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SWAPS nº 23

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Culture

Dans la chambre de Vanda

par Catherine Caron

Trois heures en compagnie de Vanda, toxicomane, dans le quartier cap-verdien de Lisbonne en voie de démolition. Un documentaire de Pedro Costa.

Plan fixe sur la chambre de Vanda, son taudis aux limites floues, sa toux incessante, fumant du matin au soir son héroïne dans le papier d'aluminium, une image qui reviendra tout au long du film imposant un rythme, une respiration dans un monde d'extrême pauvreté.
La chambre de Vanda flotte comme un radeau chahuté par le flot des engins qui éventrent Bairro de Fontainhas, un quartier insalubre de Lisbonne, un entassement d'habitats misérables où la poussière des chantiers se mêle à la poussière d'ange. Le soleil est mort (Nicoletta nous le rappelle) dans ce faubourg oublié, le jour ressemble à la nuit au point que l'éclipse passe inaperçue.
Dès les premières séquences, on se dit que l'on ne va pas tenir ainsi mais au fil des minutes, Pedro Costa nous apprend à voir et à connaître une humanité en voie de disparition. Il filme sans arrogance et sans voyeurisme, il attrape les corps en clair-obscur. Comme un rituel, la redondance des plans nous emmène au-delà de l'insupportable, sans fascination ni compassion.
Et puis, y'a les autres, la mère qui ne dit rien et qui se cache pour priser, les sœurs de Vanda, Zita et Lena, toxicomanes elles aussi, l'une en prison et l'autre flanquée d'un enfant dont elle ne sait que faire.
Les hommes sont tous défoncés. Paulo traverse les dédales du quartier, béquilles en mains, à la recherche d'un coin pour se shooter, Nurrho vaque au ménage de son squat pour y accueillir les autres et deale à ses heures, une pompe, en permanence, fichée dans le bras comme un prolongement de lui-même. Le bruit et l'avancée impitoyable des pelleteuses s'associent à la quête de la came, à la pratique des shoots, aux histoires de violence, d'infanticide et d'overdose racontées mais jamais données à voir.
Vanda vit mal mais ne se plaint jamais, ni du manque, ni de la galère à l'hôpital ou en prison. Elle avance dans cette vie de défonce par choix, elle aide sa mère en faisant ¨la tournée¨ des légumes avec politesse et sollicitude envers les vieilles dames du quartier.
Elle ne juge pas, aime sans émotion.
Elle accompagne sa sœur dans la came, elle donne à un de ses amis " des médicaments pour avoir de l'air" car elle sait ce que c'est que de ne pas en avoir. Elle prodigue des conseils de prévention et héberge ceux que les bulldozers ont chassé.
Elle est l'espoir d'un quartier à la dérive.