Santé
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SWAPS nº 25

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Spécial élections présidentielles

Les candidats répondent à nos questions (2/5)

Jugez-vous cohérent, notamment pour faciliter les soins, d'intégrer dans la notion d'addiction, l'alcool, le tabac ou les médicaments psychotropes au même titre que les drogues illicites ?

François Bayrou : Pas systématiquement. S'il y a des relations entre la consommation des diverses substances psychotropes, il n'est pas totalement acquis que ces diverses " addictions " se superposent. Loin de là, il s'agit souvent de populations qui ont des caractéristiques socio-démographiques et familiales bien différentes. S'il convient d'être conscient qu'il existe une association entre les substances, les traiter comme un même phénomène (prévention, soins) serait une erreur.

Jacques Chirac : Des rapports ont mis en avant la notion globale de "pratiques addictives" pour souligner les dangers pour la santé que présente l'ensemble des produits ou substances auxquels vous faites référence et les phénomènes de dépendance que leur consommation entraîne. Mais elle comporte aussi l'inconvénient très sérieux de banaliser la consommation de substances illicites. Elle n'apporte pas non plus une réponse pertinente en terme de prise en charge sanitaire et de soins.
Il ne faut pas tomber dans le piège que comporte cette approche. Nous devons renforcer notre politique de lutte contre les fléaux sanitaires plutôt que baisser la garde sur l'un d'entre eux.
Au-delà des aspects de santé publique, je refuse que, par un curieux paradoxe, on contribue au nom des libertés individuelles, à enfermer les jeunes dans la dépendance alors que la plupart de ceux qui ont "plongé" attendent une aide, notamment thérapeutique, mais aussi psychologique et sociale, pour justement s'en libérer.

Robert Hue : Tout à fait. Il faut avoir le courage de dire qu'avec l'actuel développement des polyconsommations, la distinction entre les produits illicites et les produits licites (alcool, tabac, médicaments) est largement hypocrite et inopérante. Les drames de santé publique sont là. 60 000 personnes meurent chaque année des maladies liées à la consommation de tabac ; 45 000 meurent, victimes de l'abus d'alcool. Et on parle de "médicalisation de l'existence".

Lionel Jospin *: Oui. C'est sous le gouvernement de Lionel Jospin que les missions de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et la toxicomanie (Mildt) ont été étendues. Le gouvernement a choisi une approche essentiellement centrée sur les individus et leur comportement vis-à-vis des différentes drogues. Cette approche pragmatique a permis de dépasser l'opposition drogues licites (tabac-alcool-médicaments) / drogues illicites (cannabis-héroone-cocaïne... ), de dénoncer les méfaits de certains usages pourtant autorisés et de travailler à une politique mieux adaptée aux évolutions actuelles des comportements de consommation. Cette nouvelle politique a permis une avancée importante: d'une part, les drogues ont été dédiabolisées, et, d'autre part, les méfaits des psychotropes légaux (alcool, tabac) ont été remis à l'ordre du jour.
*Réponse rédigée par Charlotte Brun, présidente du MJS

Corinne Lepage : Je considère que le problème de la dépendance est un problème global.
En conséquence, je suis prête à intégrer dans cette notion l'alcool, le tabac, les médicaments psychotropes et les drogues illicites dans la mesure où l'alcoolisme ou le tabagisme constituent à mon sens des manifestations de cette dépendance.

Noël Mamère : Bien évidemment, cela va de soi vu les positions que nous développons. Aucune de ces substances n'est anodine mais elles ont, selon l'époque et la manière dont on les absorbe, des effets différents dont on sait aujourd'hui de manière scientifique qu'ils ne posent pas les mêmes problèmes. Ainsi, on sait que le haschisch est nettement moins dangereux -consommé avec modération- que l'alcool, le tabac ou les psychotropes.

Bruno Mégret : La pseudo cohérence scientifique et médicale que vous évoquez constituerait une incohérence politique. Prétendre traiter sur un pied d'égalité les effets de la consommation de produits licites et illicites contribuerait à la disparition des repères et à l'affaissement de l'autorité de la loi à l'heure où l'urgence commande au contraire de les rétablir.
J'affirme que si certains aspects - notamment psychologiques - des addictions peuvent être comparés médicalement, voire traités en commun dans le cas de polyconsommation, le rôle de l'Etat est de placer une limite, une borne, entre le tolérable et l'inacceptable.

 

Les réponses à la troisième question...