Santé
Réduction des Risques
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SWAPS nº 36

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Edito n°36

par Gilles Pialoux et Antonio Ugidos

Les traitements de substitution aux opiacés (TSO) sont-ils solubles dans le consensus ? C’est la question qui a dû taquiner l’esprit de nombre d’experts, membres du jury ou auditeurs de la première conférence de consensus sur les TSO, sise à Lyon les 23 et 24 juin et objet central de cette dernière livraison de Swaps. A l’heure où l’Organisation mondiale de la santé (OMS) inscrit les TSO sur la liste des médicaments dits "essentiels", et où notre propre loi de santé publique du 9 août 2004 les déclare comme faisant partie intégrante de l’arsenal thérapeutique, la substitution n’en est plus au stade de la reconnaissance, mais à ceux de l’évaluation et de l’évolution.
L’un des bénéfices secondaires de la conférence de consensus sur les TSO – au-delà des recommandations et des inévitables déclarations d’intention qui sentent bon le consensus mou – est de mettre l’accent sur les acquis et les enjeux actuels de la substitution.
Un bilan des TSO à la française permet une estimation de 3500 vies et 595 millions d’euros épargnés, sans compter les retombées que peut avoir une substitution sur l’efficacité des autres traitements, à commencer par ceux du VIH et du VHC. Ces vies et ces euros épargnés, c’est beaucoup eu égard au retard pris dans ce pays en matière de substitution... et c’est bien peu si l’on retient la surmortalité qu’induisent encore directement ou indirectement les usages de drogues.
Autre bénéfice secondaire du consensus: faire évoluer l’image des personnes dépendantes, et la place même de la substitution au sein de la prise en charge globale des usagers et de la réduction des risques. Vaste programme, où la polysémie des mots fait sens. A médicament de substitution, on préférera traitement de substitution, tant il est important de privilégier l’alliance thérapeutique et le projet individualisé de soins, plutôt que les propriétés agonistes et/ou antagonistes de la molécule.
Au-delà de la conférence de consensus, l’interview que nous a accordée Didier Jayle, actuel président de la Mildt et fondateur de... Swaps, permet de mesurer le chemin qu’il reste à parcourir en matière de réduction des risques. Quid des salles d’injection ? Des programmes de distribution médicalisée d’héroïne ? De la recherche d’autres substitutions pour d’autres drogues ? C’est dire si de nombreux débats nous attendent.