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SWAPS nº 20

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Paris

Philippe Seguin (RPR): "On ne peut se contenter d'une loi obsolète"

par La Rédaction

Parce que la position du politique sur la réduction des risques ou sur une éventuelle opposition entre cadre législatif et santé publique est au centre du débat sur les relations entre Drogue et Cité, nous avons demandé aux principaux candidats de deux grandes villes (4 à Paris et 2 à Nice) de répondre à nos questions. Des questions simples pour des réponses,.pour la plupart, limpides, à l'exception d'une équipe de campagne à Paris.

Drogues licites, drogues illicites: selon vous, quelle différence ?

Nul ne peut ignorer les conséquences de certaines drogues pourtant considérées comme licites. Prétendre que toute substance licite est forcément moins nocive qu'une substance illicite serait donc absurde. Si la consommation d'héroïne est évidemment plus dangereuse que celle du tabac, on peut légitimement s'interroger sur les dégâts respectifs de la consommation ponctuelle de cannabis, d'une part, et l'abus d'alcool d'autre part…
La véritable frontière entre ces deux types de produits se situe évidemment dans le mode d'approvisionnement: légal et contrôlé d'un côté, illégal et donc incontrôlable, de l'autre côté.

Existe-t-il, dans votre ville, des structures bas seuil (boutiques)? Qu'en pensez-vous? Souhaitez-vous les développer et comment comptez-vous vous y prendre avec le voisinage?

Les structures de bas seuil sont un faux problème. Et elles causeraient infiniment moins de nuisances, d'abord, si elles ouvraient systématiquement leurs portes dans un lieu soigneusement adapté et choisi et, ensuite, surtout, si elles étaient systématiquement intégrées à des structures globales : dépistage et soins, suivi psychosocial, substitution, aide à la réinsertion. Sur ce point, ne soyons pas dogmatiques. Si une véritable politique de réduction des risques est nécessaire, pour l'usager de drogue comme pour l'ensemble de la société, rien ne se fera sans l'accord de la population, sans explication, ni concertation. En d'autres termes, je préfère le centre Nova Dona à la Boutique de la rue Beaurepaire…

Enfin, en tant qu'élu, pensez-vous qu'il faille modifier la loi de 70?

La loi de 70 est dépassée, enfoncée, et donc, le plus souvent, non applicable: près de 100 000 interpellations par an pour détention de cannabis. On ne peut donc se contenter d'une loi obsolète sous prétexte qu'elle est irrégulièrement appliquée.
Pour autant, je ne me résous pas à une totale dépénalisation. Non parce que je crois à la théorie de l'escalade "qui fume un joint passera à l'héroïne", théorie ridicule puisque 7 millions de Français auraient déjà consommé du cannabis contre 200 000 qui seraient héroïnomanes. En revanche, je crois à la notion d'interdit (sous une forme ou une autre), et, en particulier, pour les adolescents. A cet âge, pour s'affirmer, pour appartenir à un groupe social, on a besoin de transgresser les interdits. Et le cannabis, qu'on le veuille ou non, est l'un des grands interdits transgressés par les jeunes. Rendre totalement licite l'usage du cannabis ne risque-t-il pas de les conduire vers d'autres interdits, vers des conduites ou des attitudes autrement plus dangereuses? Le débat est ouvert.