Santé
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SWAPS nº 30

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Etat des lieux

Les opinions des Français passées au crible de l'OFDT

par Mélanie Heard

 

La deuxième édition de l'Enquête sur les représentations, opinions et perceptions sur les psychotropes (Eropp) de l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) dresse un état des lieux des connaissances des Français sur les drogues et de leur avis sur les politiques publiques de réduction des risques. L'occasion de faire aussi le point sur l'écho qu'ont eu, en population générale, les mesures engagées par la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt), depuis la première enquête Eropp de 1999.

 

Le rapport paru en février 2003 expose les résultats de l'enquête par questionnaire réalisée par téléphone en décembre 2001 auprès d'une population représentative de 2000 Français âgés de 15 à 75 ans.

Des Français bien informés...
Dans l'ensemble, la part des personnes qui se considèrent bien informées sur les drogues a augmenté par rapport à l'enquête de 1999 (61% vs 57%), et une personne sur quatre déclare avoir eu connaissance du livret édité par la Mildt et le Comité français d'éducation à la santé (CFES), Savoir plus, risquer moins. Par ailleurs, l'idée que l'information délivrée à l'école est utile est désormais quasi consensuelle (94% d'opinions favorables vs 85%), mais les trois quarts des personnes interrogées considèrent que cette information est encore insuffisante aujourd'hui.

...en harmonie avec les grandes lignes des politiques publiques
En réponse à la question "Quelles sont les principales drogues que vous connaissez ?", 82% des Français citent le cannabis, mais un enquêté sur cinq cite également l'alcool ou le tabac, signe que l'approche unifiée des substances initiée par le plan triennal de prévention de la Mildt a eu un certain impact.
Autre concordance, près des trois quarts des personnes interrogées pensent qu'il est impossible de parvenir à un monde sans drogues, à l'instar donc du constat fondamental de la Mildt fondant la politique française de réduction des risques. L'accord avec la ligne générale des politiques publiques de prévention se retrouve en ce qui concerne la diffusion des traitements de substitution (82% de personnes favorables), la vente libre des seringues (59%), et la création de centres de soins pour les toxicomanes (95%). Le consensus pour l'obligation de soins des usagers de drogues illicites reste également très fort (91% d'avis favorables).

Sévérité moindre à l'égard du cannabis...
En revanche, concernant le cannabis, un Français sur quatre se démarque de la politique en vigueur, en se prononçant en faveur de sa mise en vente libre (23,9% contre 17% en 1999), et, à 74% (contre 67% en 1999) en faveur de sa prescription médicale pour certains malades. Fait marquant, la part des personnes qui pensent que la consommation de cannabis n'est dangereuse que lorsqu'elle devient quotidienne est en nette hausse (32% des enquêtés vs 28%). Ce sont, certes, les consommateurs qui minimisent le plus le seuil de dangerosité du cannabis, puisque 61% des personnes qui n'en ont jamais fumé jugent l'expérimentation dangereuse, contre 15% chez les expérimentateurs. Reste que pour 69% des Français, c'est principalement en ce qu'elle pourrait conduire à la consommation de drogues plus dures que l'expérimentation de cannabis est dangereuse. Les enquêteurs insistent ainsi sur une donnée frappante : dans la hiérarchie de dangerosité, le cannabis arrive en dernière position, derrière l'alcool et le tabac.

...accrue à l'égard de l'alcool et du tabac
Fait inédit, l'ecstasy fait son entrée au palmarès des trois drogues jugées les plus dangereuses, aux côtés de l'héroïne et de la cocaïne. Mais les données les plus remarquables sont celles qui montrent combien les jugements des Français se font plus sévères qu'en 1999 en ce qui concerne la dangerosité des drogues "licites". Concernant l'alcool, le niveau de consommation jugé dangereux est ainsi passé de 3,6 à 3 verres par jour. La sévérité des Français s'est surtout accrue vis-à-vis du tabac : ils sont 47% à le considérer comme le produit le plus addictif, et 24% (contre 20% en 1999) à penser que le seuil de dangerosité est atteint dès l'expérimentation. Surtout, six Français sur dix estiment que la consommation de tabac représente un danger plus grand pour la société que la consommation de substances illicites, et ils sont sept sur dix à le penser pour l'abus d'alcool. Ils sont, d'autre part, majoritaires à se prononcer en faveur de l'interdiction de la vente de tabac aux mineurs (76% vs 73%).

L'importance du niveau d'études
Enfin, l'enquête consacre une part importante de l'analyse à la façon dont le rapport personnel aux produits, l'âge, la taille de l'agglomération de résidence, le sexe, et le niveau d'études structurent de façon discriminante la perception des psychotropes. Globalement, les femmes se montrent plus alarmistes et les personnes âgées moins tolérantes. Surtout, les plus diplômés sont les plus nombreux à citer l'alcool et le tabac comme des drogues et à se prononcer en faveur d'évolutions relatives au statut légal du cannabis.

Pour conclure, les rapporteurs retiennent principalement de cette nouvelle édition d'Eropp l'acceptation de la politique de réduction des risques en population générale, la plus grande sévérité des opinions exprimées à l'égard des drogues licites, ainsi que la moindre perception de la dangerosité du cannabis.

 

Enquête sur les représentations, opinions et perceptions sur les psychotropes (Eropp) 2002,
François Beck, Stéphane Legleye et Patrick Peretti-Watel,
OFDT
(
www.drogues.gouv.fr)