Santé
Réduction des Risques
Usages de Drogues


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SWAPS nº 20

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Nice

Patrick Mottard (PS): "On ne fera pas l'économie d'un vrai débat"

par La Rédaction

Parce que la position du politique sur la réduction des risques ou sur une éventuelle opposition entre cadre législatif et santé publique est au centre du débat sur les relations entre Drogue et Cité, nous avons demandé aux principaux candidats de deux grandes villes (4 à Paris et 2 à Nice) de répondre à nos questions. Des questions simples pour des réponses,.pour la plupart, limpides, à l'exception d'une équipe de campagne à Paris.

Drogues licites, drogues illicites: selon vous, quelle différence?

La distinction repose sur un concept de légalité et non sur un concept de dangerosité objective. La loi effectue la distinction. Or la loi est contingente et reflète les préoccupations partagées par une majorité de citoyens d'une société à un moment donné.
Pourtant, les comportements liés aux consommations de drogues qui amènent à la dépendance sont les mêmes, que les produits soient licites ou illicites. La politique de prévention doit être basée sur ces comportements bien plus que sur la différenciation des produits par la loi. En termes de santé publique, le tabac fait actuellement en France plus de 60 000 morts par an, à comparer à moins de 200 décès par overdose d'héroïne. Un débat doit être réouvert autour de ce concept de drogues licites et illicites en tenant compte des avancées scientifiques récentes sur la dangerosité des différents produits.

Existe-t-il, dans votre ville, des structures bas seuil (boutiques)? Qu'en pensez-vous? Souhaitez-vous les développer et comment comptez-vous vous y prendre avec le voisinage?

A Nice, différents dispositifs de réduction des risques ont été mis en place. Tout d'abord, les traitements de substitution par méthadone dispensés par les centres de soins spécialisés. Cette action relève des services de l'Etat.
Avec le soutien financier de l'Etat, la ville de Nice a permis la circulation d'un bus d'échange de seringues géré par l'association Médecins du monde depuis 1995, et mis en place, en 1997, un distributeur-échangeur automatique de seringues. Ces actions ont reçu le soutien du groupe de la Gauche plurielle lors des débats au Conseil municipal.
Un lieu d'accueil pour les usagers de drogues de type "bas seuil", appelé Boutique, a également été ouvert au centre ville de Nice il y a 3 ans. Ces différentes actions vont dans le bon sens et doivent être développées pour répondre à la demande importante dans notre ville qui comporte un grand nombre d'usagers de drogue. La région Provence-Alpes-Côte d'Azur, et plus particulièrement le département des Alpes-Maritimes et la ville de Nice, sont très touchés par l'épidémie de sida, et près de la moitié des cas de sida sont liés à la toxicomanie.
On peut regretter que la population niçoise soit très peu informée de la mise en place de ces dispositifs. Aucun débat, ni concertation avec la population n'ont été organisés, ce qui laisse la porte ouverte aux pétitions et prises de position outrancières d'un public mal informé.
Quand de bonnes décisions sont prises, tant sur le plan de la santé publique qu'en ce qui concerne l'aide sociale destinée à une partie particulièrement vulnérable de notre population, il faut prendre le temps d'informer et de débattre avec les habitants du quartier afin que ces dispositifs soient acceptés et soutenus par l'ensemble de nos concitoyens.

Enfin, en tant qu'élu, pensez-vous qu'il faille modifier la loi de 1970?

La loi de 1970 date de plus de 30 ans. Elle n'est plus adaptée à la situation des consommations de substances psychotropes, voire même parfois en contradiction avec les connaissances scientifiques actuelles. Il est clair que l'on ne vivra plus dans une société sans drogues. Il est donc nécessaire d'adapter la loi à la réalité du risque. Si la répression n'est pas une solution aux problèmes posés par les conduites addictives, il est évident que, dans une zone frontalière comme la nôtre, la répression du trafic doit être maintenue et renforcée.
Sous l'influence d'autres pays, et avec la nécessaire harmonisation des politiques européennes en la matière, il est vraissemblable que l'on aille vers une dépénalisation de l'usage du cannabis. Mais on ne fera pas en France l'économie d'un vrai débat de société sur l'usage de drogue qui doit précéder et accompagner le débat parlementaire.