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SWAPS nº 25

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Dossier

Voisinage apaisé pour la Boutique

recueilli par Olivier Bonnin

A l'association Charonne, la directrice Perlette Petit observe un nouveau climat autour de sa Boutique.

Comment évoluent vos relations avec les riverains de la Boutique de la rue Philippe-de-Girard ?
Nos rapports sont aujourd'hui un peu plus calmes. Certaines associations locales réclament toujours notre départ, et le procès qu'elles ont intenté menace encore notre Boutique. Mais nous pouvons discuter avec ces riverains. Ils partent du principe qu'il faut soigner les toxicomanes à l'hôpital. A nous de leur expliquer le parcours du combattant que peut représenter l'entrée d'un usager de drogues dans un tel établissement.
Du reste, d'autres riverains se réjouissent désormais de notre présence dans le quartier.

Les relations étaient auparavant plus conflictuelles dans le 18e ?
Quand nous sommes arrivés en 1993, notre Boutique a pu fonctionner tranquillement pendant un an. Puis les dealers ont été momentanément chassés du quartier de Stalingrad, et l'afflux de toxicomanes dans le 18e arrondissement a alors été assez brutal pour tout le monde - nous compris. Nous nous sommes retrouvés avec une centaine d'usagers de drogues dans notre local, et des revendeurs à éloigner de la Boutique. Le Sleep-in a connu les mêmes difficultés. Nous sommes alors devenus un pôle de fixation pour les riverains, ce qui nous a valu ce procès.
Le quartier est resté un lieu de deal quelques années, jusqu'à ce que la sécurité publique soit rétablie par la police. Les toxicomanes sont alors allés vers la porte de la Chapelle. Le quartier de Marx-Dormoy est devenu plus calme. D'autant qu'un travail de conciliation avec les riverains a permis d'apaiser les relations avec le voisinage.

Comment avez-vous fait face aux demandes des riverains ?
A partir de 1998, nous avons participé à des réunions mensuelles avec le voisinage. Puis Coordination toxicomanies 18 a pris le relais de ce travail de conciliation. Le rôle de cette structure est essentiel dans les trois quartiers où elle intervient. Coordination toxicomanies 18 assure une médiation quotidienne auprès des habitants. Elle a aussi permis d'ouvrir un débat transversal entre les différentes associations. Il est important que les riverains aient un espace où ils puissent ainsi être entendus. Je trouve aussi judicieux que des personnes extérieures à la réduction des risques expliquent notre travail aux riverains. Tous ces échanges ont permis de modifier le climat dans le 18e. Coordination toxicomanies 18 a un effet positif sur les riverains.

Cette Coordination toxicomanies pourrait-elle être utile dans les autres arrondissements où vous gérez des Boutiques ?
Sans doute. Même s'il faudrait peut-être adapter cette structure aux différentes populations et cultures associatives des autres arrondissements de Paris.

Dans le 18e arrondissement, certains riverains vous accusent de ne pas mener un véritable échange de seringues.
Ils ont raison. Si nous donnons quatre seringues propres à un usager et qu'il nous en ramène deux, nous pouvons nous estimer heureux. Les toxicomanes sont souvent tentés de jeter leurs seringues lorsqu'ils aperçoivent des policiers. La réduction des risques connaîtra ce type de difficultés tant qu'il n'y aura pas de modification de la loi de 1970. Mais les usagers de drogues peuvent être responsables. Certains se donnent la peine de glisser leurs seringues sales dans des cannettes avant de les jeter. D'autres cassent les aiguilles de leurs seringues avant de les balancer. Ceci dit, rue Philippe-de-Girard, nous accueillons majoritairement des fumeurs de crack. L'échange de seringues est donc secondaire dans cette Boutique.

Lors de la réunion du 8 décembre, de nombreux riverains se sont plaints de la concentration de centres d'accueil pour toxicomanes dans le 18e.
Compte tenu de la population de toxicomanes dans cet arrondissement, les centres n'y sont pas si nombreux. Aujourd'hui, le 18e nécessiterait un second programme de substitution à la méthadone. Nos équipes mobiles devraient aussi être consolidées afin d'améliorer l'accès aux soins des usagers rencontrés sur les lieux de deal.
Ceci étant dit, plusieurs autres arrondissements mériteraient aussi de nouvelles structures. La police dilue les scènes ouvertes, et les usagers de drogues sont désormais plus dispersés dans la capitale. Dans le sud de Paris, les 13e et 15e arrondissements auraient ainsi besoin de lieux d'accueil. En revanche, je vois mal les usagers de drogues se déplacer jusque dans les "beaux quartiers" du 16e pour trouver les services d'une Boutique.
De manière générale, toutefois, les riverains rendent de plus en plus difficiles les implantations de tels centres. La consolidation des équipes mobiles est plus aisée à mettre en œuvre.