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SWAPS nº 29

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Culture

La Beuze

par Pierre Poloméni

Plantons là le décor. Un film au titre évocateur, une affiche alléchante et sans détours, un animateur-humoriste-chanteur à la mode, Michael Youn, et un vrai succès en salles.
Nombre d'entrées en France pour sa quatrième semaine d'exploitation (fin février 2003) 1,6 millions ! Un peu moins que Le Livre de la Jungle 2, bien plus qu'Un mariage à la Grecque ou 18 ans après avec toutes ses vedettes.
Une histoire simple, deux gars paumés croisent une caisse d'herbe hyper-forte fabriquée par les nazis, et se mettent à la vendre pour financer l'enregistrement d'un disque. Diverses aventures plus loin, dont de nombreux cache-cache avec la police et de plus méchants qu'eux, ils perdent tout et rentrent penauds à la maison (Le Havre).
L'auteur de ces quelques lignes, père et expert en toxicomanie, se fait embarquer dans ce film par sa fille adolescente, et sort plutôt ravi. Le film est léger, le temps passe sans soucis, et les différentes réflexions sur la consommation de cannabis, la position de la police, les réseaux de dealers, sonnent justes, permettent une certaine perplexité sur la fumette, voire tendent à donner certains éléments utiles pour faire de l'information, ou même de la prévention.
Le comité de rédaction de Swaps, alerté par votre serviteur, se décide à lancer une enquête, auprès de 4 adolescents tirés au sort dans la progéniture du sus-dit comité de rédaction, représentatifs d'eux-mêmes, et interrogés de façon semi-directive par la technique des entretiens téléphoniques.
- Gwendolyne, 14 ans: "Je suis allée voir le film pour Michael Youn, et je l'ai aimé. Oui, je me doutais que ça allait parler de cannabis, comme dans beaucoup d'émissions ou de films à la télévision.
Comment est-ce présenté ? Comme une manière de devenir riche, mais dans la réalité, c'est pas si simple.
Les effets ? Ca fait délirer, perdre la raison.
Bon ou mauvais produit ? Plutôt sous un jour favorable, ça fait du bien mais le film ne dit pas les effets négatifs qui existent comme pour la cigarette.
Quelqu'un peut il être tenté de fumer après ce film ? Non, il ne faut pas exagérer. Ce n'est pas bien d'en vendre aux jeunes, et ce produit doit rester rare dans son utilisation."
- Charlotte, 16 ans: "Je suis allée voir le film pour Michael Youn, et je l'ai aimé. Je n'avais pas spécialement repéré l'importance du cannabis avant d'aller voir le film. On n'apprend rien qu'on ne sache déjà sur l'herbe. Le film montre les effets: euphorie, bien-être, et ces effets sont décrits comme positifs. D'une façon générale, l'herbe est présentée sous un jour favorable et ça peut donner envie de consommer. Mes copains me l'ont dit en sortant. Par ailleurs, la police est ridiculisée.
Le fait de vendre de l'herbe aux étudiants ? Ben, c'est normal, c'est ce qui se fait, et ils avaient besoin de gagner de l'argent."
- Sébastien, 17 ans: "Ce film est nul, on s'est ennuyés."
- Arthur, 18 ans: "Sympa ce film, et on voit trop bien qu'il faut pas fumer... Il faudrait le montrer aux jeunes pour les dégouter."

Me permettant une conclusion, je dirais que ce film, globalement agréable, aborde la consommation de cannabis de façon ludique... Que les adolescents connaissent ce type de présentation et sont sans illusions sur la présence du cannabis dans leur quotidien... Les difficultés à apprécier les effets du film sont habituelles: chacun réagit avec sa propre histoire, ses peurs, ses représentations. Des pré-tests bien conduits peuvent-ils (dans le cadre de la prévention "officielle") orienter réellement le perçu par le plus grand nombre ?