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SWAPS nº 30

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VHC : Améliorer la prise en charge des usagers de drogues
Témoignage

Chronique d'une saison en enfer

Propos recueillis par Jimmy Kempfer

 

Si, dans la plupart des cas, la bithérapie s'avère efficace et le souvenir de ces longs mois se dissipe rapidement, pour d'autres, la période de traitement est extrêmement pénible. Il ne faut donc pas hésiter à anticiper l'aide et le soutien de l'entourage, de psychiatres ou de groupes de paroles. Georges, 45 ans, marié, hépatite C depuis 20 ans, méthadone depuis 8 ans, génotype 3 et fibrose bien avancée (A2-F3), s'est lancé, confiant en sa bonne étoile. Il en avait vu d'autres. Voici son témoignage.

 

"Deux ans que je me traînais. Une fatigue continuelle, obsédante minait ma vie. Le boulot, la vie de famille..., tout m'était de plus en plus pénible. C'est quand je me suis vu prendre de la coke pour pouvoir bosser que je me suis décidé. De toute façon, je n'assurais plus rien. Abruti de fatigue, j'entrevoyais le traitement comme une période de repos qui me permettrait enfin de me consacrer un peu à ma vie personnelle. Le médecin m'a prescrit un arrêt maladie, j'ai prévu l'aide d'un bon psychiatre et j'ai démarré, confiant. Interféron peg et ribavirine pendant 6 mois...
Cure de sommeil les premiers jours, puis je me rends chez mon dentiste pour des soins. Le lendemain mes gencives sont pleines de trous horriblement douloureux. Les piqûres d'anesthésiant ont provoqué des ulcérations. Heureusement, la propolis en vient à bout rapidement.
A partir du 10e jour, sensation d' "irréalité", comme si j'étais imbibé d'un peu de LSD. Beaucoup de mal à dormir bien qu'envahi par une immense lassitude. Le traitement m'apparaît peu à peu comme quelque chose d'infiniment lourd. J'ai de plus en plus de mal à me concentrer. Je voulais profiter de cette période pour lire mais je me contente de feuilleter des BD dont j'oublie aussitôt le contenu. Ma pensée devient de plus en plus difficile à formuler. Je suis si las... et me mets peu à peu à "psychoter". Des bribes de mon enfance, des souvenirs totalement oubliés me reviennent, souvent avec une violence cinglante. Ça me laisse une impression d'être extrêmement vulnérable, faible, fragile... Je commence à voir du danger, de l'hostilité partout. Je perds tout. J'oublie tout. Je suis de plus en plus parano mais j'en suis totalement conscient…

Le lendemain de ma troisième piqûre, tout à coup, quelque chose se brise dans ma tête. Submergé par un irrépressible tsunami émotionnel, je m'écroule en pleurs. Et, surgissant du fin fonds de ma mémoire, une suite d'émotions inouïes, fragments de ma plus lointaine enfance m'envahissent par vagues incontrôlables pour me laisser fracassé et sanglotant sur le parquet... Personne ne peut rien pour moi... La moindre marque de sollicitude semble receler d'inavouables calculs... Je ne maîtrise absolument plus mon esprit... Et cette impression d'être perpétuellement sous acide... Je me sens devenir de plus en plus fou. Je sombre. Mon Dieu ! Un moment je veux prier... Je me sens si désespérément indigne... mais je ne me souviens plus d'aucune prière. J'ai mal à l'intérieur. Quelque chose d'horriblement indéfinissable. Ce qui me rend parfois odieux, con... Juste parce que j'ai mal et que je veux que les autres souffrent aussi. Et quelle douleur quand je réalise ma bêtise, mon égoïsme... Sensation d'inhumanité... Comme si j'étais habité par un autre... hostile qui veut... épuiser ma connerie... Comme cette secte qui voulait épuiser le mal en le commettant... Je n'ai plus prise sur les choses, les évènements... Je subis ces accès presque quotidiennement, de plus en plus intensivement. Je perds la notion des choses, du temps. Certains jours, je ne supporte plus d'être seul. J'attends fébrilement que ma compagne rentre du boulot.
Je me décide à prendre un peu de Seresta®, mais refuse neuroleptique et antidépresseur. Un peu d'héroïne sera bien plus efficace... et plus agréable pour calmer mes accès maniaques. Je m'accorde ainsi un ou deux "répits" par semaine. Peu à peu, j'augmente la méthadone. De 50 mg/jour, je passe à 100, 150, 300, 360 mg. Tout est si bouleversé. Je suis persuadé d'avoir besoin de 300 mg par jour. Mais je réalise que si je supporte 300 mg, 100 suffiront... Mes pupilles généralement minuscules à cause de la méthadone sont constamment dilatées comme si j'étais en manque.
Un mois après le début du traitement, j'ai perdu 14 kg. Je n'ai jamais faim. Tout ce qui est odorant, goûteux me dégoûte. Je ne supporte rien. Je suis totalement confus, prostré. Mes seules sorties sont pour aller voir mon psychiatre. Un jour nous recalculons mon dosage d'interféron et nous nous apercevons que je me trompais lors de la préparation. J'en prenais 40% de trop... ce qui explique en partie l'intensité des effets secondaires.

Ma compagne qui m'a soutenu et encouragé de façon exemplaire jusqu'à présent commence à craquer. Mes sautes d'humeur, mes accès maniaques l'exaspèrent de plus en plus. Je me sens un poids mort. Je n'ai envie de rien. Aucun désir. Aucune énergie. Rien ! Un légume. L'héroïne qui seule m'apportait un peu de soulagement au début me révulse maintenant. Je ne pourrais pas supporter d'altérer cette conscience si bouleversée et si fragile. Des amis pensaient me faire plaisir en me proposant du cannabis, connu pour soulager parfois les effets secondaires de ce traitement, mais je serais totalement incapable d'en fumer. Le simple fait d'anticiper les effets psychoactifs déclenche une crise d'angoisse.
L'ambiance est parfois si pesante que je songe à arrêter le traitement. Il nous faut de l'aide. Les séances du groupe hépatite de Aides* nous seront extrêmement bénéfiques. Le fait de partager notre expérience avec d'autres personnes en traitement permet de relativiser, de prendre un peu de distance. Quinze jours après être passé à un dosage d'interféron normal, les accès maniaques diminuent peu à peu mais la confusion, l'épuisement et l'incapacité à se concentrer persistent.
Après trois mois de traitement, j'ai l'impression de "m'habituer", mais je m'endors à tout bout de champ, perds constamment mes affaires et suis incapable de fixer mon attention plus de quelques minutes... Je recommence à travailler doucement. Heureusement que les collègues sont indulgents mais leur patience a des limites.
Les choses commencent à rentrer dans l'ordre doucement environ deux mois après la fin du traitement. Trois mois après, j'arrive à lire un bouquin sans oublier la phrase que je viens de lire. Six mois après, j'ai bien récupéré physiquement mais souffre encore de quelques troubles de concentration et de mémoire. Il me faudra encore un peu de temps pour retrouver totalement ma personnalité d'avant. Le tout aura duré plus d'un an. Le traitement, heureusement, a marché !"


Réalisée par l'association Asud, la brochure "VHC positif" constitue un excellent outil de prévention et d'information sur l'hépatite C.
Alliant BD et roman-photo pour aborder les modes de transmission, la prise en charge et les traitements du VHC, elle est disponible sur demande auprès d'Asud :
206 rue de Belleville, 75020 Paris
Fax : 01 43 15 01 11
www.asud@club-internet.fr

* "Libre parole sur les hépatites": tous les premiers et troisièmes mercredis du mois, de 19h30 à 21h00
Aides-Paris, Arc-en-Ciel
52 rue du Faubourg-Poissonière, 75010 Paris
Tel : 01 53 24 12 00