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SWAPS nº 30

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Culture

Il est interdit d'interdire la drogue

par Eric Birambo

 

 

 

Drogues, contre la criminalisation de l'usage publié en 2002 aux éditions du Monde Libertaire a pour vocation de faire partager le point de vue de la Fédération anarchiste sur la drogue en général et la prohibition en particulier. Théo Simon, son auteur, aborde de nombreux aspects liés à la consommation et à l'interdit. Mais si le style est soutenu, il tombe régulièrement dans une rhétorique dogmatique et indigeste. Quant aux idées qu'il souhaite faire passer, on a du mal à s'y retrouver tant l'exposé est décousu, voire... anarchique. C'est dommage car certaines réflexions auraient mérité meilleur développement.
Ainsi, celles concernant l'action des associations comme le CIRC (Collectif d'information et de recherche cannabinique), ASUD (Autosupport aux usagers de drogues) ou Techno Plus, "à peu près tolérées comme auxiliaires de soin mais coincées dans leur image de drogués professionnels" sont intéressantes, mais auraient dû être présentées dans un seul et même chapitre. Les usagers restent cependant relativement épargnés par les nombreuses critiques qui jalonnent le livre (on leur prodigue même quelques conseils sur leurs droits lors d'une garde-à-vue, une perquisition ou un passage au tribunal). Ce n'est pas le cas de l'industrie pharmaceutique, de la politique de soins ou, moins étonnant, de la police et de la justice. Même la fameuse Cannabis Cup hollandaise en prend pour son grade : "une foire promotionnelle (...), on se croirait au salon de l'Agriculture." Aussi l'auteur regrette-t-il qu'au sein du CIRC certains "défendent ou admettent l'idée de soumission de la distribution (de cannabis) au marché capitaliste".
Dès lors, comment mettre fin à la prohibition sans pour autant en faire un produit marchand ? La solution de la tendance libertaire : "des cannabistrots coordonnés par une agence qui délivrerait les licences et organiserait la distribution. (...) La vente serait limitée à des quantités destinées à un usage personnel."
En définitive, peu de choses et de personnes trouvent grâce à ses yeux. Les reproches n'ont parfois qu'un rapport éloigné avec la drogue. Ainsi, après un petit historique et quelques réflexions sur le dopage, c'est tout le sport qui est mis en cause : "sa fonction, contrôler le corps en lui imposant une vie compatible avec le capitalisme." C'est ensuite la télévision, "un vrai narcotique" qui fait les frais des invectives. Les parties sur la pornographie, la religion ou l'échec politique de l'expérience sociale-démocrate en France, certes moins longues, sont du même tonneau. Et loin des préoccupations initiales. Parfois même très loin. On a du mal à avaler les interminables pages sur l'idéologie sécuritaire et la place prise par l'informatique dans le fichage des individus. Si certaines petites phrases font parfois sourire ("Nahas, ce petit personnage sans envergure" ), ce n'est pas le cas des nombreux dessins "humoristiques".
Finalement, exceptées celles consacrées aux associations d'usagers, ces 130 pages de diatribes libertaires sont en quête d'intérêt.


Drogues contre la criminalisation de l'usage, libertés individuelles contre logiques d'Etats et capitalistes,
Théo Simon,
collection "Pages libres", éditions du Monde Libertaire, 7 euros.