Santé
Réduction des Risques
Usages de Drogues


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SWAPS nº 20

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Paris

Yves Contassot (Les Verts): "L'objectif n'est plus d'interdire mais de réduire les risques".

par La Rédaction

Parce que la position du politique sur la réduction des risques ou sur une éventuelle opposition entre cadre législatif et santé publique est au centre du débat sur les relations entre Drogue et Cité, nous avons demandé aux principaux candidats de deux grandes villes (4 à Paris et 2 à Nice) de répondre à nos questions. Des questions simples pour des réponses,.pour la plupart, limpides, à l'exception d'une équipe de campagne à Paris.

Drogues licites, drogues illicites: selon vous, quelle différence?

Le rapport Trautmann est le premier qui, en 1989, en France, qualifiait de "clivage obsolète" la distinction entre drogues licites et illicites. En 1994, le Comité national d'éthique jugeait, pour sa part, que le classement actuel des drogues "ne repose sur aucune base scientifique cohérente". Enfin, en 1998, le rapport Roques préconisait de prendre en compte, dans l'élaboration des politiques publiques, la "dangerosité de chaque produit", critère qui, en effet, semble plus pertinent que le clivage drogues licites/illicites. Par exemple, il est maintenant admis que l'alcool et le tabac sont plus nocifs, pour celui qui en consomme régulièrement, que le cannabis. On sait aussi que les coûts, sanitaire et social, induits de ces deux drogues, pourtant légales, sont plus importants. Il faut reconsidérer la loi à l'aune de ces rapports.
Nous préconisons donc, au moins de façon expérimentale, la dépénalisation de l'usage de cannabis, avant sa légalisation. De même, nous sommes favorables à l'encadrement médical de l'usage de l'héroïne. C'est aujourd'hui la seule politique réaliste.

Existe-t-il, dans votre ville des structures bas seuil (boutiques)? Qu'en pensez-vous? Souhaitez-vous les développer et comment comptez-vous vous y prendre avec le voisinage?

Les lieux d'accueil comme le centre de Beaurepaire dans le 10e arrondissement de Paris méritent d'être défendus. Ils répondent à un besoin réel. Ceux qui les fréquentent sont, pour la plupart, en détresse. Nous n'avons pas le droit de leur tourner le dos. Ne pas accueillir, c'est condamner à l'errance et, au bout du compte, faire courir un risque plus grand à la société tout entière. Il est toujours préférable pour quelqu'un qui s'injecte des drogues, de le faire dans un lieu sécurisé, sous surveillance médicale, plutôt que dans les lieux publics, comme la rue ou le métro.
Il faudrait peut-être démultiplier ce genre de lieux pour déconcentrer le nombre de visiteurs. Bien sûr, il est également important de poursuivre les programmes de substitution type méthadone, même s'ils doivent être adaptés aux problèmes liés à la revente sur le marché noir. Dangereuses, ces pratiques restent toutefois marginales et ne doivent pas servir de prétexte à la remise en cause de cette politique.

Enfin, en tant qu'élu, pensez-vous qu'il faille modifier la loi de 1970?

Aujourd'hui, en France, à l'âge de 17 ans, un garçon sur deux et 40 % des filles ont consommé du cannabis. D'année en année, le nombre de consommateurs ainsi que leur précocité s'accroissent. Cela devrait suffire à s'interroger sérieusement sur la politique menée depuis 30 ans! Non seulement la loi de 70 est, à nos yeux, contreproductive mais, de plus, elle présente un caractère criminogène. En effet, en amalgamant toutes les drogues illicites, quelle que soit leur dangerosité, elle contribue à mettre les jeunes consommateurs très tôt en contact avec des revendeurs, liés de façon plus ou moins lointaine au crime organisé, et, par ailleurs, détenteurs de produits beaucoup moins anodins que le cannabis.
Dans son article L 630, cette loi (votée, le 31 décembre 1970 dans un hémicycle quasiment vide) empêche l'ouverture d'un débat public sur la question des drogues. Elle interdit de dispenser une information objective. Il faut donc la modifier. Mieux informer pour risquer moins devrait être le credo de toute politique en matière de drogue aujourd'hui. Car l'objectif n'est plus d'interdire mais de réduire les risques.
Un nouvelle politique en matière de drogues pourrait ainsi rappeler, sans diaboliser, que la prise de substance psychoactive n'est pas un acte anodin, notamment chez les jeunes. Pas question de prosélytisme: toute drogue est potentiellement malsaine.
A cet égard, toute forme de communication destinée à inciter à la consommation de l'alcool ou du tabac devrait être plus fermement proscrite. La loi Evin est trop souvent détournée. De même, une fois légal, le cannabis et ses dérivés ne devront faire l'objet d'aucune incitation à la consommation. Par exemple, le droit de marque ne devra pas être reconnu et l'interdiction de consommer dans les lieux publics réaffirmée. Il sera également nécessaire d'encadrer la production et de contrôler la qualité des produits.