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SWAPS nº 22

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Culture

Résilience, Stoner Rock: carnet de route culturel(le)

par Jimmy Kempfer et Sylvain Klein

Pour peu qu'on s'intéresse aux drogues, notre environnement regorge de plus en plus de documents, d'éléments, de signes s'y référant plus ou moins directement. Voyons d'abord ce qu'il en est de la presse et de la littérature. Lourde tâche sur deux pages...

La Résilience*
Un régal, l'interview du très attachant Boris Cyrulnik, neurologue et psychiatre, rescapé des camps de la mort dans le dernier Courrier des Addictions 1 (N°2-vol 3 avril-juin 2001). Parfaite incarnation même de cette "résilience" dont il parle si bien. Ce processus qui permet aux plus "fracassés" de trouver en eux les ressources pour se reconstruire. Ou comment Les vilains petits canards qui est le titre de son dernier ouvrage paru aux Editions de l'Aube peuvent devenir des cygnes. Ça tranche avec le déterminisme fataliste ambiant.. Inutile de vous dire la pêche que m'as procuré la lecture de cet article. Le bouquin semble du même acabit.
Autre lecture et bouleversante illustration de la résilience: L'amour n'oublie jamais (Ed. Pauvert) de Ari, le fils présumé de Delon (qui ne l'a jamais reconnu) et de la magnifique et ténébreuse Nico, "Chelsea Girl" du Velvet Underground. Quête éperdue du fils pour une mère mythique. Une vie dont l'enfer est souvent pavé des bonnes intentions de ceux qui veulent son "bien", retrouvailles scellées par l'héroïne que fils et mère partagent. L'héroïne que celle-ci arrête dé-fi-ni-ti-ve-ment pour la méthadone par amour pour lui. Après la mort de Nico, Ari plonge dans un purgatoire fait de crack, d'errances apocalyptiques, d'hôpitaux psychiatriques, d'électrochocs... jusqu'à cette rédemption, fruit d'une lente maturation toute empreinte de la douceur, de l'humilité et de l'amour de ceux qui ont trouvé le secret de la vraie beauté intérieure.

Après cette séquence émotion, je ne résiste pas au plaisir de suggérer à ceux qui en ont un peu marre de la grise littérature spécialisée, un livre culte aux Etats-Unis: Paradoxia, journal d'une prédatrice, de Lydia Lunch, édité par la sulfureuse Musardine et préfacé par "Le démon" lui-même: H. Seby Jr. Egérie underground US, poètesse, performeuse, actrice... assoiffée de sexe, de drogues, d'alcool, de sang... Un livre plein d'excès, d'intensité, de violence... Tango enivrant avec la mort. Paradoxia est un cas d'école pour les tenants de la thérorie des conduites ordaliques qui y découvriront des manières de consommer des drogues que ma pudeur interdit d'évoquer. Lydia Lunch aussi incarne la résilience. Actuellement, "la reine des mauvaises filles" fait des conférences dans les universités sur l'Art de la provocation et des conduites excessives.
Dans la même veine, citons une petite perle sécrétée par l'indomptable Iggy Pop qui se livre dans I need more (tout un programme) au Serpent à Plumes. L'increvable Iguane vient d'ailleurs de nous gratifier d'une mémorable performance scénique à Solidays. A 50 ans passés, Iggy est une icône de la résilience.

Les nombreux lecteurs de Swaps qui auront apprécié les lectures précédentes s'intéresseront sans doute également à Lou Reed electric Dandy, une biographie publiée par Bruno Blum chez le même Serpent à Plumes. De la drogue, mais pas que ça. Bien plus: un mythe et toute la généalogie de notre époque.

Et si vous voulez encore du saignant, la liste de ceux qui ont loupé leur résilience: Rock la fureur de mourir par Jordi Sierra I Fabra et Jordi Bianciotto. Une longue liste: Johnny Thunders, Keith Moon, Jerry Garcia, Sid Vivious... de ceux qui sont morts d'overdoses. De nombreuses anecdotes et un petit chapitre sur ceux qui ont su "ressusciter" comme Eric Clapton, Dave Gahan de Depeche Mode...
Et pour clore la sélection, ce pavé qui date un peu (1992): Keith Richards, une guitare dans les veines, de Victor Bockris chez Albin Michel. Keith Richards résolument "Stoned" ne déçoit jamais. Entre décroches, embrouilles et problèmes avec la justice, la vie de Keith Richards nous est livrée comme tout "Stoner" l'imagine bien. L'héro et la coke dévorent sa vie. La guitare, la musique et les femmes le sauvent. Eclatante preuve des "miracles" de la résilience: même ses dents ont repoussé (sic).

Sur la Route des années 70
Comme vous le savez, "ceux qui se rappellent des années 70, n'y étaient pas". Dodo et Ben Radis ont du retrouver des notes pour nous gratifier de cet ouvrage hilarant merveilleusement illustré qui restituera à vos enfants cette rieuse épopée ou fumer des joints était encore subversif, où les LSD avaient des effets hallucinogènes et où il était aussi exaltant de se rendre à Katmandou en stop qu'en "free party" le samedi soir. Avant le sida, les ecstas et la techno, la vie alternative, en marge, avec comme règle d'or: l'échange, le partage. A savoir: tout le monde partage les joints, les garçons se partagent les filles et les filles se partagent les tâches ménagères.. Ça s'appelle La Route des années 70 , scénario et illustrations de Dodo et Ben Radis et c'est aux Humanoïdes. Un régal pour 150F.

Stoner Rock
A ceux qui veulent sentir d'où vient le vent, je recommanderai de s'intéresser au "Stoner Rock" dont les très représentatifs "Queens of the Stone Age" et "Monster Magnet" ont rempli l'Elysée-Montmartre deux soirs de suite. Longtemps underground, les tenants de ce style qui trouve ses sources dans le Hard Rock et le Punk hard core, revendiquent l'utilisation de toutes sortes de drogues. Ainsi "Monster Magnet" affirme que les hallucinogènes sont essentiels pour composer. Certains groupes sont radicalement identifiés à la consommation d'un type de produit: "Down" avec l'héroïne, "Spirit Caravan" avec les hallucinogènes naturels comme les psylocibes, les cactus..., "Bongzilla" avec l'herbe (Apogee, Methods for attaining extreme altitudes...) "Unida" avec la kétamine (The K Hole). Tout empreint de l'imaginaire Heroic Fantasy, certaines pochettes de "Chill Music"2 aux couleurs lysergiques sont une suite de clins d'œil qui ne plaisent pas toujours à la censure de certains pays scandinaves qui les interdisent. Cette véritable nouvelle "sous-culture" a bien sûr déjà ses héros: ceux qui paient par des années de prison, sous l'inculpation d'"apologie de la drogue". Même aux Etats-Unis (surtout dans le sud), où l'on est très pointilleux vis-à-vis du 1er amendement concernant le droit à l'expression, on n'aime pas ceux qui affirment: "Just say Know" en réaction au "Just say no" et à la tolérance zéro.
Quelques autres groupes de la mouvance "Stoner Rock":

Alors curieux? Aux plus persévérants, je recommande le fanzine Abus Dangereux en vente dans les "bonnes librairies" ou le magazine Kérozène (www.kerozeneFanzine.com).

Piercing
Ce petit panorama culturel ne saurait pas faire l'impasse sur le Guide des bonnes pratiques du piercing, édité par la Direction de la comunication de l'AP-HP3, sous la direction du Dr Jean-Baptiste Guiard-Schmid. 88 pages de conseils techniques. Simple, complet, pragmatique.
Pour terminer: Savez-vous qui fut lauréat du grand prix de l'APPM, un grand prix publicitaire? Eurostar et Young & Rubicam. Regardez la tête des mecs sur l'affiche. Nous aurons toujours un train de retard. L'usage et la disponibilité des drogues sont libres (quoique interdites) et tellement banals. Et ce n'est pas fini. A force de présenter raves & free parties de façon sensationnaliste, les médias ont suscité un vif intérêt pour le sujet. Depuis quelques semaines, ce genre de manifestations draine de plus en plus de "touristes" qui n'ont aucune "culture" en matière de consommation de produits, ce qui laisse augurer toutes sortes d'accidents et incidents. Alors que faire me direz-vous? Je répondrais par cette phrase de Jean Cocteau: "Quand quelque chose nous dépasse, feignons d'en être l'organisateur"...



* Résilience: (Petit Robert) Rapport de l'énergie cinétique absorbée nécessaire pour provoquer la rupture d'un métal, à la surface de la section brisée. La résilience qui s'exprime en joules par cm2 , caractérise la résitance au choc.
Résilient: Qui a une certaine résistance aux chocs, une certaine résilience.
1.Consultable en ligne sur: http://www.edimark.fr/dtb-ca
2. Chill Music: Musique à écouter défoncé au cannabis, à la bière ou d'autres psychotropes.
3. Assistance Publique-Hôpitaux de Paris