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SWAPS nº 22

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Le point sur

Rendre compte des résultats aux enquêtés : un juste retour des choses

par François Beck, Patrick Peretti-Watel et Stéphane Legleye

Outre la nécessaire garantie de confidentialité et une formation des enquêteurs beaucoup plus poussée, informer les enquêtés de l'exploitation qui sera faite de leurs réponses est pour l'OFDT un gage de réussite pour obtenir des données valides. Ou comment faire de l'enquête un échange d'information.

Mis en place en 1997, le dispositif d'enquête en population générale de l'Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT) (voir dans le n° 15 de SWAPS, l'article intitulé "Les consommations des Français au crible de l'OFDT") a livré en trois ans un certain nombre d'informations sur les usages et sur les représentations des adultes et des jeunes de plus de 14 ans.

A titre d'exemple, une enquête en milieu scolaire de la 4e à la terminale (ESPAD 1999, en partenariat avec l'Inserm et l'Education nationale) a permis d'effectuer un suivi de tendances 93-99 et des comparaisons européennes, montrant notamment que la consommation de cannabis s'était nettement banalisée au cours des années 90 pour placer la France en tête des pays européens. Une enquête téléphonique auprès des 12-75 ans (Baromètre Santé 2000 réalisé par le CFES) a également permis de fixer les niveaux de consommation dans la population adulte, montrant entre autres qu'environ 13% des hommes et seulement 4% des femmes présentent un risque de dépendance à l'alcool, ou qu'environ un tiers des 12-75 ans déclare fumer ne serait-ce que de temps en temps. La plus récente, l'enquête ESCAPAD1, menée en 2000 auprès des jeunes appelés à la journée remplaçant le Service national, a montré, au-delà de la large diffusion de l'alcool, du tabac et du cannabis, que des produits tels que les poppers ou les champignons hallucinogènes étaient parmi les plus expérimentés par les adolescents. Ces résultats ne font pas écho dans la plupart des articles de presse qui se focalisent sur l'ecstasy et le LSD, dont on voit pourtant (voir tableau) qu'ils sont moins consommés par les moins de 20 ans.

Garanties nécessaires
A ces différentes occasions, un effort particulier a été accompli en matière d'accompagnement des répondants. A l'instar d'autres enquêtes ayant porté sur des sujets sensibles, telles que les enquêtes "adultes" et "jeunes" sur l'Analyse du comportement sexuel des Français et des jeunes (ACSF et ACSJ), les baromètres santé du CFES, ou l'Enquête sur les violences envers les femmes en France (ENVEFF) pour ne citer qu'elles, le recours à des méthodes garantissant sans équivoque la confidentialité sont des gages de réussite primordiaux. La formation des enquêteurs a aussi été beaucoup plus poussée que dans les enquêtes des instituts de sondage portant sur des sujets requérant moins de précautions, et la présence des équipes de recherche sur les terrains a été constante.
Ces précautions permettent d'assurer au maximum la qualité de la passation (pour obtenir des données valides) mais aussi de "protéger" les individus interrogés qui se voient soumis à rude épreuve: livrer de l'information souvent intime, parfois évoquée pour la première fois au cours de l'entretien, à un inconnu, dans un contexte et pour un but qui ne leur apparaît pas toujours clairement.

Une des façons de les rassurer (tout en les renseignant) est de leur transmettre les informations se dégageant de l'exploitation de leurs réponses. Lors de l'enquête EROPP2, enquête téléphonique réalisée par l'OFDT en 1999, l'enquêteur proposait au répondant, en fin d'entretien, de lui adresser le numéro 4 de Tendances, synthèse des résultats d'EROPP, qui devait paraître en fin d'année 1999. Une centaine de personnes avaient ainsi laissé leur adresse dans ce but.

Si cette initiative a été bien accueillie par quelques enquêtés, elle n'en restait pas moins limitée dans sa portée, le fait d'avoir à donner son adresse pouvant gêner, à raison, nombre d'entre eux. Le souci d'informer les répondants sur le devenir des informations qu'ils ont livrées devait donc passer par d'autres voies pour être vraiment efficace. Or, ce souci rencontre souvent les attentes des sujets interrogés. C'est ce qu'a révélé l'analyse d'une question ouverte qui, posée à la fin de l'enquête ESCAPAD, permettait aux jeunes d'exprimer leur sentiment sur l'enquête ou sur les thèmes qui y sont évoqués. Beaucoup y interprétaient l'enquête comme le signe d'une prise en compte des questions relatives aux drogues par les pouvoirs publics et avaient tenu à exprimer leur désir de connaître l'utilisation qui serait faite de leurs réponses.

Restituer l'information
Les résultats de l'enquête réalisée en mai 2000 ayant été rendus publics en décembre 2000, il a été décidé de distribuer aux jeunes interrogés en 2001, à la fin de la passation, une plaquette de deux pages présentant les principaux résultats sur 2000. Les intervenants chargés de la passation ont fait part de l'intérêt des jeunes pour ce document. Ils avaient également pour consigne d'annoncer aux jeunes qu'ils recevraient ce document après avoir rempli le questionnaire : l'exploitation de la question ouverte posée aux appelés en 2001 permettra d'obtenir un premier avis sur la légitimité d'un tel retour d'information.
Certes, ce processus n'informe pas des résultats tirés des contributions individuelles des participants de l'année en cours puisqu'il s'agit de présenter les résultats de l'année passée. Mais s'il se distingue en cela de celui mis en place pour EROPP, il ne fait que le compléter. Sur le document figurent, en effet, le numéro de téléphone de l'OFDT, l'adresse de son site Internet où il est possible de consulter le rapport complet de l'enquête et où sera mis à disposition le rapport 2001, ainsi que le numéro de téléphone de Drogues Alcool Tabac Info Service.

L'objectif est donc d'amoindrir la violence symbolique du recueil d'information, particulièrement sur des sujets sensibles, en prenant davantage en considération le répondant en tant qu'individu d'un bout à l'autre de la chaîne statistique. Il s'agit également de répondre à un désir d'information qui fasse de l'enquête un échange visible d'information et de confiance, plutôt qu'un don unilatéral, et qui donne au répondant les moyens de savoir. C'est une façon de responsabiliser le producteur de statistiques et sa source.

Pour toute information complémentaire sur ces enquêtes, adressez vos demandes à l'OFDT, 105, rue Lafayette 75010 PARIS (01 53 20 16 16), ou par mail: ofdt@ofdt.fr

Usage au cours de la vie des produits psychoactifs
Source: ESCAPAD 2000 - OFDT.

 filles, 17 ans

 garçons, 17 ans

 garçons, 18 ans

 garçons, 19 ans

 alcool*

 77,3 %

 80,8 %

 79,3 %

 82,7 %

 tabac

 79,4 %

 76,0 %

 78,4 %

 84,0 %

 cannabis

 40,9 %

 50,1 %

 54,9 %

 60,3 %

 médicaments psychotropes**

 29,0 %

 10,6 %

 12,7 %

 13,6 %

 champignons hallucinogènes

 1,6 %

 4,5 %

 6,9 %

 8,7 %

 poppers

 1,3 %

 3,4 %

 4,8 %

 8,3 %

 ecstasy

 1,4 %

 2,8 %

 4,7 %

 6,7 %

 produits à inhaler

 3,3 %

 4,9 %

 6,6 %

 6,3 %

 LSD

 0,8 %

 1,6 %

 2,8 %

 4,8 %

 amphétamines

 0,6 %

 1,4 %

 2,4 %

 3,7 %

 cocaïne

 0,6 %

 1,3 %

 2,7 %

 3,3 %

 héroïne

 0,4 %

 0,9 %

 1,4 %

1,3 %

 crack

 0,2 %

 0,9 %

 1,2 %

 1,1 %

Les filles n'étant convoquées à la journée que depuis avril 2000, elles ont toutes 17 ans alors que les garçons, convoqués depuis octobre 1998, peuvent avoir jusqu'à 19 ans.
* Question portant uniquement sur les trente derniers jours.
** intitulé utilisé dans le questionnaire: "médicaments pour les nerfs, pour dormir".



1.Enquête sur la santé et les consommations lors de l'Appel de préparation à la défense
2.Enquête sur les Représentations, Opinions et Perceptions sur les Psychotropes
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