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SWAPS nº 36

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Actualités

Baromètre 2003 des drogues : des produits nombreux et de jeunes usagers

par Alain Sousa

Le rapport Trend 2003 sur les nouvelles tendances en matière de consommation de drogues vient d'être dévoilé. Usagers de plus en plus jeunes, injections en baisse, ecstasy en hausse, buprénorphine largement prescrite... Un panorama des pratiques et des produits extrêmement détaillé.

Phénomènes émergents liés aux drogues en 2003
Bello P.-Y., Toufik A., Gandilhon M., Giraudon I.
Cinquième rapport national du dispositif Trend,
Saint-Denis, OFDT, 2004, 275 p.


Le rapport Trend 2003 vient d’être publié par l’Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT). Est-il encore besoin de présenter le dispositif à l’origine de ces données : un réseau de 12 sites en France en partenariat avec plusieurs organismes publics. Soit au total plus de 500 personnes qui enquêtent sur le terrain pour évaluer la consommation de différentes drogues et les évolutions. La version 2003, dernière en date, est ainsi une véritable photographie de la population des usagers en France.
Attention, le rapport Trend ne traite pas de la population générale. C’est un focus sur les populations les plus exposées au problème : usagers rencontrés dans les structures de première ligne (programmes d’échanges de seringues, boutiques, etc.), dans la rue ou les espaces festifs (raves et autres rassemblements techno).

 Les jeunes consomment plus
Une évolution qui se confirme est le rajeunissement des usagers de drogue. Ainsi, les jeunes de 20 à 30 ans occupent une place de plus en plus importante dans les structures de première ligne. On distingue parmi cette population trois types de jeunes: ceux qui se réclament de la culture techno, ceux qui ont rompu avec leur famille et enfin une part croissante d’immigrés des pays de l’Est. Le rapport Trend a d’ailleurs réalisé une enquête spécifique chez les 15-24 ans présents dans les structures de première ligne. Les chiffres sont impressionnants. Le tiercé gagnant des substances les plus consommées est le tabac (92%), le cannabis (85%) et l’alcool (80%). A noter que les 15-24 ans sont plus de 64% à consommer du cannabis quotidiennement, avec une moyenne de pratiquement cinq joints par jour ! Si on leur demande quels stimulants ils ont consommé dans le mois précédent, on a sans surprise l’ecstasy qui arrive en tête (59%) suivie par la cocaïne (42%).

Des injections en baisse...
Toujours d’après le rapport Trend, il y aurait moins d’injections de substances, certainement en lien avec le rajeunissement des usagers, pour qui cette pratique est moins valorisée. Ainsi, les “"injecteurs" seraient passés de 54% en 2001 à 37% en 2003.
Mais la tendance pourrait bien être en train de s’inverser. En effet, plusieurs rapporteurs de l’enquête ont constaté un engouement chez les jeunes pour cette pratique. Comme le souligne un observateur du réseau Trend parisien, "cette situation est liée à la recherche de sensations plus fortes. L’injection concerne tous les produits. Il y a aussi un changement de perception de l’injection avec un attrait pour des comportements plus "destro"". Or chez les injecteurs, le partage de matériel persiste. Même si l’échange de seringues reste bas (11%), les usagers partagent fréquemment coton, eau de rinçage ou cuillères.

La coke en progression
La cocaïne semble connaître une progression depuis quelques années. Cette drogue bénéficie en effet d’une image positive. D’ailleurs, plus des deux tiers des usagers de l’espace festif l’ont expérimentée. Ce qui est surprenant, c’est que la cocaïne touche aussi bien les personnes en situation précaire que celles ayant des revenus élevés (alors que le prix du gramme se situe en moyenne entre 60 et 75 euros). "La cocaïne continue de séduire un très large public. Cette année encore, tous les observateurs constatent la forte "démocratisation" de ce produit qui n’est plus seulement consommé par des groupes sociaux ayant un fort pouvoir d’achat ou par des publics usagers de drogues marginalisés, mais de plus en plus par des personnes appartenant à des classes économiques moyennes" explique un observateur de Toulouse.
Le rapport est d’ailleurs alarmiste quant à l’usage de cocaïne : le marché pourrait exploser dans les années à venir, car il est loin d’avoir atteint son potentiel maximum. En ce qui concerne le crack, la consommation reste faible car il bénéficie d’une image très négative. Mais sous l’appellation "free-base", il a au contraire bonne presse, notamment dans le milieu festif.

Toujours plus d’ecstasy
L’ecstasy est une autre drogue qui a le vent en poupe en 2003 car elle bénéficie d’une bonne image auprès des usagers. Bien sûr, l’espace festif reste le lieu privilégié de sa consommation et la tendance serait à l’augmentation des doses prises lors des soirées : "gober" deux ou trois "ecstas" durant une soirée serait de plus en plus courant. Et la tendance est d’associer la consommation d’ecstasy à l’alcool et au cannabis : le premier permet de potentialiser les effets, le second d’accompagner la descente.

Génération BHD
En ce qui concerne l’héroïne, la tendance semble à la baisse, même s’il paraît plus facile d’en trouver aujourd’hui dans l’espace festif. Selon le rapport, cette diminution est liée aux traitements de substitution : seuls 32% des usagers déclarent ne consommer que de l’héroïne, sans aucun médicament de substitution, méthadone ou buprénorphine haut dosage (BHD). D’ailleurs, en matière d’opiacés, le produit le plus consommé en France est la BHD. L’héroïne arrive en deuxième place, suivie de la méthadone, du sulfate de morphine, du rachacha et de la codéine. Le rapport Trend souligne les usages détournés de la BHD, même si ce produit bénéficie d’une très mauvaise image auprès des usagers. D’ailleurs, une prise sur deux est faite dans un but uniquement thérapeutique. Mais il y a une augmentation du nombre de personnes qui ont débuté leur consommation d’opiacés par la BHD, et qui sont parfois devenues dépendantes. "Il s’agit le plus souvent de jeunes usagers, âgés de moins de 25 ans, qui n’ont jamais consommé d’héroïne ni d’autres substances opiacées mis à part le Subutex®, souligne un rapporteur du réseau de Marseille. Ce médicament devient alors pour eux le premier et parfois l’unique opiacé qu’ils aient consommé et leur principal produit de dépendance." Au point que certains parlent même de "génération Subutex®" !

Les autres substances
Le rapport Trend détaille également les consommations de toutes les autres substances psychoactives. Impossible de toutes les lister, mais on peut noter les évolutions suivantes :

Pour les différents observateurs, les tendances isolées dans les différents milieux approchés sont un bon témoin des variations futures de la consommation de drogues dans le reste de la population. Ainsi, le rajeunissement des usagers, la montée des stimulants tels que la cocaïne, et l’engouement pour les produits "naturels" sont quelques-unes des évolutions à venir. Reste à savoir quel sera l’impact de ce rapport sur les décideurs et les intervenants de la réduction des risques.

L’explosion du cannabis

Pour la première fois, le rapport Trend proposait une partie entièrement dédiée au cannabis. Car le joint connaît un engouement toujours croissant, notamment chez les jeunes (1 sur 2 a déjà fumé un "pétard" à 17 ans...). Parmi ceux qui fréquentent les dispositifs de première ligne, 85% sont des consommateurs de cannabis, souvent de manière quotidienne. Les observateurs sur le terrain constatent une explosion du cannabis au niveau des jeunes comme s’il était légalisé, dans les lycées et les collèges : "On le rencontre partout et de plus en plus jeune. Un nombre croissant de 13-14 ans en fume régulièrement, ce qui n’était pas le cas il y a cinq ou six ans." Si la résine reste la forme la plus courante, l’herbe est de plus en plus consommée, phénomène lié au développement des productions personnelles. Ce qui aurait pour effet de faire baisser les prix et d’augmenter la qualité des produits vendus. En parallèle, la demande de soins liée à la consommation de cannabis augmente régulièrement, que ce soit pour des problèmes de dépendance ou de troubles psychiques. D’ailleurs, le gouvernement a décidé de réagir en lançant son plan spécifique contre la consommation de cannabis (lire à ce propos l’interview de Didier Jayle dans ce numéro).