Santé
Réduction des Risques
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SWAPS nº 38

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ACTUALITE

La réduction des risques relaxée

par Lydie Desplanques

Plutôt malmenée par les temps qui courent - le procès de Jean-Marc Priez, les attaques virulentes dans les médias ou un débat houleux à l'Assemblée Nationale en témoignent -, la réduction des risques vient pourtant de connaître coup sur coup deux avancées déterminantes avec la parution au Journal officiel du décret la concernant et l'acquittement de l'ex-président de Techno Plus. Retour sur les derniers événements...

Relaxé ! Lundi 18 avril est tombé le verdict du procès en appel de Jean-Marc Priez, ex-président de Techno Plus, poursuivi pour facilitation et incitation à l’usage de drogue.
Au cours de l’audience du 21 mars, l’avocate générale avait mis en cause certaines brochures éditées par l’association, accusées d’inciter à la consommation de stupéfiants. Celles-ci décrivaient, à côté des risques encourus, les effets recherchés des substances et expliquaient "comment se droguer" (technique du "sniff propre").

Reconnaissance judiciaire
La décision du tribunal a finalement établi que Jean-Marc Priez n’avait pas l’intention de provoquer l’usage, et également que son action participait à la politique de réduction des risques liés à l’usage de stupéfiants. Pour son avocat, Me Jean-Christophe Tymoczko, cette décision marque une reconnaissance judiciaire de la politique de réduction des risques : "Il y a trois pouvoirs en France : le législatif, l’exécutif et le judiciaire. Le premier a reconnu la politique de réduction des risques avec la loi de santé publique en août 2004, le deuxième avec le décret du 14 avril 20051. Aujourd’hui, cette politique est consacrée par le pouvoir judiciaire."
Le verdict a été accueilli avec un soulagement manifeste par les militants de la réduction des risques, les acteurs de terrain, et même les financeurs. Pour tous, au-delà de l’inquiétude pour Jean-Marc Priez, ce procès mettait en cause leur travail de tous les jours.

Attaques virulentes
L’air du temps n’était pourtant pas à l’optimisme. La politique de réduction des risques a fait récemment l’objet d’attaques virulentes de la part de différents médias. Les mises en cause sont même venues d’une brochette de députés de la majorité lors d’un "débat sur la lutte contre la toxicomanie" qui s’est tenu à l’Assemblée nationale le 14 avril2. On a pu entendre au cours de cette séance une suite de contre-vérités , de statistiques erronées ou détournées.
Ainsi Christian Decocq (UMP, Nord) reproche à la politique de réduction des risques d’avoir "introduit l’idée de renoncement" et d’être "le cheval de Troie de la dépénalisation". Jean-Paul Garraud (UMP, Gironde) attaque les traitements de substitution aux opiacés, accusés de "remplacer une dépendance par une autre". Et Josiane Boyce (UMP, Morbihan) plus particulièrement la buprénorphine haut dosage : "Les toxicomanes la revendent sous le manteau, ils se droguent aux frais de l’assurance maladie, et en tirent les bénéfices suffisants pour s’enfoncer dans la poly-toxicomanie."
Pascal Ménage (UMP, Indre-et-Loire) prétend que le cannabis "expliquerait 20% des suicides chez les jeunes" et affirme : "soutenir que le consommateur de cannabis peut contrôler son usage est un mensonge".
Bref, un débat tout en nuances, bien résumé par ce cri du coeur de Christine Boutin (UMP, Yvelines) "nous voulons une France sans drogue", suivi d’un point de vue original sur la distinction entre substances psychoactives licites et illicites : "Pour le tabac et l’alcool, c’est l’abus qui introduit le facteur de dangerosité. Pour la drogue, il est inhérent à chaque prise, dès la première."
Dans un tel contexte, la parution du décret du 14 avril est d’autant plus remarquable. Celui-ci stipule que "les acteurs, professionnels de santé ou du travail social ou membres d’associations, comme les personnes auxquelles s’adressent ces activités doivent être protégés des incriminations d’usage ou d’incitation à l’usage au cours de ces interventions". Espérons qu’il pourra réaliser cette ambition.



1 Décret no 2005-347 du 14 avril 2005 approuvant le référentiel national des actions de réduction des risques en direction des usagers de drogue, signé par le premier ministre et le ministre de la santé
2 Session ordinaire de 2004-2005, 84e jour de séance, 205e séance, 1re séance du jeudi 14 avril 2005, présidence de Jean Le Garrec