Santé
Réduction des Risques
Usages de Drogues


Recherche dans SWAPS avec google
   

SWAPS nº 30

vers sommaire

VHC : Améliorer la prise en charge des usagers de drogues

Une consultation de psychiatrie spécialisée au CHU de Nice

par Faredj Cherikh

Développée sous la direction du Dr Anne Sarrassat et du Pr Guy Darcourt depuis 1997 à l'hôpital de l'Archet, l'équipe de psychiatrie de liaison et psychologie médicale* assure une consultation au lit du malade, chez les personnes présentant des difficultés psychologiques et/ou psychiatriques dans les unités médico-chirurgicales (environ 800 lits). Son activité consiste aussi et surtout en un travail de lien avec les équipes médicales et paramédicales dans la gestion des difficultés de prise en charge des patients.

Le suivi psychologique des patients en gastroentérologie ou au Centre de cure ambulatoire en alcoologie (CCAA) a montré la fréquence du VHC et de ses complications. Au début, cette affection concernait le tiers des consultants. Partant de ce constat, la mise en place d'une consultation spécifique est devenue nécessaire pour répondre à la demande des patients en souffrance, et à celle des hépatologues pour faciliter et améliorer la prise en charge.

Consultation ouverte à tous
Destinée aux patients atteints d'hépatite C, pris en charge en hospitalisation ou en ambulatoire qu'ils soient traités ou non, la consultation a lieu à la demande des patients eux-mêmes, de leur famille ou à celle des hépatologues ou des médecins traitants. Il s'agit soit d'un avis à un moment de la prise en charge médicale (type diagnostique et/ou thérapeutique), d'une évaluation avant mise sous traitement, d'une évaluation des répercussions psychologiques de l'affection, d'un suivi de patients, d'une prise en charge psychologique et/ou psychoéducative.
La proximité de la consultation et le fait qu'elle soit située au même niveau permet même aux plus réticents de venir voir le psychiatre pour faire le point, pour une baisse du moral, une insomnie et/ou irritabilité, mais aussi avant mise sous interféron (appréhension du traitement, avis sur traitements psychotropes et hépatite, leurs associations avec l'interféron et la ribavirine...).

Chez certains patients porteurs du VHC, on retrouve une augmentation des troubles psychiatriques et notamment de la dépression, qu'il s'agisse :
- de dépression réactionnelle engendrée par une fatigue excessive au long cours (relation entre fatigue et dépression) ;
- de plaintes somatiques multiples, qui masquent souvent la dépression (insomnie, perte d'appétit et irritabilité peuvent inaugurer le tableau clinique) ;
- ou de l'existence de facteurs de risques de dépression représentés par une maladie chronique, un abus de substances psychoactives, et une personnalité vulnérable.
En ce qui concerne la comorbidité psychiatrique sous interféron, on enregistre tout d'abord l'irritabilité, signe le plus fréquent (40%, souvent signalée par l'entourage), l'anxiété, les troubles du sommeil, le développement de phobies, et la dépression (35%, plus fréquente lors de la surinfection au VIH), d'installation progressive, qui peut aggraver un état dépressif antérieur ou latent, et représente un risque potentiel à n'importe quel moment. La dépression a un impact négatif sur la qualité de vie des patients, d'où la nécessité de la dépister et de la traiter, avant et pendant le traitement de l'infection.

Prise en charge psychologique
Le dépistage précoce mis en place dans le cadre du suivi des patients VHC+ a ainsi permis de mettre en évidence 3 types de troubles déjà rapportés par la littérature : accentuation des traits de caractère, troubles dépressifs et anxiodépressifs, troubles délirants et psychotiques. Le vécu des patients diffère, quant à lui, selon le mode de contamination :
- Les "victimes", souvent contaminées par transfusion ou soins médicochirurgicaux, avec un vécu d'injustice, un véritable traumatisme psychique.
- Les anciens toxicomanes ou ayant des antécédents de toxicomanie, avec un sentiment de culpabilité pour les personnes déjà sevrées.
- Et les patients qui ne connaissent pas l'origine de leur contamination qui présentent des sentiments de doute et d'incompréhension.

Le traitement de ces complications est d'ordre biologique (médicamenteux) ou psychothérapeutique (relationnel) et rentre dans le cadre de la prise en charge proposée au sein de notre consultation. La prise en charge psychologique améliore la tolérance, le pronostic, et la compliance. Il s'agit d'un suivi soutenu (entretien individuel, en face à face, d'une durée de 30 mn, à raison d'une fois par mois) qui n'exclut pas la possibilité de prescrire des psychotropes, à base d'hypnotiques inducteurs de sommeil en cas de survenue d'insomnie, ou d'antidépresseurs sérotoninergiques (IRS) en cas de dépression. Ces médicaments aident à la poursuite du traitement par interféron ou par bithérapie. Il est utile de faire participer la famille ou l'entourage proche, en l'informant sur l'affection, le traitement et ses contraintes. Lors d'une évaluation d'avant mise sous traitement, on demande toujours s'il existe une famille, un conjoint ou autre, afin d'apporter une garantie de plus à la surveillance du traitement et au signalement des effets non remarqués par le patient (irritabilité, changement de caractère, troubles du comportement, déni des patients).

Conclusion
Un suivi mis en place avec un cadre clair et une équipe pluridisciplinaire rassure le patient et permet de prévenir les complications psychiatriques (notamment le risque suicidaire), de traiter les patients qui présentent des troubles psychologiques avant la mise sous traitement et de les préparer psychologiquement. Il permet également d'aider les sevrages et de traiter les troubles psychiatriques pendant le traitement par interféron en renforçant le suivi, en s'appuyant sur l'entourage et sur le médecin traitant pour pouvoir aller jusqu'au bout du traitement.
Dans cette prise en charge, le rôle du médecin psychiatre ne se résume pas uniquement à porter des contre-indications psychologiques au traitement de l'hépatite C, mais à participer activement au dépistage précoce des troubles et à les traiter afin de permettre de débuter le traitement dans de bonnes conditions et au bon moment grâce à une préparation psychologique faite au préalable.
Autrement dit, aider le patient pour qu'il bénéficie du traitement et pour ne pas avoir à l'interrompre pour des raisons psychologiques.


* Placée sous la direction du Pr Tran et constituée d'un psychiatre à temps plein, et de deux mi-temps de psychologues et psychiatres, l'équipe fait partie du secteur 6 des Alpes-Maritimes.

CCAA de l'Archet II
Route de Saint Antoine de Ginestière
06012 Nice cedex
tel : 04 92 03 62 32
fax : 04 92 01 61 34