Santé
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SWAPS nº 24

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1ère conférence latine sur la réduction des risques

Réduction des risques en milieu festif

par Lydie Desplanques

 

Face à l'essor des drogues de synthèse et des problèmes liés à leurs usages ou abus, de multiples initiatives sont apparues un peu partout en Europe depuis le milieu des années 1990. La conférence de Barcelone fut l'occasion de faire un tour d'horizon très instructif de ce qui se faisait dans le sud de l'Europe, mais sans le Portugal, pourtant réputé progressiste en matière de politique des drogues.

 

Comment sensibiliser les jeunes aux risques liés à ces nouvelles formes de consommation ?
La prévention sur les lieux mêmes de consommation a semblé le moyen le plus efficace, la génération ecstasy ne se sentant guère concernée par les structures classiques de prise en charge des problèmes de drogue.

Globalement, en France, en Italie et en Espagne, ces interventions partagent une même philosophie -réduire les risques- basée sur trois axes principaux :
- Une information orale et écrite sur les produits avec distribution de matériel pour les consommer à moindre risque (eau, pailles propres, kits de shoot propre...);
- Une assistance médicale ;
- Un contrôle rapide des produits -souvent au réactif de Marquis (voir Swaps n°15)- accompagné parfois d'une analyse pharmacologique.

Des interventions limitées par la législation
Cependant, les interventions restent limitées par les législations, donc assez différentes d'un pays à l'autre. Peut-être parce qu'on touche ici au domaine de l'illicite et qu'il n'y a pas eu de véritable fléau comme le sida qui fut déterminant dans le développement des programmes d'échange de seringues. Le point le plus sensible est l'analyse des produits sur site (notamment par le réactif de Marquis), à laquelle il est souvent reproché de n'avoir aucune valeur scientifique et de faire miroiter au consommateur une sécurité illusoire.

En France, les actions de réduction des risques en milieu festif, et a fortiori le testing, sont tout juste tolérées dans les rassemblements illicites les free parties.
La législation française rend les organisateurs d'un évènement responsables de la consommation de drogues illicites qui pourrait s'y produire (en 1997, 5 célèbres clubs parisiens avaient dû fermer six mois pour cette raison). On comprend donc pourquoi les patrons de discothèques restent frileux à l'idée d'organiser ce genre d'interventions dans leur établissement. En France, mener des actions de réduction des risques dans son établissement, c'est-à-dire reconnaître la présence d'usagers de drogue, revient quelque part à s'avouer coupable. Officiellement, il n'y a donc pas d'usagers de drogue dans les soirées légales; on les rencontre uniquement dans les soirées sans autorisation... Et comme le faisait remarquer un participant lors du débat, les autorités françaises s'opposent avant tout à la "visibilité de la consommation".
A titre anecdotique, le cas de l'Autriche est aussi exemplaire: La loi obligeant toute personne en contact avec une drogue illégale à la remettre aux autorités, les personnes qui réalisent les analyses sur site (par chromatographie) ne touchent à aucun moment le produit. C'est le consommateur qui effectue les différentes opérations, guidé oralement par l'intervenant. Ainsi, puisque le produit n'a pas été touché, il n'y a pas lieu de le remettre aux autorités, qui s'en accommodent parfaitement...

Contexte peu propice en Italie
Pour en revenir à l'Europe latine, en Italie, l'analyse des produits reste complètement diabolisée. Gian Paolo Zubani, membre de l'association Graffio, note sur un ton ironique que les autorités publiques sont bien plus intéressées par l'analyse des cheveux, de la transpiration ou de la salive ("une analyse des consommateurs"), que par celle des produits ("une analyse pour les consommateurs"). Ce contexte peu propice n'a cependant pas empêché l'association Graffio de mener depuis 1998 une expérience de prévention par les pairs dans deux discothèques du nord de l'Italie qui diffusent de la techno hardcore. Un des aspects intéressants du projet est la négociation permanente entre les membres de l'association, les DJ's, les gérants des établissements et les instances municipales, qui a permis aux discothèques de fermer plus tard dans la nuit en échange d'une amélioration de la sécurité: l'association assure une présence sanitaire, un espace de repos, chill out, distribue de l'eau et des documents informatifs sur l'ecstasy, le LSD, les mélanges avec l'alcool... Une autre idée originale consiste à faire diffuser par les DJs des messages de prévention.

L'Espagne à l'avant-garde
S'il est un pays qui est paru avant-gardiste lors de cet atelier, c'est bien l'Espagne et notamment certains gouvernements régionaux.
Ainsi le gouvernement du Pays basque finance-t-il "Synthetik", un programme de prévention concernant les drogues illégales et les polyconsommations des jeunes (18-24 ans) dans les espaces festifs. Il s'agit de tester des produits avec le réactif de Marquis et de diffuser, à partir d'un stand, préservatifs et flyers d'information (à noter, un flyer sur les dangers de pratiquer la revente). Les rave parties étant peu nombreuses dans cette région, cette action s'exerce surtout dans les discothèques mais aussi dans les pubs et lors de fêtes locales. Cette initiative a finalement réjoui les jeunes, d'abord très surpris de savoir que ce programme était financé par le gouvernement. Pour Guillermo Canales, un des intervenants, cette action favorise un rapprochement entre institutions et citoyens. Par ailleurs, Guillermo Canales a beaucoup insisté sur le comportement à adopter dans ce genre de situation : se considérer comme des "invités" des lieux, ne pas s'imposer, attendre que les jeunes viennent d'eux-mêmes au stand, veiller à respecter l'esthétique environnante et ne pas réduire l'intervention au testing.

Pour finir, trois idées positives se sont dégagées lors de cet atelier latin sur la réduction des risques en milieu festif.
Premièrement, malgré les particularités et les difficultés propres à chaque pays, il s'est affirmé une volonté réelle de partager les expériences pour améliorer la qualité et l'étendue des actions. Volonté qui se concrétise par des projets d'ampleur comme le réseau Basics 2000 (un réseau d'associations espagnoles, françaises, italiennes, allemandes et anglaises), ou à l'échelle communautaire avec l'EMCDDA (European monitoring centre for drugs and drug addiction).
Des règles professionnelles communes s'édifient doucement, notamment au sujet de l'analyse des substances sur site. Une tendance générale se profile : considérer le testing d'abord comme un moyen d'établir une relation, de dialoguer et de faire passer des messages auprès de consommateurs récréatifs qui ne se reconnaissent pas du tout dans la définition "usager de drogues". Pratiqué avec rigueur et pédagogie, le testing permet un excellent de travail de proximité.
Enfin, au sujet des consommateurs, il se dégage de toutes ces expériences de terrain une caractéristique commune : une importante demande d'information de qualité, diversifiée et en lien avec leur réalité. Contrairement à quelques lieux communs persistants, les consommateurs se soucient réellement de leur santé. La conférence de Barcelone aura mis en avant le besoin indéniable et salutaire de développer ce type d'actions.

Illustrations : Quelques exemples de flyers latins (4 espagnols et 1 italien)