Santé
Réduction des Risques
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SWAPS nº 3

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VIIIe Conférence

Education sur les drogues et prévention primaire

par Serge Hefez

Au moment où s'opère une prise de conscience de la gravité de l'épidémie de consommation de drogues et d'abus de produits en tout genre au sein d'une population de plus en plus jeune et vulnérable, se pose avec une particulière acuité la question de l'éducation et de la prévention ; s'agit-il de continuer à s'enfoncer la tête dans le sable en prônant l'idéal mythique d'une société sans paradis artificiels,ou de connaître et de reconnaître au mieux ces usages et mésusages pour faire en sorte d'en diminuer les méfaits ; bref d'appliquer pour les plus jeunes, absents des centres spécialisés et des programmes de prévention, les principes de la réduction des risques ?

L'intervention de Julian Cohen lors du symposium parallèle du CRIPS (1) a tenté d'apporter quelques éléments de réponse en fustigeant ces " mensonges prophylactiques ", relevant davantage de la propagande que de l'éducation, qui caractérisent le plus souvent les messages adressés aux adolescents, messages erronés ou tronqués qui finissent par discréditer totalement la confiance qu'ils peuvent porter aux adultes qui les encadrent.

Pour cet orateur, la prévention primaire s'est jusqu'à présent résumée à des approches centrées sur :

Une prévention peu adaptée

En fait, toutes les évaluations des programmes éducatifs faites en Angleterre comme dans tous les pays développés montrent que cette prévention primaire n'empêche aucunement la consommation des drogues. Les évaluations exhaustives de la littérature dans ce domaine menées par Coggans et coll. (2) et par Dorn et Murji (3) suggèrent que le meilleur objectif à atteindre serait de restreindre l'escalade post-initiatique et de réduire les risques liés à la consommation.

De nombreuses recherches montrent que les connaissances et les préoccupations des jeunes au sujet des drogues atteignent des proportions dont peu de parents ou de professeurs prennent conscience. Pour être efficace, une éducation sur les drogues doit préparer les jeunes à affronter un univers dans lequel les produits font partie du paysage et les rendre capables de comprendre voire de porter secours à d'autres jeunes, même s'ils ne sont pas eux-mêmes consommateurs. Dans les discours habituels de prévention primaire, les motifs pour lesquels les adolescents ont envie de consommer ne sont jamais énoncés clairement : le plaisir n'est pas considéré comme une raison valable ni la curiosité ou le besoin de mener ses propres expériences. La fameuse " pression des dealers " ne peut être prise au sérieux dans la mesure où les premières consommations se produisent le plus souvent avec des amis proches ou de la famille ; de même, la plupart de ces jeunes consommateurs ne se sentent a priori pas inquiets quant à leur estime de soi ou leurs idées dépressives.

Le refus de l'infantilisation

Une éducation sur les drogues devrait aider à distinguer entre les objectifs spécifiquement éducatifs et les objectifs relatifs à la santé :

Pour être crédible, l'information doit porter à la fois sur les bénéfices et sur les dangers des usages et mésusages ; toute tendance à réduire ou à censurer des informations, à dire aux gens ce qu'ils doivent faire ou penser tient davantage lieu de propagande que d'éducation, ce qui risque d'être peu suivi d'effets.

Les plus récents succès de la réduction des risques sont ainsi la diminution des partages de seringues chez les usagers des drogues injectables et la décroissance des décès liés à la déshydratation lors des prises d'ectasy.

Pour Julian Cohen, le meilleur partenaire pour mener à bien cette éducation en matière de drogues est l'entourage habituel des adolescents, éventuellement secondé ponctuellement par des intervenants extérieurs ; une bonne éducation se doit en effet d'avantage d'être centrée sur le jeune et ses capacités à réfléchir et à comprendre, que sur la connaissance technique des produits eux-mêmes. Les notions d'usage et d'abus doivent être bien différenciées et le rôle des drogues dans les sociétés, l'histoire, la culture gagne à être explicité. Surtout, une éducation pour la santé passera davantage par l'apprentissage des premiers gestes de soins et de secourisme en cas de problème, par une meilleure connaissance des interactions entre les différents produits licites et illicites, par une responsabilisation accrue, et ce, dès le plus jeune âge.


(1) Prévention de l'usage chez les jeunes.

(2) Davies J., Coggans N., The facts about adolescent drug abuse, London. Cassel, 1991.

(3) Dorn N., Murji K., Drug prevention : a review of the english literature, London. ISSD, 1992.