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SWAPS nº 25

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Dossier

Annick Lepetit : " Nous voulons renforcer la médiation "

par Olivier Bonnin

En tant que maire du 18e arrondissement, quel bilan tirez-vous de la réunion du 8 décembre ?
Cette table ronde était inédite. Pour la première fois une réunion rassemblait à la mairie du 18e arrondissement à la fois des professionnels s'occupant des toxicomanes, les pouvoirs publics, et des associations d'habitants. Cette table ronde s'est déroulée toute une journée dans un climat favorable au dialogue et à l'échange. Chacun a pu donner son point de vue, avec sérieux et suivi, sur un sujet difficile et sensible.

Peut-on parler d'un vrai dialogue ?
Oui. Nous avons l'habitude de dialoguer à la mairie du 18e. Malheureusement, ces structures accueillant les toxicomanes ont été ouvertes sans information des habitants. Je regrette ce manque de concertation. Quand Stalingrad a été dégagée par la police, en 1995, l'arrivée massive de toxicomanes a alors provoqué des tensions entre les habitants et ces lieux d'accueil déjà ouverts. Des habitants ont pu faire l'amalgame entre la présence de ces centres et celle des toxicomanes. Un important travail a alors été fait par les responsables des structures à bas seuil, les élus et des habitants, pour instaurer un dialogue, et montrer que les structures à bas seuil n'ont pas provoqué l'arrivée des toxicomanes dans le quartier. Ce dialogue a permis de maintenir les centres et de mettre en place Coordination toxicomanies 18, qui a pu à son tour expliquer que ce type de structures est indispensable dans les quartiers où l'on compte beaucoup de toxicomanes. Ce travail de médiation est tout à fait nécessaire et nous l'avons mené seuls sans l'appui de la ville de Paris.

La mairie de Paris doit-elle développer ce type de structures de médiation ?
La ville de Paris réfléchit actuellement à créer des structures comparables à Coordination toxicomanies dans d'autres arrondissements. Nous voulons renforcer la médiation et le travail des équipes de rue, même si cette action présente des limites avec certains produits comme le crack, pour lesquels aucune substitution n'est possible.
Certes, plusieurs personnes présentes à la table ronde du 8 décembre ont demandé un bilan de Coordination toxicomanies 18. Elles ne demandent pas seulement un rapport d'activité, mais l'éradication complète du trafic de drogues... On n'en est pas là. Cela reste un objectif mais la table ronde a montré la difficulté du problème.
La réunion a également montré qu'il ne faut pas d'autres structures d'accueil dans le 18e arrondissement, mais qu'il faut en créer ailleurs. Quelques quartiers ne peuvent pas accueillir tous les toxicomanes de Paris et des environs.(1)

Les structures à bas seuil existantes peuvent-elles être remises en cause ?
Il n'y a pas de raison d'interrompre leur travail. Ce ne sont pas les structures qui doivent être remises en cause, mais les nuisances occasionnées par les polytoxicomanes sans abri. Nous ne pouvons que soutenir les habitants et comprendre leur ras-le-bol quand ils trouvent des usagers de drogues dans leur immeuble par temps froid. Une seule personne, en manque de drogue, ne peut pas en déranger mille autres. Coordination toxicomanies 18 joue aussi un rôle important pour le suivi de ces polytoxicomanes. Et les habitants ont évolué : aujourd'hui ce sont ces nuisances qu'ils condamnent, et non pas la présence des structures à bas seuil. Ce n'est pas dû au hasard, mais au dialogue et à l'information.

Les salles d'injection pourraient-elles constituer une réponse aux nuisances occasionnées par les toxicomanes de la rue ?
Je ne veux fermer aucune porte. Nous avons besoin d'un grand débat sur cette question, à partir d'une expérience locale par exemple. Je n'ai pas d'avis définitif là-dessus. A partir du moment où l'on accepte ce type de lieu, alors on accepte que les gens se droguent. En tant qu'être humain on ne peut pas accepter de voir des jeunes perdre toute notion de leur propre identité, c'est terrifiant. On ne veut pas cautionner cela, donc c'est difficile. Mais je crois que nous devrions en faire un débat public pour avancer là-dessus. Il est temps d'examiner cette question dans la sérénité. Je regrette que cela soit fait de manière démagogique ou du seul point de vue des toxicomanes. Voilà pourquoi je me réjouis de la table ronde du 8 décembre, qui va permettre de construire une politique à Paris.


(1) Depuis cet entretien réalisé en décembre 2001, la mairie de Paris a déjà pris plusieurs mesures dans ce sens. En février a été créée une Mission toxicomanie : dirigée par Marguerite Arène, elle doit notamment développer la prévention des conduites à risques, renforcer l'accueil des toxicomanes, et monter un nouveau centre d'information. Un avenant au Contrat parisien de sécurité, signé également en février, prévoit par ailleurs la création d'une Boutique dans le centre de Paris et la multiplication des échangeurs de seringues dans toute la capitale.