Santé
Réduction des Risques
Usages de Drogues


Recherche dans SWAPS avec google
   

SWAPS nº 2

vers sommaire

Actualité

L'impact d'un réseau sur la réinsertion sociale

par Pierre Poloméni

Les réseaux Ville-Hôpital ont tenu leur congrès national à Paris les 25 et 26 janvier 1997. Leur évolution, même si le sens et l'importance des adaptations ne sont pas définis, était à l'ordre du jour. L'occasion était belle pour tous ceux qui, depuis de nombreuses années, s'étaient investis "en réseau " dans la prise en charge des usagers de drogues et dans la réduction des risques, de faire un bilan de leurs réalisations ou de présenter leurs projets.

Nous offrons, ici, un résumé des résultats d'une recherche du réseau REPSUD 06, ex-réseau Option-Vie, qui témoigne de l'importance du travail en réseau et des traitements de substitution pour réduire la vulnérabilité sociale des usagers de drogues.

Des médecins généralistes et des travailleurs sociaux de Nice se sont regroupés depuis plusieurs années en un réseau multidisciplinaire de proximité, afin de mieux prescrire des produits de substitution et de traiter les situations de marginalité induites par l'usage de drogues. La réinsertion sociale est l'objectif affirmé de ce réseau, et une étude de type sociologique, menée depuis 1994, a permis d'évaluer les bénéfices réels de ce type de travail.

Un premier indicateur consiste à mesurer la consommation journalière d'héroïne, avant et après le contact avec le réseau. Alors que 82 % des usagers disent s'injecter plus d'un gramme d'héroïne par jour lors de la première rencontre, la mise en place des thérapeutiques de substitution conduit 41 % d'entre eux à ne jamais reprendre d'héroïne, 51 % à n'en prendre que de temps à autre.

Il semble plus difficile de faire le " deuil de la seringue " : 44 % seulement de la population a renoncé aux pratiques d'injection. Néanmoins, la " gestion " de la consommation de drogues engendre une diminution considérable des attitudes dites " à risques " : 96 % des usagers n'échangent plus leurs seringues, et le taux de séroconversion VIH est inférieur à 1 %.

L'insertion sociale

Après six mois de suivi médico-social par le réseau, on observe moins de précarité et plus de stabilité dans les conditions de logement des usagers. Il est probable que le temps soit une donnée primordiale. L'insertion professionnelle est plus difficile à suivre. Le contexte de chômage généralisé et la multiplication des contrats de travail à durée déterminée ne permettent pas d'évaluer le bénéfice retiré d'un travail avec le réseau, d'autant que 80 % des personnes suivies n'ont pas d'activité professionnelle.

L'affiliation à la Sécurité sociale est un des indicateurs les plus pertinents quant à la réinsertion : après six mois de prise en charge par le réseau, 100 % des usagers substitués bénéficient de la Sécurité sociale, contre 85 % à l'entrée. Au-delà d'une simple affiliation, c'est bien d'une régularisation du statut social de citoyen qui est en jeu. Cette réinsertion est aussi marquée par la baisse significative (de 26 % à 5 %) du pourcentage de patients ne bénéficiant d'aucune allocation. Parallèlement, le nombre de ceux qui reçoivent une allocation adulte handicapée (en général pour une infection par le VIH) est passé de 27 % à 45 %.

L'insertion relationnelle

Mieux vivre au quotidien avec son entourage participe également de toute entreprise de réinsertion sociale. Cet indicateur reste cependant une notion subjective que seules les personnes elles-mêmes peuvent évaluer : 60 % d'entre elles estiment vivre une amélioration des relations avec leurs proches depuis le début du suivi par le réseau.

Le pari d'un réseau multidisciplinaire est donc, au-delà de la simple diminution de la consommation de drogues, d'effectuer un travail sur l'insertion sociale et l'environnement des usagers. Le travail effectué par REPSUD 06 et présenté au congrès des réseaux montre que les situations de marginalité ne sont pas inéluctables.

Méthodologie de l'enquête

La passation du questionnaire s'est effectuée en deux temps : au temps 0, les personnes remplissent le questionnaire lors de leur premier contact avec REPSUD 06 : 250 questionnaires ont pu être recueillis. La seconde partie de l'enquête effectuée au temps 1, correspond à six mois de suivi par le réseau. 51 questionnaires ont été recueillis.

La population composant le corpus est majoritairement composée d'un profil-type d'usager de drogues, lequel est approximativement similaire au temps 0 et au temps 1. L'usager de drogues qui a recours au service de REPSUD est un homme (70 %), il est généralement né entre 1960 et 1969 et est donc âgé de 26 à 36 ans(62 %). Il vit seul (70 %) et n'a pas d'enfant (69 %). Lorsqu'il a pris de l'héroïne pour la première fois, il était âgé de 16 à 20 ans (63 %).