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SWAPS nº 2

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Etat des lieux

Grossesse et méthadone : un point sur la littérature

par Isabelle Heard

La publication d'un cas de malformation foetale (1) chez un enfant dont la mère a pris de la méthadone pendant sa grossesse soulève le problème du risque foeto-natal lié à la méthadone.

Une équipe médicale anglaise a rapporté récemment un cas de bride amniotique avec constriction du poignet et malformation de la main chez un enfant né d'une mère prenant de la méthadone (130 mg/j). Le diagnostic a été posé lors de l'échographie systématique faite à 20 semaines d'aménorrhée pour bilan de la morphologie foetale. La bride amniotique est une pathologie bien connue dont la pathogénie est, elle, mal connue. L'amnios est la plus interne des deux membranes ovulaires. Des brides peuvent se produire allant d'un point à un autre de l'amnios ou d'un point de l'amnios à l'embryon. Elles peuvent produire sur l'embryon des sillons des membres, responsables de troubles trophiques de la partie distale, ou des strictions pouvant entraîner jusqu'à l'amputation. Le degré des malformations dépend de la sévérité des brides et de l'âge gestationnel auquel elles surviennent. Dans cette observation, aucune corrélation n'a été établie entre le fait de prendre de la méthadone et l'existence de cette bride.

Les effets tératogènes des opiacés et de la méthadone sont mal connus. Doberczak (2) et coll. ont rapporté que l'usage de la méthadone pendant la grossesse était associé à un poids de naissance plus élévé et à un périmètre céphalique plus important. Pour Kandal (3) et coll., les enfants dont la mère prend de la méthadone ont un poids de naissance (2961 g) inférieur à celui des enfants dont la mère ne prend rien (3176 g), mais supérieur à celui des enfants dont la mère prend de l'héroïne (2615 g). Une publication (4) de 1973 rapporte le devenir de 105 grossesses chez des femmes participant à des programmes méthadone. Le poids de naissance moyen était de 2700 g. Il semble donc que l'usage de méthadone pendant la grossesse n'entraîne pas de diminution majeure du poids de naissance. Par ailleurs, aucune des publications ne mentionne l'existence de malformations chez les enfants ni de morts foetales. En revanche, Blanc (5 ) et coll. ont rapporté une prédisposition à la production de brides amniotiques chez des femmes enceintes prenant du L.S.D..

Le syndrome de sevrage est la seule complication néonatale observée chez ces enfants nés de mère dépendante de méthadone. Les symptômes associent irritabilité, hyperreflexie, hyperactivité, pleurs anormaux, diarrhée, fièvre, vomissements et polypnée. Pour certains auteurs (6) , il existe une corrélation significative entre la fréquence et la sévérité du syndrome de sevrage et la dose maternelle de méthadone : ils recommandent donc de diminuer la dose maternelle (<20 mg/jour) si c'est possible en période de pré- partum pour prévenir un syndrome de sevrage sévère. Thakur (7) et coll. ne mettent pas en évidence d'effet " dose de méthadone " sur la durée du syndrome de sevrage. Dans la série de Blinick (8), aucun des 105 enfants n'a développé de syndrome sévère de sevrage. Dans la série de Rosen (9), 6 des 31 enfants ont développé un syndrome sévère de sevrage, les autres ayant un syndrome léger ou modéré. Seulement 20 % des enfants dont la mère prenait moins de 20 mg par jour de méthadone ont dû être traités pour un syndrome de sevrage dans la série de Madden (10) et coll..

Ces études qui s'étalent sur une période de plus de vingt ans ont montré que la méthadone n'est pas responsable de malformations, de mort, ou d'hypotrophie f tale. Le syndrome de sevrage des enfants dont la mère a pris de la méthadone à une dose modérée est moins sévère et moins fréquent. Le devenir à long terme des enfants est semblable à celui d'enfants dont la mère n'a pas pris de toxiques et appartenant au même milieu socio- économique. La prescription de méthadone pendant la grossesse, sous contrôle médical et obstétrical régulier, semble donc compatible avec une grossesse et un accouchement sans problèmes.

(1) Daly C., Freeman J., Weston W., Kovar I., Phelan M., Prenatal diagnosis of amniotic band syndrome in a methadone user : review of the literature and a case report. Ultrasound Obstet. Gynecol. 8, 1996, 123-5. -retour-

(2) Doberczak T., Thornton J-C., et al. Impact of maternal drug dependancy on birth weight and head circumference of offspring. Am J Dis Child. 14, 1978, 1163-7. -retour-

(3) Kandall S., Albin S., et al, Differential effects of maternal heroïn and methadone use on birthweight. Pediatrics 58, 681-5, 1976. -retour-

(4) Blinick G., Jerez E. et al. Methadone Maintenance, pregnancy and progeny. JAMA, 1973, 225, 477-9. -retour-

(5) Blanc W., Mattison D. et al, Intrauterine amputations and amniotic-band syndrome, Lancet 2, 158-9. -retour-

(6) Ostrea E., Chavez C. et al, A study of factors that influence the severity of neonatal narcotic withdrawal. Pediatrics, 1976, 88, 642-5. -retour-

(7) Thakur N., Kaltenbach K. et al, The relationship between maternal methadone dose during pregnancy and infant outcome. Pediatr. Res. 1990,27, 227 A. -retour-

(8) ID., ibid. -retour-

(9) Rosen T., Pippenger C., Disposition of methadone and its relationship to severity of withdrawal in the newborn. Addictive Disease 2, 1975, 169-78 -retour- .

(10) Madden J., Chappel J et al, Observation and treatment of neonatal narcotic of withdrawal. Am J Obstet. Gynecol., 1976, 127, 199-201 -retour-.