Santé
Réduction des Risques
Usages de Drogues


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SWAPS nº 27

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Point de vue

Les inquiétudes du secteur associatif sur les baisses de crédits

par Gérard Cagni
Président du réseau national d'information et de documentation toxibase

L'objectif de la politique de lutte contre la drogue et la prévention des dépendances est de prévenir l'usage, mais aussi d'éviter le passage de l'usage à l'abus et de l'abus à la dépendance. Il s'agit non seulement de réduire la consommation de substances psychoactives mais également d'en réduire les risques et les dommages pour l'individu, son entourage et la société tout entière.
Cette politique implique un partenariat fort entre l'Etat et le monde associatif. En effet, les associations représentent l'un des principaux acteurs capables de faire face aux difficultés à caractère médico-social évoquées précédemment. L'engagement de l'Etat permet un développement de la vie associative s'appuyant sur un suivi conjoint et une évaluation partenariale des actions menées.

Le gouvernement a décidé, dès cette fin d'année 2002, une baisse significative des crédits alloués aux dispositifs spécialisés de lutte contre les toxicomanies et des crédits de la Mission interministérielle. Cette décision remet à la fois en cause les conventions Santé/Justice sur la prise en charge des personnes sous main de justice et les centres d'informations et de prévention pour le grand public.
Les crédits relevant de la politique de la Ville et de l'Education nationale affectés aux actions de prévention auprès des publics en difficulté sont également mis en cause. Cette amputation des crédits met en danger la plupart des associations et des établissements spécialisés déjà étranglés ces dernières années par un sous financement chronique.
Pourtant, il faut bien reconnaître que ces associations sont au cœur des dispositifs français sur les addictions. Ce système de soins, qui a fait la preuve de son efficacité, repose sur un nombre important de réseaux associatifs en France. Ces associations sont le maillon essentiel entre la médecine de ville et l'hôpital public.

Cette situation remet gravement en cause la réalisation des actions qui ont été programmées durant ces trois dernières années. Le secteur associatif peut, du jour au lendemain, voir son avenir compromis par de telles baisses de crédits dont la nature va au-delà des dispositifs d'économies budgétaires habituels et négociables.
Les actions qui relèvent de la substitution, de la réduction des risques dans les CSST (Centres spécialisé de soins aux toxicomanies), de la prévention, de la documentation et de l'information dans les Cirdd (Centres d'informations et de ressources sur les drogues et les dépendances), ou de conventions d'objectifs santé/justice, sont des dispositifs récents en plein développement. Ils nécessitent une continuité et des financements normalisés pour leurs missions. Il serait préjudiciable qu'une politique d'information, de prévention et de soin cohérente soit remise en cause dans ses fondements du fait de restrictions budgétaires trop importantes et nuisibles à la survie du secteur associatif qui la met en œuvre.

Sortir de la dépendance aux drogues est un processus long et difficile qui se déroule en plusieurs étapes et sur plusieurs années. Souvent sans domicile, sans travail, en situation d'exclusion, les usagers de produits psychoactifs sont fragilisés psychologiquement, socialement et médicalement. Les centres spécialisés prennent en charge et organisent la réduction des risques, le soin, l'hébergement et la réinsertion de ces personnes en grande difficulté. Ils interviennent également auprès des familles et de l'entourage. Ils sont le pivot de nombreuses actions de prévention auprès de tous les publics. Si le nouveau gouvernement n'y prend pas garde et ne revient pas sur une partie de ses décisions, l'amputation des budgets aura pour conséquence tragique un démantèlement du dispositif de prévention et de soin dans toutes les régions de France.
Depuis trop longtemps ce secteur souffre d'un manque de reconnaissance et de moyens de fonctionnement. Rappelons que l'ensemble des financements nationaux du secteur spécialisé est comparable à celui d'un CHU d'une ville moyenne de province. Depuis toujours, sous le contrôle des pouvoirs publics, le secteur associatif s'est fortement investi pour mettre en place des projets novateurs et pragmatiques, au plus près des besoins des populations précarisées. Alors que nous sommes sur le point de stabiliser et d'accompagner ces différentes populations grâce à un partenariat long et difficile à mettre en œuvre, les investissements de ces 10 dernières années risquent d'être réduits à néant du fait d'une évaluation sommaire et inadéquate des pouvoirs publics.

C'est dans ce contexte que se préparait la "succession" de Nicole Maestracci à la tête de la Mildt. La santé publique lui doit beaucoup, notamment pour avoir introduit dans le champ des drogues les produits licites que sont les médicaments détournés de leur usage, le tabac et l'alcool. La mesure est des plus salutaires et courageuse quand on connaît le tableau de bord des abus et des excès de substances psychoactives dans notre pays.
En prenant de telles mesures de restriction budgétaire sur les dispositifs existants, nos représentants publics, ainsi que nos élus, doivent bien mesurer les risques qu'ils font prendre à notre pays. Nous appelons l'ensemble des partenaires concernés à soutenir le secteur associatif de prévention et de soin sur les addictions dont le travail et l'efficacité sont réels et ne sont pas plus à prouver, tant auprès des jeunes, des parents, que des structures publiques ou privées.