Santé
Réduction des Risques
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SWAPS nº 28

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Edito n°28

par Gilles Pialoux

Il est indiscutable que l'infection à VHC et la prise en charge gloable des personnes atteintes d'hépatite C constituent deux priorités de santé publique en France. La rencontre nationale des acteurs de santé, organisée conjointement par le ministère de la santé et l'Institu national de prévention et d'éducation pour la santé (Inpes) le 10 octobre dernier, a donné l'occasion de ré-ouvrir le dossier VHC dans Swaps (voir l'article : "le VHC en table rondeé). Même si le rendez-vous n'est pas apparu à la hauteur des ambitions qu'impose cette thématique, c'est bien là l'occasion de mesurer le chemin à parcourir en termes d'accompagnement du dépistage, d'acceptabilité des contraintes de soins et d'adaptation aux usagers de drogues en tenant compte des résistances propres aux soignants.
Quantitativement, la politique de dépistage du VHC chez les usagers peut apparaître comme une réussite si l'on songe que 90% d'entre eux disent avoir été testés pour les anticorps du virus de l'hépatite C. Qualitativement, les choses sont bien plus contrastées. En atteste l'étude Coquelicot où 73% des usagers sont effectivement séropositifs pour le virus de l'hépatite C, alors même que seulement 52% se déclarent porteurs du virus. Plusieurs hypothèses peuvent expliquer ce décalage : l'accompagnement ou le conseil qui doit nécessairement entourer le résultat d'un test de dépistage -qu'il soit positif pour en expliquer les enjeux, ou qu'il soit négatif pour assurer une prophylaxie durable- n'est pas opérant en matière de VHC; l'effort développé en matière de counselling VIH n'a pas trouvé adaptation au VHC. De fait, le rendu de test, a fortiori lorsqu'il est négatif, n'est pas à la hauteur du risque VHC, important compte tenu de la prévalence de l'infection chez les usagers et du risque majeur associé à certaines pratiques d'échange de matériel. Il y a donc encore beaucoup à faire pour que les séropositifs pour le VHC puissent entrer dans le système de soins et les séronégatifs le rester...
Autre obstacle à une prise en charge globale de la santé des usagers et de leurs comorbidités : les résistances des uns et des autres. Résistance des usagers, notamment à la ponction-biopsie-hépatique (voir Swaps n°26), mais aussi aux contraintes des traitements (suivi mensuel, visite hospitalière...), résistance aussi de beaucoup d'hépatologues qui conservent des préjugés tenaces à l'encontre des usagers: caractère aléatoire de la substitution, mauvaise observance, risque délictuel...
On l'a compris, les rencontres entre différents acteurs de santé impliqués dans la lutte contre le VHC ne peuvent faire l'économie d'une réflexion sur ces obstacles et sur les résistances des uns et des autres.

(Remerciement à France Lert)