS nº 3

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VIIIe Conférence

La prescription des formes orales et injectables de méthadone en Angleterre et Pays de Galles

par Brigitte Sabatier

La méthadone est utilisée en Angleterre et au Paysde Galles depuis plus de 30 ans. Différents circuits de prescriptions hospitaliers et extra-hospitaliers coexistent. Une étude a été menée par J. Strang et J. Sheridan en 1995 (1), et présentée au cours de la conférence (2), auprès des pharmaciens pour réaliser une véritable photographie des pratiques actuelles de prescription et de dispensation de la méthadone. Cette étude a bénéficié d'un taux de réponse de 74,8 % des pharmaciens interrogés et a porté sur 3846 prescriptions de substitution d'opiacés.

La prescription de la méthadone

Tous les médecins peuvent prescrire de la méthadone qu'ils soient hospitaliers ou non, généralistes ou spécialistes. Au cours des quinze dernières années, les médecins généralistes ont été particulièrement motivés pour participer à ces programmes. Ainsi, aujourd'hui la moitié des prescriptions de méthadone émane-t-elle des généralistes(3). Différentes formes pharmaceutiques de méthadone peuvent être prescrites (sirop buvable, comprimés, ampoules injectables et suppositoires) sans distinction d'un point de vue réglementaire. Enfin, le prescripteur détermine librement la fréquence de réapprovisionnement du patient : il pourra venir chercher son traitement à la pharmacie quotidiennement, tous les deux jours ou plus.

La dispensation de la méthadone

La deuxième partie de l'étude concernait les modes de dispensation de la méthadone par les pharmaciens. Les modes de délivrance les plus fréquents correspondaient soit à une délivrance quotidienne, soit pour deux ou trois jours ou soit hebdomadaire : près de la moitié des prescriptions étaient délivrées pour un jour. La différence des pratiques de prescription entre les médecins généralistes et les médecins hospitaliers a été confirmée dans cette étude. Les généralistes et les médecins du secteur privé prescrivent plus souvent de façon hebdomadaire contrairement aux médecins hospitaliers.

Les auteurs pensent que l'aide apportée par les analyses d'urine facilitaient cette prescription. En outre, les médecins du secteur privé préfèrent prescrire des comprimés ou des ampoules injectables contrairement à leurs collègues du service public. Les auteurs ont cherché à relier une forme pharmaceutique à une fréquence de dispensation ; il y a peu de différence, mais on peut noter que les comprimés ont été plus souvent prescrits de façon hebdomadaire, le sirop de façon quotidienne et hebdomadaire et les ampoules de façon quotidienne.

La méthadone constitue la thérapeutique de substitution la plus prescrite avec 96 % des prescriptions et une grande diversité de présentations. La distribution apparaît du point de vue des pharmaciens pas suffisamment quotidienne mais il n'existe aucune démonstration d'usage illicite plus important lorsque la fréquence de réapprovisionnement est plus faible. Dans la prise en charge de patients plus compliqués, il n'y a pas de différence entre médecins généralistes et spécialistes. Les seules différences apparaissant sont dans les doses prescrites plus élevées sous forme injectable.


(1) Farrel M., A review of the legislation, regulation and delivery of methadone in 12 member States of the European Union, European Commission, Londres, 1995, pp 137-165.

(2) Dans le cadre de la session : Questions de prescription : au-delà de la méthadone en prise orale. John Strang : La prescription de méthadone par voie orale ou injectable en Angleterre et au Pays de Galles.

(3) Parmi les 3846 prescriptions de substitution d'opiacés, 96 % des ordonnances comportaient de la méthadone, soit 3693 ordonnances. La forme orale liquide (sirop de méthadone) était de loin la forme la plus utilisée (80 % des prescriptions) ; les formes comprimés et formes injectables ont été prescrites chacune dans 10 % des cas. La dose prescrite était significativement différente selon les formulations prescrites. Les posologies prescrites sous forme d'ampoules injectables étaient supérieures de 50 % environ à celles prescrites sous forme orale. La forme injectable était donc réservée à des cas plus sévères ou plus complexes. Ces ordonnances étaient rédigées par des médecins hospitaliers et des médecins du secteur privé.