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SWAPS nº 2

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Note de lecture

De la surdose et des moyens de la prévenir

par Frédéric Sorge

Les accidents, communément regroupés sous le terme générique d'overdose, sont relativement fréquents chez les héroïnomanes injecteurs.Quelques milliers de surdoses se produisent chaque année en France et se soldent par quelques centaines de morts (voir tableauxci-dessous). L'étude australienne, que nous analysons ci-après, livre des éléments susceptibles d'approfondir la réflexion en la matière afin de pouvoir réduire de manière significative la fréquence et la gravité des surdoses.

Les deux articles publiés dans Addiction (1)rendent compte d'une enquête par entretiens, effectuée auprès de 329 héroïnomanes de Sydney en 1995. Durant l'année précédant l'enquête, un tiers de ces usagers a été victime de surdoses et 5 % de celles dont ils furent témoins ont été mortelles.

Ce constat n'est évidemment pas spécifique à Sydney, puisque la même proportion est retrouvée dans l'étude faite à Montreuil à la même époque sur un échantillon de 80 personnes fréquentant le centre de soins La Mosaïque (27% de surdoses dans l'année précédant l'enquête (2)).

L'analyse des résultats de l'enquête met en évidence trois facteurs prédictifs indépendants favorisant la survenue de surdoses :

  1. La durée de l'héroïnomanie (11,7 années en moyenne pour les personnes participant à l'enquête ayant fait au moins une surdose) : chaque année d'héroïnomanie supplémentaire augmenterait, selon les auteurs, le risque de surdose de 6 %.
  2. Le degré de dépendance à l'héroïne : une augmentation du score SDS (Severity Dependence Scale) (3)de un point majore le risque de surdose de 12 %. Les témoignages des usagers soutiennent que c'est rarement le premier usage de drogue qui est mortel, les prises initiales étant même plutôt prudentes.
  3. Une consommation régulière d'alcool dans les six mois précédents est un facteur prédictif obtenu par régression logistique qui permet d'estimer que chaque jour d'alcoolisation supplémentaire augmente le risque de surdose de 1 %. L'absorption d'alcool précédant la surdose est retrouvée dans 35 % des cas.

En outre, les auteurs identifient quatre facteurs de risque de surdoses :

  1. La consommation concomitante de plusieurs substances agissant sur le système nerveaux central.
    Les substances les plus souvent associées à l'héroïne sont l'alcool et les benzodiazépines. La présence d'au moins un autre dépresseur du système nerveux central est notée dans deux-tiers des surdoses les plus récentes. Il est admis que ces substances potentialisent l'effet dépresseur respiratoire de l'héroïne. Confortant cette hypothèse, les concentrations d'héroïne dosées lors des autopsies se situent rarement dans des valeurs létales. Il est intéressant de souligner que, dans la majorité des surdoses impliquant plusieurs drogues, l'héroïne est prise en dernier. L'effet des autres drogues altère le jugement de l'usager, en particulier concernant la dose maximale qu'il tolère habituellement.
  2. Le lieu et l'entourage au moment de la surdose.
    Les deux tiers des surdoses surviennent au domicile personnel ou de proches (4). 15 % des victimes étaient seuls. Le lieu où est consommée la drogue ainsi que la présence de témoins non-usagers sont décisifs pour la survie. Les lieux publics, davantage soumis au contrôle social, permettent en général une prise en charge adaptée plus rapide et plus efficace.
  3. Les situations de sevrage.
    La proportion des surdoses consécutivement à une libération de prison (13 %) est comparable à celle observée dans les études sur les surdoses mortelles de Püschel (5) et de l'IREP (6). Ces surdoses trop nombreuses rendent compte de l'incompréhension de la dynamique du phénomène de tolérance à l'héroïne par des sujets s'injectant leur dose habituelle, après une période d'abstinence. Elle s'explique aussi par la surconsommation de drogues pour marquer la fin de l'incarcération.
  4. L'absence de prise en charge thérapeutique.
    85 % des surdoses récentes ont affecté des sujets qui se trouvent hors des programmes de traitement de la dépendance aux drogues. La date de la dernière surdose est plus ancienne chez les héroïnomanes pris en charge dans un programme de substitution. Ces données indiquent que la prise en charge thérapeutique de l'héroïnomane semble avoir un effet protecteur significatif dans la survenue des surdoses.

Des jalons pour la prévention.




En France, la sous-estimation de la mortalité par surdose est importante :

(1) 1ddiction, volume 91, number 3, mars 96, pp 405-413, Shane Darke, Joanne Ross & Wayne Hall, Overdose among heroin users in Sydney, Australia,

  1. Prevalence and correlates of non-fatal overdose.
  2. Responses to overdose. -retour-

(2) Mosaïque, Rapport d'activité 1996. Montreuil -retour-.

(3) Gossop M., Griffiths P., Powis B., Strang J. Severity of dependence and route of administration of heroïn and cocaïne. British Journal of Addiction. 1992 - 87 - 1527 - 1536 -retour-.

(4) 42,6 % dans l'étude des surdoses mortelles de l'IREP : Les décès liés à l'usage des drogues à Paris. 1994 -retour-.

(5) Püschel K, Teschke F. & Castrup U. , Etiology of accidental/unexpected overdose in drug-induced deaths. Forensic Sci. Int. 1993, 62, 129-134 -retour-.

(6) Ibid., 1994 -retour-.

(7) Osterwalder J.J. Naloxone for indications with intravenous heroïn and heroïn mixtures-harmless or hazardous ? A prospective clinical study. J. Toxicol. 1996. 34-4-409-416 -retour-.